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  • Guerre en Ukraine : Entre chaos et opportunités (T 1793)

Guerre en Ukraine : Entre chaos et opportunités (T 1793)

Hugues Pernet, « Guerre en Ukraine : Entre chaos et opportunités (T 1793)  », RDN, 28 janvier 2026 - 9 pages

© eleman / Adobe Stock
© eleman / Adobe Stock

Alors que les États-Unis de Donald Trump redéfinissent brutalement leur rôle (Venezuela, Groenland, Iran…), l’Ukraine reste en suspens : négociations laborieuses, corruption et risques de partition territoriale. L’Europe, poussée à assumer seule la sécurité du continent, doit se réarmer (drones, doctrine nucléaire, porte-avions) et repenser sa diplomatie pour éviter la vassalisation. Une occasion à saisir, malgré l’urgence et les dangers.

War in Ukraine: Between chaos and opportunity

While Donald Trump's United States is drastically redefining its role (Venezuela, Greenland, Iran…), Ukraine remains in limbo: laborious negotiations, corruption, and the risk of territorial partition. Europe, forced to assume sole responsibility for the continent's security, must rearm (drones, nuclear doctrine, aircraft carriers) and rethink its diplomacy to avoid becoming a vassal state. This is an opportunity to seize, despite the urgency and the dangers.

Le début de l’année 2026 est marqué par une série d’événements majeurs aux conséquences potentiellement graves. Lorsque le chaos s’instaure, des opportunités apparaissent ; reste à les saisir, reste à anticiper les événements futurs et le terme des errements. Cela relève de la gageure. Les algorithmes et l’intelligence artificielle (IA) les plus sophistiqués ne sauraient aujourd’hui prévoir l’avenir à court et moyen terme. Dans le même temps, certaines lignes de force se confirment en dépit de sursauts un peu erratiques de l’expression politique de notre allié et garant de la sécurité de l’Occident.

Les derniers événements – enlèvement du Président en exercice d’un État souverain et membre des Nations unies, le Venezuela ; revendications territoriales sur le Groenland et menace d’intervention en Iran –, bien que géographiquement décalés par rapport à l’Ukraine, ne sont pas sans incidences sur le conflit russo-ukrainien.

Ainsi, l’enlèvement de Nicolas Maduro, pourrait se traduire politiquement par l’émergence d’un nouveau chaos comme en Haïti ou en Libye. Le message principal véhiculé par cet acte sans précédent confirme une tendance des plus préoccupante : la fin du droit international, le contournement de l’ONU et l’affirmation de la loi du plus fort. Dans ce contexte, Donald Trump et Vladimir Poutine semblent tenir un même langage sans complexe. Ceci signifie une convergence d’intérêts plus ou moins grande, mais pas nécessairement une complicité globale. Laisser croire aux citoyens que le président des États-Unis serait manipulé par le président russe relève du fantasme complaisant. Donald Trump, à sa manière totalement déroutante et contestable, entend faire prévaloir ses intérêts et Make America Great Again (MAGA). Il le fait sans nécessairement ménager les intérêts de Moscou. En intervenant en Syrie, en Iran, au Venezuela et en revendiquant le Groenland, Washington contrecarre dans une certaine mesure les ambitions russes et lèse leurs intérêts. De même, en rappelant notamment pour justifier ses revendications sur ce territoire rattaché à l’Europe son projet de dôme doré, Donald Trump sait agiter une menace existentielle pour la Russie et incidemment pour la République populaire de Chine (RPC). Vladimir Poutine, qui est de la même génération que son homologue américain, n’est pas sans se rappeler à cette simple évocation les effets néfastes, voire mortifères, pour l’URSS de la « guerre des étoiles » lancée, en son temps, par Ronald Reagan, président républicain auquel Donald Trump aime se référer.

