Face à un monde fracturé où les États-Unis, la Chine et la Russie redessinent les règles du jeu, l’Europe, marginalisée, doit se réinventer. Entre urgence économique, défi technologique et quête d’autonomie stratégique, elle doit concilier souveraineté nationale et unité continentale pour survivre. La France, affaiblie par ses divisions, doit se ressaisir pour peser dans cette recomposition. L’enjeu est de passer de l’illusion pacifique à une Europe forte.
Europe, but which Europe?
Faced with a fractured world where the United States, China, and Russia are redrawing the rules of the game, a marginalized Europe must reinvent itself. Between economic urgency, technological challenges, and the quest for strategic autonomy, it must reconcile national sovereignty and continental unity to survive. France, weakened by its divisions, must regain its footing to play a significant role in this reshaping of the world. The challenge is to move from the illusion of peace to a strong Europe.
L’année 2026 débute et il n’y a désormais plus aucun doute : nous sommes définitivement entrés dans une nouvelle ère. Les forces de fragmentation que nous décrivons depuis plusieurs années ont provoqué des mouvements tectoniques irréversibles dans les relations internationales. Les plaques bougent encore et il est trop tôt pour connaître les gagnants et les perdants de la rupture qui sera la marque de ce premier quart de siècle. D’autant plus que rien n’est totalement écrit et nombreux sont les acteurs, étatiques ou non, qui travaillent à optimiser leur position dans le monde qui advient. Cependant, malgré les incertitudes qui subsistent, les contours des nouvelles règles du jeu ont commencé à se dessiner au cours de l’année 2025, permettant à chacun de comprendre ce qui se passe et d’élaborer des stratégies en conséquence.
Les États-Unis auront été en 2025 l’accélérateur de la spirale de changement qui s’était amorcée au début de ce siècle et qui s’est amplifiée depuis une dizaine d’années. Tournant casaque, Donald Trump a définitivement abandonné le rôle de leader de l’ancien monde libéral que son pays assurait depuis huit décennies. Hanté par la certitude que l’ancien système était insauvable et, in fine, trop coûteux pour les États-Unis, le président américain a décidé de rallier brutalement le camp des révisionnistes et participe désormais, avec les autres prédateurs, à saccager le délicat équilibre qui prévalait entre multilatéralisme, droit international, universalisme des valeurs, retenue dans l’emploi de la force et aide aux plus faibles ; bref du logiciel progressivement mis en place par les Européens au cours du XXe siècle.
Les États-Unis auront été en 2025 l’accélérateur de la spirale de changement qui s’était amorcée au début de ce siècle et qui s’est amplifiée depuis une dizaine d’années. La Stratégie nationale de sécurité américaine publiée en novembre 2025 explicite et conceptualise cette nouvelle doctrine qui était en gestation de longue date, mais n’avait jamais assumé une telle brutalité. À cet égard, Donald Trump est limpide. Le racket économique des alliés européens ou asiatiques en échange d’une protection hypothétiques contre un adversaire bien identifié, russe pour les uns et chinois pour les autres, la réticence au recours à la guerre contre de grandes puissances même pour défendre des principes (Ukraine, Taïwan), mais l’emploi désinhibé de la force militaire face à des objectifs faiblement défendus (Iran, Houthis, Vénézuéla, trafiquants de drogue ou islamistes). Ces trois concepts illustrent la nouvelle doctrine américaine débarrassée de tout frein moral, de la notion d’interdépendance, des contraintes du droit international et du système multilatéral porté par l’Occident depuis la Seconde Guerre mondiale. Celle-ci vise à défendre exclusivement les intérêts et la sécurité du peuple américain, en donnant la priorité à la sécurité intérieure, au contrôle de l’hémisphère américain et, enfin, à l’influence – à définir – en Asie. Le schisme occidental est acté et l’Europe devient un sujet secondaire pour les États-Unis.
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