Alors que le général Philippe Morillon vient de décéder, le rédacteur en chef rend hommage à son engagement, marqué notamment par son commandement de la Forpronu.
In Memoriam - Philippe Morillon : une vie d’engagement
Le général Morillon à Srebrenica
In Memoriam—General Philippe Morillon: a life of commitment
As General Philippe Morillon has just passed away, the editor-in-chief pays tribute to his commitment, marked in particular by his command of UNPROFOR.
Né le 24 octobre 1935 à Casablanca, le général d’armée (2S) Philippe Morillon vient de s’éteindre ce 29 janvier à Saumur, à l’âge de 90 ans. Il appartenait à cette génération de chefs militaires qui commencèrent leur carrière au crépuscule de nos guerres de décolonisation, avec pour le lieutenant Morillon l’Algérie, qui eurent à participer à la transformation de l’Armée de terre durant les années 1960-1970, transformation douloureuse et compliquée d’autant plus que l’ambiance était à l’antimilitarisme primaire. Ces chefs se retrouvèrent en première ligne au début des années 1990 avec, dans un premier temps, la guerre du Golfe (1990-1991) puis, dans un second temps, les guerres dans les Balkans à partir de l’été 1992. Une longue période où les figures militaires étaient bien occultées notamment dans les médias et où l’expression de la Grande muette était fondée, tant le politique contrôlait étroitement la parole des chefs militaires.
Après un parcours au sein d’une armée de temps de paix, le général Morillon eut à affronter la crise en ex-Yougoslavie en commandant la Force de protection des Nations unies (Forpronu) de septembre 1992 à juillet 1993. Un commandement sous la tutelle de l’ONU avec le célèbre mais impuissant « Casque bleu ». L’engagement français décidé par le président François Mitterrand en 1992 en plaçant nos forces sous l’autorité de l’ONU fut particulièrement difficile en raison de l’incapacité de la Forpronu à agir, autrement qu’en état de légitime défense, face à des parties qui ne souhaitaient qu’en découdre, en s’en prenant tout particulièrement aux populations civiles. Le général Morillon, en mars 1993, se rend dans l’enclave de Srebrenica assiégée par les troupes bosno-serbes et proclame que l’ONU protège désormais les réfugiés (photo), ce qui, hélas, ne fut pas le cas dans les mois suivants. Cette prise de parole hautement médiatique dérange et le général Morillon quittera plus tôt que prévu la Forpronu. De 1994 à 1996, il commande la Force d’action rapide (FAR) avant de quitter le service actif.
Homme de conviction et de foi, il participe à l’organisation des Journées mondiales de la Jeunesse (JMJ) à Paris en 1997, avant de s’engager en politique de 1999 à 2009 au Parlement européen, fervent supporteur d’une Europe plus unie, tirant les leçons de l’échec des Européens et de l’ONU en ex-Yougoslavie.
Par sa prise de parole improvisée en 1993, il démontra qu’un chef militaire se devait d’affirmer ses responsabilités, quitte à être désavoué ultérieurement. Sa figure morale a ainsi marqué et obligeant l’autorité politique à mieux définir la mission et à sortir de son ambiguïté. C’est ce que fit le président Chirac en 1995 en remettant en cause l’impuissance des Casques bleus.
La disparition du général Morillon, après une longue carrière militaire et politique, tourne une page de notre histoire militaire. ♦
PS : Le général Morillon a signé deux articles dans notre revue, le 1er, alors colonel, pour présenter les besoins matériels de l’Armée de terre à la veille du 9e salon Eurosatory ; le 2nd, alors député européen, pour plaider la construction de l'Europe de la défense et de l’armement.