Si ces interventions ne ménagent pas Moscou, il n’en reste pas moins que les convergences d’intérêts entre les deux pays sur le conflit en Ukraine demeurent et pourraient même se renforcer, au détriment de l’Europe. Certes, le processus de négociation sur le conflit russo-ukrainien se poursuit tant bien que mal avec les échanges de délégations en Floride où se sont succédé Ukrainiens et Russes, se réunissant de manière séparée. Le Président ukrainien y a également rencontré le Président américain avec lequel il conversa à nouveau au forum économique de Davos (Suisse) le 22 janvier. La rencontre aux Émirats arabes unis (EAU) d’une délégation tripartite réunissant Américains, Ukrainiens et Russes pour la première fois, fait évoluer le dossier, de manière laborieuse cependant. Si des progrès sont enregistrés, aucun n’est décisif. Les combats sur la ligne de front et les bombardements des infrastructures stratégiques, électriques en particulier, se poursuivront. Tous ces échanges témoignent de la poursuite de la médiation sous les auspices de Donald Trump. Le risque d’un désintérêt possible demeure, mais il ne sera effectif qu’une fois un accord signé engageant principalement les Européens.

La tendance lourde d’un désengagement américain semble, cependant, se confirmer. Elle mène à s’interroger sur la valeur réelle des prétendues garanties de sécurité sérieuses susceptibles d’être accordées par Washington à l’Ukraine. Celles-ci consisteraient, jusqu’à plus ample informé, à assurer une surveillance d’un éventuel accord de paix. L’idée d’un cessez-le-feu, ayant la préférence de Kyiv, car cette formule n’hypothéquerait pas le statut juridique futur des territoires occupés illégalement par les Russes, paraît écartée, pour le moment tout au moins. L’option sur la table serait davantage un projet d’accord pour une solution politique sous la forme d’un traité de paix, formule souhaitée par Moscou car elle consacrerait les acquisitions territoriales obtenues par la force, à défaut de la diplomatie, comme cela avait été suggéré, non sans malice, dans la proposition d’échange de territoires refusée par Kyiv. Il s’agissait d’échanger la partie non conquise par les forces armées russes des régions (oblasts) de Louhansk et de Donetsk contre les territoires occupés par les Russes dans les régions de Soumi et de Kharkiv.

Si des progrès ou des avancées semblent avoir été enregistrés sur l’acceptation par les Ukrainiens du principe d’un éventuel partage et cession de territoires, les modalités restent à définir ; dans ce domaine, rien n’est acquis avant la signature officielle. Les discussions porteront également sur la reconstruction, sur d’éventuelles compensations mais cela ne revêt pas le caractère essentiel du principe de la cession de territoires et de celui des garanties de sécurité demandées par l’Ukraine.

Les garanties de sécurité, élément-clé de la paix

Pour mémoire, le refus d’accorder des garanties de sécurité nucléaires (équivalent de l’article V du traité de l’Atlantique nord) à l’Ukraine qui les réclamait à cor et à cri, ainsi qu’en témoignent les archives diplomatiques ouvertes au public, dans le cadre de ces documents, a rendu possible l’agression russe. En effet, si, dans ces documents, qui ne sont pas des traités formels ratifiés par les Parlements, la Fédération de Russie reconnaissait l’intégrité territoriale de l’Ukraine nouvelle en contrepartie du transfert des armes nucléaires soviétiques jusqu’alors déployées sur son territoire vers celui de la Russie, aucun dispositif ou engagement contraignant n’était prévu pour en garantir le bon respect. Les États-Unis, Républicains et Démocrates confondus, s’étaient refusés à souscrire de tels engagements. Il en va manifestement de même aujourd’hui.

Bien que le Président Zelensky évoque des garanties de sécurité sérieuses susceptibles d’être accordées par Washington portant, semble-t-il, sur la surveillance d’un hypothétique accord, cessez-le-feu ou traité, cet engagement encore virtuel n’aura une portée juridique lui conférant un caractère pérenne que s’il est ratifié par le Congrès des États-Unis. Le Président ukrainien semble, hélas, dans une position délicate qui l’oblige à se contenter de promesses verbales américaines qui n’engagent que ceux qui y croient. La position politique du Président ukrainien a été fragilisée, peut-être à l’instigation des Américains, par la révélation des affaires de corruption mises au jour récemment dans le domaine de l’énergie, secteur spécialement visé par les bombardements massifs russes et dont la population souffre particulièrement durant ce rude hiver. Bien que, par convenance le sujet ne soit guère évoqué dans nos médias, il est très probable que cela pèse comme une épée de Damoclès sur les épaules de Volodymyr Zelensky, tout comme les récentes informations rendues publiques sur les deux millions de jeunes Ukrainiens qui se sont dérobés à leurs obligations militaires, sans compter les 200 000 déserteurs annoncés par les autorités locales.

