Île de Diego Garcia / NASA Johnson / Flickr
Le droit de l’environnement, utilisé pour protéger les Chagos (océan Indien), a aussi servi à renforcer la souveraineté britannique sur cet archipel stratégique. La création d’une aire marine protégée en 2010, présentée comme écologique, a bloqué le retour des Chagosiens et consolidé la base militaire de Diego Garcia, illustrant le lawfare environnemental.
The instrumentalization of environmental protection law: the example of the Chagos Archipelago
Environmental law, used to protect the Chagos Islands (Indian Ocean), has also served to strengthen British sovereignty over this strategic archipelago. The creation of a marine protected area in 2010, presented as ecological, has blocked the return of the Chagosians and consolidated the military base on Diego Garcia, illustrating environmental lawfare.
Le droit de l’environnement est au cœur de la gouvernance des espaces maritimes. Ses instruments visent à encadrer les usages humains et à préserver la biodiversité. Ces outils, loin d’être neutres, peuvent parfois modifier les équilibres de souveraineté qu’ils prétendent ignorer. La création, en 2010, d’une aire marine protégée « no-take » dans l’archipel des Chagos en plein cœur de l’océan Indien en offre l’un des exemples les plus éclairants : un dispositif conçu pour préserver un écosystème fragile a également eu pour effet de stabiliser juridiquement un espace stratégique disputé.
L’analyse de ce cas, à la frontière du droit de l’environnement et du droit international, met en lumière une forme contemporaine de manœuvre juridique : une « stratégie d’utiliser ou de mal utiliser le droit comme un substitut à des moyens militaires traditionnels pour réaliser un objectif opérationnel » (1), le lawfare.
L’archipel des Chagos, un espace stratégique au cœur de l’océan Indien
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’océan Indien est un espace de rivalités entre puissances navales. Le contrôle des routes énergétiques, la protection du trafic maritime et la surveillance des détroits majeurs – Ormuz, Bab el-Mandeb, Malacca – conditionnent la liberté d’action des puissances (2).
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