Les déclarations relativement brutales du représentant américain lors du dernier Conseil ministériel de l'OSCE en décembre dernier viennent s'ajouter à l'attitude agressive russe depuis 2014 et, surtout, 2022. Les deux pays se rejoignent en alliés improbables pour remettre en cause l'OSCE. Celle-ci se retrouve dans une situation difficile que la nouvelle présidence suisse pour 2026 va devoir gérer en gardant à l'esprit le potentiel de l'Organisation qui devrait trouver un rôle dans les négociations relatives à la guerre russe en Ukraine et ses conséquences en cas de cessation des hostilités.
OSCE 2026: One crisis after another
The relatively harsh statements made by the US representative at the last OSCE Ministerial Council meeting in December come on top of Russia's aggressive stance since 2014 and, especially, since 2022. The two countries have joined forces as unlikely allies in challenging the OSCE. The OSCE finds itself in a difficult position that the new Swiss chairmanship for 2026 will have to manage, keeping in mind the Organization's potential role in negotiations concerning the Russian war in Ukraine and its consequences in the event of a cessation of hostilities.
La dernière livraison de la revue Commentaire propose une version française de l’article du politologue américain Robert Kagan : « Le début de la fin de l’Otan » (1). L’auteur y explique les raisons pour lesquelles il considère que l’Alliance atlantique est devenue obsolète et inopérante. D’une certaine manière, cette formule fait écho à celle du président français Emmanuel Macron déclarant, en 2019, dans un entretien à The Economist que l’Otan était « en état de mort cérébrale » (2). Toutefois, alors que le président français, avant l’invasion russe à grande échelle de l’Ukraine, semblait vouloir mettre le doigt sur certaines faiblesses de l’Otan, Robert Kagan identifie aujourd’hui la fin possible d’une illusion pour les Européens.
Après l’invasion de l’Ukraine par la Russie : l’OSCE paralysée
Au seuil de 2026, pour qui s’intéresse (encore) à l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), des interrogations ou remarques similaires se lèvent. Depuis février 2022 et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, l’OSCE est parcourue en même temps par un sentiment d’impuissance et par une profonde fracture ; elle est comme tétanisée par cette agression impensable et, surtout, impensée, impréparée, subie. On sait aujourd’hui que la guerre que mène la Russie en Ukraine était déjà programmée, au moins, dès le printemps de 2021 comme nous le rappellent les archives de l’Institut national de l’audiovisuel (INA) (3) avec le déploiement massif de forces militaires russes en Biélorussie, en Crimée et le long de la frontière orientale de l’Ukraine. L’agression russe s’est imposée au sein de l’Organisation comme un sujet prévalent dans tous débats internes qu’elle parasite et comme une cause de fracture parmi les participants. L’OSCE se retrouve ainsi en état de dysfonctionnement chronique et incapable de prendre des décisions importantes ; elle est sans budget régulièrement adopté depuis 2021. Contrainte de se retirer de l’Ukraine, elle y tente un maintien aussi boiteux qu’incertain sur la base d’un hypothétique rôle qui pourrait lui être attribué lorsqu’un accord quelconque de cessez-le-feu aura été obtenu. Le succès très relatif de sa mission spéciale d’observation en Ukraine de 2014 à 2022 ajouté à son manque de capacités planificatrices et opérationnelles ne plaide pas, a priori, en sa faveur. Par ailleurs, on ne cache pas qu’elle n’a jamais été mentionnée ou impliquée dans les discussions entre Américains, Russes et Ukrainiens en vue d’une cessation des hostilités en Ukraine, alors qu’elle serait le lieu naturel pour ces négociations ; elle n’est pas davantage mentionnée par la « Coalition des volontaires » qui ambitionne de créer ou de déployer en Ukraine une force de réassurance dans l’éventualité d’un accord de cessez-le-feu avec la Russie. La Déclaration de Paris du 6 janvier 2026 ne fait aucune référence à l’OSCE (4). Toutefois, Moscou pourrait avoir un intérêt à lui accorder un rôle précisément sur la base de ses faiblesses intrinsèques et de sa propre participation à l’Organisation. La combinaison de ces deux éléments assurerait Moscou d’un contrôle quasi total de l’éventuelle action de l’OSCE en Ukraine.
C’est peut-être sous cet angle qu’il conviendrait d’interpréter les récents propos du nouveau représentant russe auprès de l’OSCE, Dmitry Polyansky. Ce dernier a déclaré le 13 janvier que si l’Organisation s’était discréditée en ignorant la Russie, elle dispose toutefois du cadre et des outils nécessaires pour discuter « la question de la sécurité et de la stabilité stratégique sur le continent européen », qu’« il n’est pas besoin d’inventer quelque chose d’autre », qu’il faut juste « les faire revivre » et que « l’OSCE est la meilleure plateforme pour » le dialogue (5). Le diplomate a ajouté qu’il souhaitait relancer le dialogue avec ses homologues des autres États de l’OSCE : « nous sommes des diplomates, nous devons travailler, même si nous ne sommes pas d’accord ». Cette position russe très positive est naturelle pour un diplomate qui prend ses fonctions ; l’avenir nous dira très prochainement comment il convenait de comprendre ces déclarations… Elles confirment toutefois que la Russie n’a pas l’intention de se retirer de l’OSCE, d’autant qu’elle n’y aurait aucun intérêt.
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