L’engagement de l’Europe

La différence notable par rapport aux Mémorandums de Budapest de 1994 est l’engagement de l’Europe à assumer la défaillance partielle des États-Unis. C’est une opportunité qu’il nous faut saisir, bien qu’elle nous soit, en quelque sorte, imposée par Washington.

Bien que prévisible de longue date, ce défaussement des États-Unis sur l’Europe pour gérer les séquelles du conflit russo-ukrainien n’a guère été anticipé concrètement. C’est essentiellement par réactions souvent à l’initiative de la France et non par anticipation que l’Union européenne a commencé à articuler une réponse évolutive au gré des événements. Hormis les aspects financiers de l’aide à l’Ukraine, c’est la création de la coalition des volontaires rassemblant aujourd’hui trente-cinq nations – dont les principaux pays de l’UE auxquels s’ajoutent le Royaume-Uni, le Japon, le Canada, la Nouvelle Zélande –, associée aux États-Unis qui constituent l’élément capital de cette réponse sur le plan politique et militaire. Ses différentes déclarations représentent des engagements d’importance qui restent cependant à préciser, à matérialiser et à pérenniser. Il convient en effet d’avoir à l’esprit que certaines dispositions sont susceptibles d’engager les États sur de nombreuses années, 10, 20, voire 30 ans.

Outre le caractère tenable de ces engagements, il convient également de s’interroger sur l’esprit dans lequel ils sont souscrits. La défiance à l’égard de la Russie domine, à juste titre ; mais le risque de voir les États-Unis compromettre avec Moscou en nous laissant dans une position d’hostilité face aux Russes alors que les hommes d’affaires américains développeraient leurs relations économiques, commerciales et financières et que parallèlement les grandes institutions américaines s’engageraient dans des coopérations scientifiques, spatiales voire nucléaires avec leurs homologues russes n’est pas à écarter. Comme aujourd’hui nous risquons de nous trouver enfermés, confinés dans un rôle de garants de l’Ukraine, elle-même entretenant une volonté de revanche tout à fait compréhensible.

Cependant, il nous faut penser l’avenir en prenant de la hauteur en se souvenant que ce qui était inimaginable voire inconvenant de penser en août 1944 est très rapidement devenu réalité, à savoir la réconciliation franco-allemande. Comment gérer demain, politiquement et économiquement, nos relations avec la Russie si nos hommes d’affaires assistent, sans pouvoir y participer, à l’épanouissement des relations entre Washington et Moscou, alors que dans le même temps nous aurions des troupes déployées en Ukraine ? La réponse n’est, certes, pas facile mais elle sera encore plus complexe si la question n’est pas posée, n’est pas anticipée.

Dans ce contexte, l’éventualité d’un déploiement de troupes franco-britanniques en Ukraine quels que soient leurs lieux de déploiement, près de la ligne de front, à l’arrière, doit être analysée pour en dégager les mérites et les inconvénients.

Sur le plan politique, le projet d’éventuellement envoyer des troupes, pour l’instant françaises et britanniques, revêt une grande importance. S’agissant de soldats relevant d’États disposant de l’arme nucléaire, le message est fort ; peut-être est-il trop fort ? Ce geste, s’il se réalisait, aurait pour effet principal de rééquilibrer partiellement le caractère asymétrique du rapport de force aujourd’hui en faveur de la Russie, seule partie au conflit à posséder l’arme atomique à la suite de la dénucléarisation de l’Ukraine. Cet engagement, encore virtuel, permet cependant de renforcer la main du Président Zelensky qui en a bien besoin. Cela traduit la volonté de certains partenaires de s’engager fermement dans le soutien d’une cause juste. Le rejet par Moscou de cette éventualité pourrait faire l’objet de demandes de contreparties.

Sur un plan tactique, ce déploiement de militaires pourrait constituer une sorte de levier pour déclencher une réaction en chaîne susceptible d’engager l’Otan, la France et la Grande-Bretagne en étant membres, en cas d’agression russe caractérisée. C’est justement ce qui fait que le projet sera rejeté par Moscou mais très probablement par Washington également, car c’est précisément la situation à laquelle les Américains ne veulent en aucun cas être confrontés.

