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  • Que disent les soldats ukrainiens de la formation reçue dans les pays de l’Otan ? (T 1804)

Que disent les soldats ukrainiens de la formation reçue dans les pays de l’Otan ? (T 1804)

Oleksiy Moskalenko, « Que disent les soldats ukrainiens de la formation reçue dans les pays de l’Otan ? (T 1804)  », RDN, 20 février 2026 - 8 pages

Les alliés et partenaires de l'OTAN dispensent une formation militaire aux civils ukrainiens. (© Otan / Flickr)
Les alliés et partenaires de l'OTAN dispensent une formation militaire aux civils ukrainiens. (© Otan / Flickr)

Depuis le début de la guerre russo-ukrainienne en 2014, la fondation « Come back alive » conduit un travail systématique de soutien les forces de défense ukrainiennes. Au cours de cette période, cette organisation non gouvernementale s'est forgé une réputation de professionnalisme, d’indépendance et d’expertise approfondie dans le domaine de la défense. En 2024, le ministère de la Défense d’Ukraine s’est adressé à eux en demandant de conduire une étude sur la formation militaire de base en Ukraine. L'équipe analytique du Centre d'initiatives « Come back alive » a réalisé cette étude en examinant le processus de formation à travers le prisme de l’expérience de toutes les parties concernées : brigades combattantes, instructeurs et sergents des centres de formation, militaires ayant une expérience du combat, experts dans le domaine de l’éducation et de la formation, ainsi que les militaires formés eux-mêmes. La RDN publie ici une traduction française des conclusions de cette étude.

What do Ukrainian soldiers say about the training they received in NATO countries?

Since the start of the Russo-Ukrainian War in 2014, the "Come Back Alive" Foundation has been systematically supporting the Ukrainian Defense Forces. During this time, the non-governmental organization has built a reputation for professionalism, independence, and in-depth expertise in the field of defense. In 2024, the Ministry of Defense of Ukraine approached them, requesting a study on basic military training in Ukraine. The analytical team at the "Come Back Alive" Initiatives Center carried out this study by examining the training process through the lens of the experience of all stakeholders: combat brigades, instructors and sergeants at training centers, soldiers with combat experience, experts in education and training, and the soldiers themselves. RDN is publishing here a French translation of the study's findings.

Note préliminaire : Le texte est originellement publié sur le site du think tank Come Back Alive Initiative : (cbacenter.ngo/). Cet article a été rédigé en juin 2025 et les questions qui y sont abordées ont d'abord été partagées avec les autorités militaires concernées. Nous pouvons désormais le publier afin de partager notre analyse avec un public plus large. Cet article a été traduit de l’anglais par Anna Colin Lebedev.

Dans la troisième année de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, la société ukrainienne a commencé à recalibrer sa stratégie pour ce qui était manifestement en train de devenir une guerre d’usure. Les reportages, les commentaires des soldats et des responsables de l’armée ont souligné, parmi les points faibles à améliorer, la formation militaire de base effectuée sur place, en Ukraine. Les civils appelés sous les drapeaux recevaient souvent une formation insuffisante dans un environnement qui ne les motivait pas à servir. Notre think tank, le Come Back Alive Initiatives Center, a répondu à la commande du ministère ukrainien de la Défense, destinée à réaliser une étude sur les problèmes de formation militaire de base et à suggérer des solutions.

Ce qui avait commencé comme une tentative d’évaluation des lacunes de l’Ukraine en matière de formation s’est transformé en une analyse comparative stimulante après que plusieurs répondants ont été envoyés de manière inattendue suivre une formation à l’étranger. À l’aide de l’ethnographie mobile, nous avons suivi les réflexions quotidiennes des nouvelles recrues en Ukraine et à l’étranger, en collectant et en comparant leurs réflexions et leurs expériences en temps réel via des dialogues de personne à personne sur une application de messagerie sécurisée, sous forme de messages texte et vocaux, ce qui nous a permis de proposer une analyse plus fine de la situation. Par exemple, lorsque l’un des enquêtés a enregistré son message audio d’une voix rauque – détail qu’il jugeait sans importance – cela nous a permis de nous interroger sur la situation sanitaire des recrues et d’en tirer toute une série d’enseignements. Dans l’ensemble, cette méthode nous a aidés à développer des hypothèses inattendues et à approfondir nos recherches sur ce que les pays alliés faisaient « correctement » et « moins correctement » en formant leurs soldats en vue de la guerre en cours.

