L’Asie centrale est une région dotée de ressources énergétiques qui promet ; son « indépendance » date à peine d’une décennie et demie, en même temps que les cinq républiques la composant (Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan) cumulent les pesanteurs de l’histoire : qu’il s’agisse d’un autoritarisme idéologique toujours vivace avec son culte du chef, de l’enclavement territorial aggravé par des frontières héritées du stalinisme, et d’asymétries de développement économique. À cela s’ajoutent l’appétit des puissances, au premier rang l’activisme des États-Unis, un islam « toujours là », la permanence culturelle du « proche étranger » (Russie) et aussi… une France « frileuse » dans ses investissements.
Un laboratoire de la mondialisation
Asie centrale
A laboratory for globalisation
Central Asia is a region blessed with promising energy resources. Its independence dates back hardly more than a decade and a half, a period in which the five republics composing the region (Kazakhstan, Kyrgyzstan, Uzbekistan, Tajikistan and Turkmenistan) were coping with their historical inheritance, including a thriving ideological authoritarianism with its associated personality cults, territorial isolation aggravated by frontiers inherited from Stalinism, and unequal economic development. To this were added great-power ambitions, principally activism on the part of the United States, an omnipresent Islam, the cultural presence of the ‘near abroad’ Russia; and then France, with its timid investments.
L’Asie centrale intéresse beaucoup de monde, y compris la France pourrait-on ajouter par persiflage irrévérencieux au regard de la faiblesse de la présence française dans cette région gorgée de richesses énergétiques et que les États-Unis n’ont pas hésité à classer dès 1999 comme « zone d’intérêt prioritaire ». Véritable laboratoire de la mondialisation, comme nous avons pu le montrer lors du colloque de la revue Passages (1), l’Asie centrale met en appétit les grandes puissances et les multinationales pour les retombées géostratégiques et les profits économiques escomptés ; mais dans le même temps, la région est secouée par les principaux fléaux du désordre mondial, du terrorisme au sous-développement.
Entre Orient et Occident, entre l’Europe et l’Asie, l’Asie centrale rassemble 55 millions d’habitants sur un espace grand comme sept fois la France, ancré au sein de l’Empire soviétique jusqu’au début des années 90. Sous les coups de boutoir de la Glasnost et de la Perestroïka commencées par Gorbatchev, et alors que l’idéologie communiste trouvait refuge partout dans les greniers de l’histoire, l’Asie centrale soviétique a donné naissance, au début de la décennie 90, à cinq républiques indépendantes qui portent le nom de leur principale ethnie : Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Tadjikistan, Turkménistan.
À l’instar de toute décolonisation, l’accès à l’indépendance de ces pays porte la marque de la puissance tutélaire russe qui s’employa à placer la « route de la soie » — expression créée par le géographe allemand Ferdinand von Richthofen à la fin du XIXe siècle — sous sa dépendance quasi exclusive. Comme l’observe le professeur au Collège de France, François-Xavier Coquin, le découpage électoral opéré par Staline après la révolution bolchevique de 1917 s’est fait sur la base de frontières au « tracé un peu capricieux ». Euphémisme universitaire pour illustrer le caractère arbitraire de frontières quelque peu artificielles, juxtaposant cinq républiques sujettes à des rivalités ethniques, des conflits linguistiques, des développements économiques asymétriques, chaque république étant spécialisée dans une activité prédominante. Le Kazakhstan et l’Ouzbékistan concentrent plus de 70 % de la population, le Kazakhstan et le Turkménistan détiennent l’essentiel des ressources énergétiques en pétrole et gaz alors que l’Ouzbékistan est le principal producteur de coton. Le Kazakhstan domine outrageusement l’économie de l’Asie centrale, au point d’avoir quasiment le même PIB par habitant que la Russie et l’Ukraine voire rivalisant avec l’Europe de l’Ouest en ce qui concerne la fraction de sa population la plus aisée, la formation de ses élites et les potentialités financières de développement. Les autres républiques, malgré d’importantes ressources naturelles peinent à sortir d’un développement autocentré et largement tributaire de la coopération avec l’ancienne puissance coloniale.
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