Sur le plan économique, ce projet aurait un coût. Il s’agirait d’une opération extérieure (Opex) dont l’incidence budgétaire a, sans nul doute, été calculée par les états-majors. Cependant, si le nombre de soldats peut être déterminé avec une certaine précision, il n’en va pas de même pour la durée. Trois ans et demi ? Dix ans ? Vingt ans ?

Cette opération comporterait des risques politiques et humains non négligeables pour nos soldats. En effet, à l’heure de l’omniprésence des drones, quel que soit le lieu de positionnement de ces troupes en Ukraine, elles seront vulnérables et susceptibles de faire l’objet de provocations russes. Il ne faudrait, cependant, pas exclure par principe l’éventualité d’une action par drones anonymes menée par des Ukrainiens en mal de revanche qui pourraient souhaiter nous entraîner dans une escalade difficile à contrôler. Ce risque a toujours été pris en considération par les autorités américaines qui se sont toujours interdit, jusqu’à présent, de s’engager au-delà d’un certain seuil en Ukraine.

Cette option a des mérites propres mais n’est pas dénuée de risque pour nos hommes. Avant de s’engager plus avant, il conviendrait sans doute d’être mesure de savoir comment se désengager d’une opération qui pourrait s’inscrire dans la très longue durée. Un retrait unilatéral, par exemple pour raison budgétaire, pourrait être interprété par l’adversaire comme un blanc-seing pour une reprise des hostilités.

Enfin, petit rappel historique que nos décideurs politiques et militaires doivent avoir à l’esprit, l’échec de l’opération franco-britannique de Suez en 1956 au cours de laquelle le soutien de notre partenaire américain nous avait fait défaut. Cela n’est pas nouveau. Nos forces conjointes qui menaient une brillante opération pour rétablir nos droits légitimes sur le canal de Suez nationalisé par le colonel Nasser ont dû se replier précipitamment dans des conditions difficiles voire humiliantes…

Réarmement nécessaire

Il est évident que non seulement pour assurer des garanties de sécurité à l’Ukraine mais également pour être en mesure de contrer de nouvelles ambitions russes et pour prendre en considération l’état de nos alliances aujourd’hui, la France doit se réarmer, réellement, pas virtuellement. Une France puissante et une Europe réarmée constituent les meilleures garanties de sécurité pour l’Ukraine. Le déploiement de troupes sur le sol de l’Ukraine ne paraît pas indispensable dès lors que nous serions en mesure de projeter des forces conséquentes rapidement. Un pré-positionnement de matériels et de munitions pourrait alors suffire pour donner de la crédibilité à nos engagements sans risques de se trouver placé en position d’otages.

Il faut néanmoins se réarmer sans se tromper de guerre. Les leçons militaires du conflit russo-ukrainien sont très nombreuses et ne sont sans doute pas toutes tirées avec le recul qui s’impose.

Sur le plan nucléaire, la doctrine russe a, semble-t-il, sensiblement évolué. Désormais, elle n’est plus exclusivement défensive mais laisse ouverte la possibilité de l’emploi d’armes tactiques. Ceci devrait nous amener à reprendre notre doctrine et peut-être à la faire évoluer vers un usage offrant plus de souplesse. Ceci impliquerait un arsenal adapté et éventuellement de s’interroger sur la nécessité de disposer d’armes miniaturisées tactiques. Cette adaptation peut être également rendue nécessaire par le fait que la grammaire nucléaire n’est plus la même depuis l’irruption de nouveaux détenteurs de l’arme atomique. Avec la prolifération nucléaire, qui n’a pas pu être totalement entravée, sont apparus de nouveaux acteurs qui, jusqu’à présent, ont respecté la grammaire nucléaire mais, mathématiquement, les risques d’erreurs se sont multipliés. De plus, la tendance actuelle consistant à faire prévaloir le droit du plus fort ne manquera pas d’avoir un effet sur la propension à la prolifération : après l’Inde, le Pakistan, la Corée du Nord, Israël et, demain peut-être, l’Iran et d’autres. Seule l’Afrique du Sud a renoncé à ses armes nucléaires pour des raisons peu avouables. L’Ukraine y a également renoncé mais, aujourd’hui comme hier, le débat existe.

