Alors que l’Ukraine subit un hiver meurtrier sous les bombardements russes, Donald Trump, obsédé par le Groenland et le mépris de l’Europe, abandonne Kyiv à son sort. Le lien transatlantique, autrefois garant de sécurité, se fissure. L’urgence est de renforcer l’autonomie européenne de défense, avec la France en première ligne, avant que l’Otan ne devienne un simple catalogue d’armes américaines.
Éditorial – Tempête sur l’Atlantique nord (T 1792)
Le président Donald Trump prononce un discours au Forum économique mondial de Davos, en Suisse, le mercredi 21 janvier 2026. (Photo officielle de la Maison Blanche par Daniel Torok / Flickr)
Editorial —Storm over the North Atlantic
As Ukraine endures a deadly winter under Russian bombs, Donald Trump, obsessed with Greenland and contemptuous of Europe, abandons Kyiv to its fate. The transatlantic link, once a guarantor of security, is fracturing. The urgent task is to strengthen European defense autonomy, with France at the forefront, before NATO becomes a mere catalog of American weapons.
Dans moins d’un mois, la guerre en Ukraine va entrer dans sa cinquième année. Cet hiver est l’un des plus rudes que Kyiv n’ait jamais connu et les bombardements russes ciblent principalement les infrastructures énergétiques pour faire craquer la population ukrainienne. Du côté de la Maison Blanche, pendant ce temps, on manifeste plus d’énergie à vouloir s’emparer du Groenland, humilier les dirigeants européens et du monde économique au cœur de la Suisse à Davos et, enfin, à dénigrer le prix du sang versé par les alliés en Afghanistan, qu’à dénoncer Vladimir Poutine et son « opération militaire spéciale »…
En à peine un an, Donald Trump a rebattu les cartes de la scène géopolitique internationale en allant même jusqu’à vouloir marginaliser l’ONU en imposant son Conseil de la Paix, dont il s’est lui-même désigné comme président sans limitation de durée. Le démontage systématique des organisations internationales semble être sa boussole, en y intégrant l’Union européenne (UE) qu’il accable de tous les maux. Le traumatisme est terrible pour les Européens, qui restaient confiants dans ce lien transatlantique construit depuis 80 ans et qui s’était même renforcé après la chute du mur de Berlin en 1989 et malgré la disparition de l’URSS.
Le 11 septembre 2001 avait, certes, ouvert une nouvelle ère de 20 ans où la lutte contre le terrorisme islamiste avait été la priorité tant au Proche et Moyen-Orient qu’en Afrique sahélienne, voire en Europe avec les attentats de 2015 à Paris. Cette menace létale avait été grandement jugulée au prix de guerres longues et mal conduites, notamment sur le plan politique avec la chute de Kaboul à l’été 2021.
La sidération déclenchée le 24 février 2022 avec le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie de Vladimir Poutine a obligé les Européens à sortir de leur torpeur et à envisager peu à peu que le temps des « dividendes de la paix » fût révolu. Au fil des années, le soutien à Kyiv s’est renforcé, autant que le besoin de réarmer avec des hausses substantielles des budgets de défense au regard des décennies précédentes. Cependant, jusqu’à la fin 2024, le sentiment général demeurait que le parapluie américain restait la garantie suprême.
Désormais, non seulement le parapluie semble percé de toute part mais on peut se demander s’il n’a pas été remis au placard, même si l’administration Trump déclare de temps en temps que l’Otan est une grande alliance surtout quand elle est cliente de l’industrie de défense américaine. La séquence de ces quinze derniers jours entre Nuuk et Davos a été révélatrice de la faille grandissante entre Washington et ses alliés. Comme s’il était plus facile pour Donald Trump de critiquer ses alliés que d’obliger Vladimir Poutine à vraiment accepter de négocier autre chose qu’une capitulation. Le comportement même de sa délégation à Davos a mêlé arrogance, vulgarité et mépris. Même pas un mot de compassion pour les hôtes helvétiques, encore marqués par le terrible drame de Crans-Montana il y a moins d’un mois !
Cela nous oblige à accélérer le renforcement du pilier européen de l’Otan, seul capable d’assurer notre défense face à la menace russe, mais aussi à l’incertitude stratégique imposée par Washington. Là encore, la France, grâce à un outil militaire complet et en cours de modernisation a un rôle moteur à jouer, en s’appuyant sur des forces opérationnelles mais aussi sur une Base industrielle et technologique de défense (BITD) performante. Cela nécessite, cependant, que nos opinions publiques et nos dirigeants politiques comprennent l’urgence à agir.
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