L’après-guerre a vu naître l’espoir d’un développement rapide du Tiers-Monde vers un monde plus juste et plus équilibré. Ces espoirs ont été déçus. L’Afrique ne décolle pas en dépit d’une aide généreuse. La Chine et l’Inde, grands dévoreurs de ressources, n’ont que faire de l’aide occidentale. Faut-il renoncer à construire une doctrine du développement pour le XXIe siècle ? Ou bien, devant la montée des périls, l’épuisement des ressources, la croissance démographique, le retour de l’irrationnel dans les relations internationales, la pensée ne devrait-elle pas se préoccuper avant tout des problèmes de survie collective ?
Refonder une doctrine du développement
Recast development policy
The postwar period has seen the emergence of hopes for rapid development in the Third World towards a fairer and more balanced society. These hopes have been disappointed. Africa has not taken off, in spite of generous aid. China and India, major consumers of resources, are uninterested in Western aid. Must we abandon the idea of constructing a development policy for the twenty-first century? Or indeed, faced with the increasing risks, the exhaustion of resources, population growth and the return of irrationality to international relations, should we not above all concern ourselves with the problems of collective survival?
Peu de champ d’investigation dans le domaine de la réflexion économique se sont montrés aussi riches d’espoirs puis générateurs de désillusions que celui du développement.
Dans le monde d’après-guerre, tout était simple sur la planète, du moins, en apparence. Il y avait d’un côté, les pays développés, drapés dans leur supériorité hautaine, détenteurs du savoir et du pouvoir économique ; et, de l’autre, les pays sous-développés, affublés, on ne sait pourquoi, du vocable de « Tiers-Monde », affligés par la misère et le sous-développement.
Le devoir, impératif, des premiers était de venir en aide aux seconds. Il fallait, de toute urgence, mettre en œuvre un rattrapage des pays développés par les pays sous-développés afin de combler le fossé qui séparait fâcheusement les uns des autres. Et cela d’autant plus qu’il était largement convenu, ou sous-entendu, que les pays développés (voir les analyses du regretté René Dumont) étaient « coupables ». Coupables de quoi ? Eh bien d’un peu de tout ; mais ils étaient par-dessus tout responsables du sous-développement et cela pour d’innombrables raisons trop longues à énumérer : colonisation ; exploitation sans scrupule des richesses des pays pauvres ; termes de l’échange injustes et déséquilibrés, etc. Dès lors, l’aide nationale ou internationale n’était pas seulement un devoir, mais une simple et toujours insuffisante restitution. Le tiers-mondisme quelque peu simplet s’est longtemps régalé de ces réconfortantes considérations. Par ailleurs, il ne faisait aucun doute dans les esprits qu’il serait aisé de parvenir à ces nobles objectifs dans un laps de temps relativement court. C’était l’affaire, à vue humaine, d’une ou à la rigueur deux générations, étant entendu que les fameuses organisations de Bretton Woods, FMI et Banque mondiale en tête, constitueraient le fer de lance de cette grande entreprise en marche pour un monde plus juste et plus équilibré (1).
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