Les États alliés membres de l’Otan ont fait preuve d’un soutien sans précédent à l’Ukraine, en dispensant une formation aux soldats et aux officiers ukrainiens tout au long des années qui ont précédé et suivi l’invasion à grande échelle. En tant que think tank, nous entendons souvent parler de la manière dont certains aspects assimilés lors des formations à l’étranger ont été intégrés par différents acteurs de l’armée ukrainienne, qu’il s’agisse de procédures, de la structure organisationnelle, d’approches managériales, d’attitude envers les subordonnés ou du style de communication. Cependant, il existe également des lacunes dans la formation qui pourraient être le signe d’inadéquations plus importantes méritant d’être soulignées.

Les personnes interrogées dans le cadre de notre étude ont suivi une formation dans six pays européens entre 2022 et 2025, et l’analyse qui suit ne concerne que la formation dispensée aux troupes ukrainiennes. Notre équipe ignore la manière dont la formation des troupes nationales est actuellement conduite. Cependant, nos conclusions suggèrent que ces lacunes pourraient être répandues et critiques pour les capacités de défense, et qu’elles devraient donc être réévaluées à la lumière de l’expérience de l’armée ukrainienne.

Contrairement aux problèmes rencontrés dans les centres de formation ukrainiens, tels que le manque de matériel d’entraînement, la pénurie d’instructeurs professionnels, les mauvaises conditions matérielles, l’insuffisance des soins médicaux et les perturbations constantes causées par les alertes aériennes, les pays européens ont leurs propres lacunes en matière de formation. Ci-dessous figure une liste de certaines d’entre elles qui nous ont été communiquées par les recrues et les officiers ukrainiens.

Les règles du jeu

Les instructeurs de l’Otan dans les pays d’Europe occidentale continuent à enseigner aux soldats à se conformer à une conduite de la guerre conforme aux règles et à attendre la même chose de la part de leur adversaire. L’expérience de l’Ukraine montre à quel point une telle interprétation pouvait être dangereuse.

L’adversaire enfreint régulièrement les règles de la guerre. Les officiers ukrainiens supervisant le cours à l’étranger ont trouvé un moyen de pallier cette lacune dans le programme de formation, en expliquant aux recrues pendant les pauses qu’elles devaient se préparer à des situations où les règles qui venaient de leur être enseignées pourraient ne pas être respectées par l’adversaire. Lorsque les instructeurs d’Europe occidentale évoquaient la Convention de Genève, ils omettaient cette mise en garde cruciale, risquant ainsi de créer des anticipations erronées dans l’esprit des recrues.

Le résultat est clairement illustré dans cet exemple donné par le commandant de compagnie ukrainien : « Dans [nom du pays], on nous a dit d’installer la tente médicale “dès que possible”. Vous savez, la blanche, avec une croix. Nos gars ont ri. L’ennemi attaquera cette tente en premier ! » De même, l’article 37 de la Convention de Genève interdit la perfidie, c’est-à-dire que les soldats ne peuvent pas prétendre être morts pour ensuite tirer sur l’ennemi. Il faudra malheureusement que de nombreuses vies soient perdues avant que la conscience commune de la non-application de cette règle sur le champ de bataille ne se généralise dans l’armée, créant ainsi une prise de conscience. L’idée que les règles pourraient ne pas fonctionner et le fait de considérer cela comme une hypothèse par défaut, pourrait apporter une vigilance supplémentaire qui sauvera des vies.

Les drones

Les drones FPV (First Person View – pilotage en immersion) et les drones lanceurs de grenades sont les principaux responsables des pertes humaines sur le champ de bataille aujourd’hui, représentant jusqu’à 80 % du total des pertes humaines et la plupart des pertes matérielles (66 % en janvier 2025). Les données provenant d’une des divisions ukrainiennes spécialisées dans les drones montrent que le ratio généralement utilisé de 3 pour 1 entre les blessés au combat et les morts n’est plus applicable aux attaques de drones : il est désormais de 0,7 blessé pour 1 tué ou 1 blessé pour 2 tués. En d’autres termes, les chances d’être tué ou blessé sont égales dans le cas des drones, contrairement à d’autres types d’armes utilisées.