Dans ce domaine bien particulier, une initiative diplomatique forte se justifierait pour tenter de recomposer un nouvel équilibre de la terreur tenant compte des nouveaux venus, même si tous n’étaient pas désirés. La place de la RPC serait à considérer. Si nous ne prenons pas cette initiative, il faut craindre un nouvel ordre établi et imposé par les plus puissants. Notre rôle pourrait consister, par le biais d’une grande conférence nucléaire, à amener – ou, du moins, à sensibiliser – les puissances dotées sur leur devoir d’apporter collectivement des garanties en particulier aux puissances qui se sont volontairement dénucléarisées comme l’Ukraine. Ce serait une tentative de sortir par le haut de cette crise insoluble. Une action diplomatique et non une simple réaction aux événements. De la nécessité d’anticiper.

Sur le plan conventionnel, compte tenu de l’évolution très rapide et très profonde de l’art de la guerre durant le conflit russo-ukrainien, le risque de se tromper de guerre et de poursuivre ou de mettre en production des matériels militaires inadaptés aux nouveaux conflits est grand. Une période d’analyse et de réflexion paraît s’imposer pour définir les équipements répondant le mieux à un conflit moderne. Dans ce contexte, les difficultés rencontrées dans les programmes d’avions du futur (Scaf) et de chars franco-allemands, loin de poser problème, pourraient offrir un espace de réflexion utile.

La responsabilité des autorités politiques et militaires pour définir, sans précipitation, des programmes adaptés sera grande. Leur capacité à se faire entendre des industriels qui pourraient souhaiter valoriser des programmes devenus obsolètes ou à les amener à jouer collectif, autrement dit européen, sera essentielle. Par ailleurs des pistes nouvelles pourraient s’ouvrir, notamment dans le domaine des drones. Si des progrès ont été réalisés, il est cependant étonnant qu’en quatre ans de guerre, l’Europe, puissance économique, financière, industrielle et scientifique, ne soit pas parvenue à produire en masse des engins, pour certains peu coûteux, nécessaires à la défense de l’Ukraine. Il y a certainement là un domaine qui n’a pas encore été préempté par de grands groupes industriels, susceptible de faire l’objet de coopération entre membres intéressés de l’Europe avec possibilité d’extension au Royaume-Uni. Une coopération ad hoc pour créer un institut de recherche, de réflexion sur la conception, la production et la lutte contre les drones ne pourrait-elle être envisagée ? Ce serait une approche pragmatique d’une politique de défense à la carte.

Le manque de vision stratégique des pays membres de l’UE s’est fait cruellement sentir durant ces quatre années de conflit. Bruxelles n’est manifestement pas l’enceinte la mieux appropriée pour développer l’esprit de défense sur le continent. Une approche, là également pragmatique, pour faire évoluer les mentalités ne pourrait-elle pas être envisagée sur les porte-aéronefs, par exemple ?

La France a lancé son projet de porte avion nouvelle génération pour un budget de 10 milliards d’euros qui, au final, pourrait être de 15 ou 20 milliards d’euros. L’émergence des drones a montré que le nombre d’engins peu coûteux pouvait saturer des défenses hyper sophistiquées et très onéreuses aussi ne serait-il pas judicieux de s’interroger, tant qu’il en est encore temps, sur une autre approche. La France joue souvent seule et s’étonne de ne pas être suivie. Fabriquer un exemplaire unique d’un porte-avions ne répond pas à toutes les configurations conflictuelles envisageables, ne serait-ce que par son indisponibilité programmée. Une réflexion commune avec les quelques partenaires susceptibles de vouloir disposer de porte-aéronefs dans leur flotte dans le contexte nouveau qui s’ouvre serait-elle déplacée ? Certes l’échec avec le Royaume-Uni dans ce domaine ne doit pas être oublié. Toutefois, des pays comme l’Italie, l’Allemagne, la Grèce et, les circonstances ayant changé, le Royaume-Uni également ne seraient-ils pas intéressés par une réflexion sur un projet de coopération sur des porte-aéronefs, avions et drones de nouvelles générations s’inscrivant dans une enveloppe budgétaire plus contrainte pour des navires de séries et aux caractéristiques moins ambitieuses que notre PANG ? Cela pourrait constituer une solution pragmatique pour rapprocher quelques États sélectionnés sur un concept de défense ayant une connotation stratégique marquée. Cela permettrait des économies d’échelle, des recherches communes pour s’affranchir de la technologie américaine pour les catapultes si tant est que cela soit possible. Cela pourrait peut-être ouvrir un espace pour le Rafale marine à côté des F 35… Cela permettrait une présence à la mer en permanence. Disposer d’un exemplaire unique d’un porte-avions est, certes, source de prestige mais avec une vulnérabilité accrue. Qui serait chargé d’annoncer le drame national que constituerait la perte éventuelle du vaisseau amiral suite à une attaque de drones anonymes ou non ? Une Europe dotée de plusieurs porte-aéronefs, porte drones, donnerait une image de puissance encore difficilement imaginable aujourd’hui. Cela suppose, cependant, de jouer collectif et non pas en solitaire.

