La diplomatie française, à l’instar d’autres, utilise l’expression « partenariat stratégique » de plus en plus souvent. Pourtant, cette expression n’est pratiquement pas définie de manière juridique, ni même pratique, à quelques exceptions près. Harold Hyman regroupe les bribes de définition existantes. Il retrace l’historique de l’expression, et il examine certains partenariats stratégiques actuellement en vigueur de manière comparative. En émerge un début de définition, qui reflète bien la dérive « communication » du langage diplomatique.
La notion de partenariat stratégique : idée de relations publiques, ou réel statut
Strategic partnerships: a public relations construct, or a legal reality?
Increasingly, French diplomacy is following the examples of others in employing the expression ‘strategic partnership’. However there appears to be virtually no legally binding or even practical definition of this term. Harold Hyman draws together what little exists. He retraces the history of the expression, and examines and compares some currently active strategic partnerships. What emerges from this is a preliminary definition that reflects the ‘communication’ abuses of diplomatic language.
Le partenariat stratégique est une expression utilisée fréquemment depuis une dizaine d’années par la plupart des gouvernements occidentaux. Le gouvernement français en proclame au moins un par an. Cette année 2005, la France a réitéré l’existence d’un partenariat stratégique avec le Maroc la dernière semaine de septembre, et avec l’Inde, le 15 août 2005. Or, le partenariat stratégique n’est pas un statut. Nous avons dégagé quelques éléments de définitions officieuses, au niveau français, otanien, américain, bruxellois (bureau de Javier Solana), et américain ; mais il est vain de trouver une définition officielle, sauf à l’Otan, seule organisation à y avoir apporté une réflexion pratique.
À la fois vague et constructif, le partenariat stratégique traduit la nouvelle tendance générale dans les politiques étrangères : les mini-alliances, et les liens bilatéraux sans contraintes. Le premier arrangement français à porter ce nom pourrait bien être celui avec les Émirats arabes unis en 1993. Avec le Brésil, un dialogue global a été proclamé ce même printemps, pour coïncider avec le début de l’année du Brésil en France ; or ce dialogue est un partenariat stratégique qui ne dit pas son nom.
Il s’agit donc d’une notion évolutive, par conséquent elle n’a que des avantages d’un point de vue « communication » : partenariat stratégique a une sonorité solennelle et musclée. Les pays avec lesquels le gouvernement français proclame cette relation font l’objet d’une certaine proximité économique, post-coloniale, diplomatique, et parfois militaire dans le sens armement. Pourtant, la nature de cette proximité est des plus aléatoires. Entre la relation que le gouvernement français entretient avec le Maroc et celle avec la Chine, l’on ne saurait tirer qu’un parallèle théorique. Pourtant, c’est la même expression qui est utilisée. Des notions parallèles accompagnent le partenariat stratégique : l’on fait mention presque toujours de « multipolarité » comme raison positive de nouer un partenariat stratégique ! Depuis 1997, Jacques Chirac l’évoque, Dominique de Villepin au Quai d’Orsay en faisait également usage.
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