Dans la dernière édition du programme de formation militaire de base en Ukraine, la présence constante de drones de surveillance ou de combat dans les airs est un postulat fondamental (cependant difficile à mettre en œuvre au vu de contraintes spécifiques). La raison en est que les recrues ukrainiennes doivent développer une mémoire musculaire face au bruit des drones qui approchent et qu’en entendant le cri « air ! », tout le monde doit immédiatement se jeter au sol, pointer son fusil vers le ciel, fouiller visuellement l’espace et viser un drone. Ce n’est pas le cas pour la formation dans les pays de l’Otan, en raison du manque de drones, du manque d’opérateurs, d’une compréhension limitée de leur importance et de réglementations strictes. Le commandant de compagnie précédemment évoqué nous a raconté comment, en 2022, un autre instructeur d’Europe occidentale a ignoré la question d’une des recrues : « Et les drones ? » en essayant de calmer tout le monde : « Ne vous inquiétez pas, les drones volent haut dans le ciel, ils sont là uniquement pour la surveillance ».

Équipement

Les drones nécessitent une modification des opérations de combat. De nombreux véhicules de l’Otan sont conçus pour dévier les menaces provenant du sol : la plupart des pièces métalliques sont soudées sous le véhicule afin de le protéger contre les mines. Aujourd’hui, la principale menace provient du ciel, avec une vitesse d’approche pouvant atteindre 200 km/h. Les drones détruisent désormais un char d’une valeur de plusieurs millions d’euros presque aussi facilement qu’un pick-up valant 30 000 euros, moyen de transport aujourd’hui le plus courant dans l’armée ukrainienne.

Les drones ont fondamentalement remodelé les 15 premiers kilomètres de la ligne de contact et cette distance ne fera qu’augmenter avec les progrès technologiques. Ils commencent désormais à modifier le fonctionnement des processus à un niveau encore plus opérationnel : le drone-mère (1) peut voler sur une distance de 40 à 50 km, libérant le drone tueur qui peut voler sur 10 à 15 km supplémentaires pour atteindre sa cible. Le drone à fibre optique est une autre arme courante qui atteint désormais une profondeur de plusieurs dizaines de kilomètres (2) sans avoir à subir les interférences des brouilleurs de signaux.

Les programmes non mis à jour des pays de l’Otan n’ont pas encore intégré les leçons tirées de la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Sur le front, il est rare aujourd’hui de voir des armes blindées lourdes en première ligne. Lors de l’offensive active du 30 avril 2025, l’armée russe n’a perdu qu’un char et un véhicule de combat d’infanterie. Selon les instructeurs ukrainiens que nous avons interrogés, les chars sont désormais principalement utilisés comme pièces d’artillerie, pour des tirs indirects depuis des positions camouflées. S’ils sont exposés, ils ont quelques minutes pour se mettre à l’abri avant d’être détruits par un essaim de drones. L’un des enquêtés, formé en Allemagne, a déclaré qu’on y pratiquait encore les « duels de chars », ce qui est difficile à imaginer sur un champ de bataille en 2025. « Est-il sérieux ? », a demandé à l’interprète un officier ukrainien venu suivre cette formation professionnelle.

La « collectivisation des armes » constitue une autre donnée importante du nouveau programme d’entraînement en Ukraine. La diversité des armes utilisées par un seul peloton peut être un cauchemar pour la logistique. Les soldats doivent non seulement connaître les autres types d’armes utilisés dans leur équipe, mais aussi les nuances d’utilisation des différentes marques pour chaque type d’arme. Le rythme auquel la guerre évolue exige que les soldats se familiarisent avec les différentes armes qui peuvent être fournies par une armée alliée à un moment critique pour répondre à leurs besoins spécifiques.

Les instructions

Les indications fournies dans le programme de formation sont obsolètes et les instructeurs le savent. Certains instructeurs choisissent parmi les participants un stagiaire ukrainien ayant récemment participé à des opérations de combat. Afin de vérifier si ce qu’ils disent est pertinent sur le champ de bataille, ils établissant un contact visuel avec lui pour qu’il puisse, au moment opportun, acquiescer silencieusement.

« Aujourd’hui, ils montrent comment capturer l’adversaire. Il y a trop de personnes au même endroit. Cela ne fonctionnera pas. Cela vient des missions de guerre de type Afghanistan ou Irak. Dans notre cas, il y aurait deux ou trois personnes, maximum. Ils ne s’entraînent pas à des scénarios de guerre à grande échelle. Une guerre sur votre territoire avec des drones dans les airs », a déclaré l’un des officiers ukrainiens observant la formation fournie.