Un réarmement diplomatique

Une réflexion sur notre diplomatie après la suppression du corps diplomatique pourrait peut-être s’avérer utile. Les succès comme les échecs devraient être passés en revue et analysés sans complaisance. Certes, la pratique diplomatique s’est modernisée. La transparence est à l’honneur, comme en témoigne le film retraçant les échanges téléphoniques avec Vladimir Poutine, tout comme le récent documentaire relatant une conversation au téléphone avec Donald Trump, sans parler naturellement des publications des SMS présidentiels. Peut-être que plus de discrétion, plus de stratégie à long terme, plus de présence efficace avec du personnel de qualité dans les instances européennes pour faire entendre la voix de la France, plus de coordination et de réflexion commune entre les ministères de la défense et des affaires étrangères, plus d’initiatives d’envergure et moins de communication seraient sans doute de nature à renforcer notre action internationale. Cette réflexion sur nos moyens, les modalités de notre action pourrait être d’autant plus nécessaire que pour sortir de cette période d’incertitude extrême il faut penser l’avenir sans se laisser enfermer dans des rôles importants certes mais somme toute de subordination.

Le système international est en pleine déliquescence. Le système onusien est aux abonnés absents en ce qui concerne l’Ukraine, à l’exception notable de l’Agence internationale pour l’énergie atomique (AIEA) qui a joué un rôle remarquable pour préserver, autant que possible, les installations nucléaires civiles.

En quatre ans de guerre, l’UE n’a pas été en mesure de désigner une « Madame » ou un « Monsieur Ukraine ».

Désormais se pose le problème de l’Otan et de la réalité de l’engagement américain en Europe. Là également, le problème est des plus complexe car l’organisation atlantique n’a pas que la sécurité de l’Europe face à la Russie comme fonction. Elle est également l’instrument qui justifie, jusqu’à présent, le renoncement à l’arme atomique par certains de ses membres – de l’Allemagne en particulier. Cette dernière a effacé presque toutes les séquelles de la Seconde Guerre mondiale. Elle est en passe de devenir, sous nos yeux – dès lors qu’on les ouvre –, la principale puissance européenne dont le rôle sera encore accru avec le basculement à l’est du centre de gravité de l’UE à la suite de l’intégration promise à l’Ukraine par la présidente, allemande, de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. La question de l’arme nucléaire va se poser à plus ou moins long terme ; à nous d’anticiper.

Le grand désordre qui s’est installé dans la relation transatlantique et les limites affichées de l’UE font le jeu de Moscou et de Pékin, voire, peut-être, celui des États-Unis. Néanmoins, force est de constater que l’objectif constant de Moscou, capitale de l’URSS ou de la Fédération de Russie, est en passe d’être complété, à savoir le découplage de l’Europe des États-Unis. Inversement, l’objectif de Washington de découpler la Russie de la Chine reste à l’état embryonnaire…

L’Europe et la France ont une opportunité à saisir, même si elle est imposée par les circonstances. Néanmoins, la voie sera rude et ne laisse guère de place à la communication ni à des rôles solitaires. Discrétion, humilité, détermination, imagination et coopération seront nécessaires à cette fin. Autrement, ce sera la vassalisation assurée face à de nombreux prédateurs, la Russie, les États-Unis, la Chine, mais également les pays d’émigration sauvage ou organisée de manière inamicale… ♦

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