Il n’y a souvent ni un temps ni un lieu dédié pour les commentaires ou les ajustements apportés par les instructeurs ukrainiens qui supervisent le processus de formation. Ils se contentent d’observer avec reconnaissance ce qu’enseignent leurs collègues étrangers et complètent la formation par des remarques cruciales pendant les pauses ou dans la soirée. Pendant les jours de congé, les officiers ukrainiens enseignent ainsi aux recrues ce qu’ils jugent important mais qui a été omis pendant le cours principal, comme la guerre électronique et les tactiques anti-drones. « Heureusement, nous avons un officier brillant qui vient tout juste de rentrer du front et qui connaît bien le sujet ».

Le « soldat idéal »

L’image du « soldat idéal » a changé : il s’agit désormais d’un civil « normal », endurant, en bonne santé mentale, actif et sociable, qui ressemble en tout point à votre voisin de palier, et non plus à un personnage de bande dessinée ou à un acteur de film d’action. Le soldat idéal est capable de supporter une exposition prolongée au stress et à l’incertitude. Si l’on examine le profil de la liste des militaires ukrainiens ayant reçu la plus haute distinction de leur pays, celle de « héros de l’Ukraine » (3), on y trouvera beaucoup d’hommes et de femmes ordinaires qui ont joué un rôle crucial dans la défense contre l’agresseur.

Il y a quelque temps, deux hommes d’apparence ordinaire sont entrés dans le café où je me trouvais et ont commandé leurs boissons. Je n’y avais même pas prêté attention. Mon ami, un employé de ce magasin, s’est penché vers moi et m’a dit : « Ces types sont des légendes. Ce sont de durs à cuire. De vrais durs à cuire. » Il ne trouvait pas les mots pour décrire leur impressionnante réputation au sein de l’armée.

Dans un contexte de guerre de plus en plus technologique, une musculature développée n’est plus le marqueur visuel d’un bon soldat. La formation militaire de base en Ukraine met principalement l’accent sur la force du dos et des jambes : les civils récemment recrutés doivent être capables de transporter des charges lourdes sur de longues distances. Le reste de leurs compétences n’est pas nécessairement lié à la force physique.

L’incertitude

Dans le cadre de notre étude sur la formation militaire de base en Ukraine, les recrues se sont plaintes du niveau élevé d’incertitude : elles trouvaient épuisant de ne pas avoir d’informations sur le déroulement de la formation, sur l’emploi du temps quotidien, sur les étapes à venir. L’incertitude permanente était un motif de frustration : « J’en ai tellement assez de ne rien savoir. J’en ai tellement assez de ne pas savoir où je serai demain à 14 heures », a ainsi déclaré une recrue pendant sa formation.

Nos enquêtés qui ont été formés à l’étranger ont vécu une expérience littéralement inverse : ils profitaient d’une communication fluide, d’une planification et de processus bien organisés et d’un respect des plannings. Cependant, les officiers ukrainiens ont souligné que cette prévisibilité trop importante était un facteur de risque supplémentaire dans les conditions actuelles d’une guerre caractérisée par une incertitude permanente. Par conséquent, l’incapacité à opérer de manière continue dans un contexte chaotique pouvait jouer en défaveur des soldats nouvellement formés. Trouver une certaine normalité dans l’incertitude fait partie des compétences essentielles qu’une recrue doit posséder dans ce contexte.

Prestataires privés

De nombreux services au sein des forces armées ukrainiennes sont assurés en interne, par ses différents départements. Si ce modèle conduit souvent à des problèmes de qualité la prestation, il a néanmoins prouvé sa résilience et sa fiabilité dans le cadre de la guerre en cours. La forte dépendance vis-à-vis des prestataires privés dans les chaînes d’approvisionnement des armées occidentales est un modèle dont l’efficacité reste à prouver dans le contexte actuel, celui d’une position défensive des armées sur leur propre territoire. Compte tenu de leur incapacité inculquée à agir dans l’incertitude et du risque d’effondrement de la chaîne d’approvisionnement sous l’effet des attaques de missiles et des cyberattaques, les armées alliées pourraient se retrouver dans une situation difficile. Comme le dit un officier ukrainien : « Leur prestataire ne livre pas de carburant ? Leur armée s’arrête. Ils n’imaginent pas que cela pourrait être possible. Pour nous, ce n’est pas grave, c’est plutôt la norme. »

Depuis 2022, les entreprises privées et publiques ukrainiennes apportent un soutien crucial à l’armée. Ces efforts s’inscrivent dans le prolongement de la culture du volontariat, largement répandue, qui s’est développée en réaction au déclenchement de la guerre en 2014. Par exemple, le monopoliste public Ukrzaliznytsia (chemins de fer ukrainiens) a évacué 4 millions de civils et assure des missions logistiques cruciales pour l’État pendant la guerre. Le coût humain de cet engagement est bien sûr élevé : au cours des deux premières années et demie qui ont suivi le début de l’invasion à grande échelle, l’entreprise a perdu 23 employés dans l’exercice de leurs fonctions.

Réglementation

Le poids de la réglementation sur les processus d’entraînement militaire en temps de paix constitue un autre obstacle à l’efficacité de la formation. Les forces armées doivent être en mesure de mobiliser toutes les ressources disponibles avec un minimum de retards bureaucratiques de la part de l’État. Les instructeurs ukrainiens ont souligné à quel point un environnement d’entraînement trop réglementé limitait l’efficacité de la formation et pouvait entraîner un nombre plus élevé de victimes sur le champ de bataille. À la suite de la formation militaire de base, les recrues ukrainiennes suivent généralement une à deux semaines supplémentaires d’entraînement au niveau de la brigade, près de la ligne de front. Là-bas, les règles de sécurité et autres réglementations sont moins strictes qu’à l’arrière du territoire nationale. Les instructeurs formant les nouveaux arrivants au combat affirment que cette phase est essentielle à la survie des recrues. Posséder son propre terrain d’entraînement, pouvoir utiliser tous les types d’équipement nécessaires, disposer de procédures de sécurité plus optimales, etc., serait très bénéfique pour la préparation des forces armées. L’armée ukrainienne peut profiter de ce type d’infrastructure, et pas seulement en temps de guerre.

Le langage

Le langage neutre utilisé pour parler de l’adversaire a été l’un des points problématiques soulevés par les recrues ukrainiennes. Les instructeurs de l’Otan ont évoqué un ennemi potentiel qui pourrait un jour envahir leur pays. Or, les participants savaient exactement à quel adversaire ils allaient être confrontés peu après la fin de la formation, soit seulement quelques semaines plus tard. Ils ont déclaré qu’il était déroutant de ne pas pouvoir se concentrer sur un adversaire réel précis, d’analyser et de répéter les situations propres à la guerre actuelle. Au lieu de cela, ils ont dû suivre un programme conçu à partir des leçons tirées des missions en Afghanistan et en Irak, qu’ils jugeaient souvent hors de propos, voire contre-productives.

Nos recherches mettent en évidence les points forts des programmes de formation de l’Otan, mais aussi leurs limites et les risques potentiels. Cet article énumère certains des problèmes liés à la formation militaire de base et à la formation professionnelle dans les pays d’Europe occidentale. Les personnes interrogées ont mentionné que les formations offertes dans les pays d’Europe de l’Est (Estonie, Lettonie, Lituanie et Pologne) étaient beaucoup plus à jour et que bon nombre des points mentionnés ci-dessus n’étaient pas pertinents dans ces pays-là. Probablement, ces formations ont été ajustées dans un contexte d’urgence amplifiée nécessitant de faire face à un ennemi spécifique et de répondre à des menaces précises.

À l’heure actuelle, seuls trois pays ont une expérience directe récente de la guerre contemporaine : l’Ukraine, la Russie et la Corée du Nord. L’Ukraine est le seul terrain dont l’Occident peut actuellement apprendre. Des échanges professionnels et des programmes d’entraînement communs seraient grandement profitables à l’ensemble des parties.

Vous trouverez plus d’informations sur les problèmes de la formation militaire de base en Ukraine dans notre rapport complet (4) disponible en ligne. ♦


(1) Shumlianskyi Dmytro, « Ukrainian Forces Use “Mother Drone” to Strike Russia’s Kursk Region », Militarnyi, 13 avril 2025 (https://militarnyi.com/en/news/ukrainian-forces-use-mother-drone-to-strike-russia-s-kursk-region/).
(2) « Ukrainians Made an FPV With Fiber-Optic Cord Stretching For 41 km », Defense Express, 26 janvier 2025 (https://en.defence-ua.com/).
(3) « Héros de l’Ukraine », Wikipédia (https://fr.wikipedia.org/wiki/H%C3%A9ros_de_l%27Ukraine).
(4) Bahlai Serhii, Muraveinyk Anton et Moskalenko Oleksiy, From Civilian to Soldier: Come Back Alive Initiatives Center Studies Basic Military Training in Ukraine, 27 mars 2025 (https://cbacenter.ngo/).

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