L’Iran résiste, Israël et les États-Unis s'enlisent. Après presque deux semaines de guerre, Téhéran, malgré la perte de Khamenei et des infrastructures clés, maintient son emprise et mise sur l’usure. Donald Trump – sous pression du fait du coût de la guerre et des élections de Mid-Term à venir – et Benjamin Netanyahou, intransigeant, peinent à imposer une victoire claire. Les risques sont dorénavant multiples : chaos libanais, crise énergétique mondiale, et doutes des pays du Golfe sur la fiabilité américaine. L’Europe, divisée, reste en retrait, bien que la France soit la seule à agir.
Chroniques du Moyen-Orient – Deux semaines de conflit : où en est le Moyen-Orient ? (T 1813)
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Middle East Chronicles —Two weeks into the conflict in Middle East
Iran is holding firm, while Israel and the United States are bogged down. After nearly two weeks of war, Tehran, despite the loss of Khamenei and key infrastructure, maintains its grip and is counting on attrition. Donald Trump—under pressure due to the cost of the war and the upcoming midterm elections—and the intransigent Benjamin Netanyahu are struggling to secure a clear victory. The risks are now multiple: chaos in Lebanon, a global energy crisis, and doubts among the Gulf states about American reliability. Europe, divided, remains on the sidelines, although France is the only one taking action.
Le début des opérations israélo-américaines sur l’Iran a été remarquable d’efficacité, mais dans la phase actuelle, il semble que le conflit risque de durer quelque temps encore et connaisse une escalade dangereuse. En effet, la détermination à la fois de Benjamin Netanyahou et des Gardiens de la révolution ne faiblit pas, le régime iranien faisant preuve d’une résilience inattendue et Donald Trump ne paraissant pas avoir arrêté une stratégie de sortie de crise claire. En attendant, les populations souffrent – notamment en Iran et au Liban – et une possible crise énergétique affole les responsables économiques dans le monde.
À Washington, le président Trump s’est félicité des succès de l’opération et a cherché à se montrer rassurant sur l’issue rapide du conflit. Le Premier ministre israélien confirme, de son côté, sa volonté de « finir le travail » – en Iran comme au Liban – en prenant « le temps qu’il faudra ». Quant aux Gardiens de la révolution, ils désignent le fils de Khamenei comme nouveau Guide suprême et déclarent qu’ils sont « capables de poursuivre au moins six mois de guerre intense au rythme actuel », assumant ainsi une ligne dure et une stratégie de fuite en avant.
Sur le plan militaire, la coalition a détruit une part importante des capacités navales, aériennes et anti-aériennes iraniennes, et les bombardements se sont étendu des centres de commandement aux simples casernes des Bassidjis, mais aussi dernièrement aux infrastructures pétrolières du pays. L’envoi de forces spéciales au sol est également de plus en plus évoqué du côté américain (pour débloquer le détroit d’Ormuz ?).
Toutefois, le régime a montré de surprenantes capacités de riposte – avec des missiles à fragmentation et des drones – et il annonce des attaques d’un nouveau genre avec des missiles de longue portée. Il bloque, en outre, le détroit d’Ormuz et s’attaque non seulement aux bases américaines, mais aussi aux infrastructures énergétiques et civiles des pays du Golfe et au-delà (Irak, Turquie). L’Iran cherche donc à semer le chaos en perturbant les exportations et la production d’hydrocarbures – assumant ainsi de faire de l’énergie une arme – et en exposant les failles sécuritaires de la protection américaine. Enfin, en dépit des pertes considérables qu’il endure, le régime parvient apparemment à maintenir son emprise sur le pays en faisant régner une peur maximale à l’intérieur. Il veut tenir bon en essayant d’inscrire le conflit dans la durée, en misant sur le fait que le temps joue contre Donald Trump avec les prochaines élections de mi-mandat aux États-Unis. En fait, la République islamique mène une forme de guerilla, sachant que, pour apparaître vainqueur, elle n’a pas besoin de gagner mais seulement de ne pas perdre. Pour les mollahs, le simple fait de survivre serait une victoire.
Le président Trump affiche une détermination sans faille ; mais en réalité il a entamé cette guerre comme il lance une négociation : pas forcément pour en finir définitivement avec le régime, mais pour voir ce que cela va donner et récolter ce qui peut l’être… C’est son art du « deal » : l’attaque par surprise en pleine discussion d’un accord, mais celle-ci peut s’arrêter à tout moment lorsqu’il le décidera (comme en juin dernier). Il sait que le régime des mollahs sera difficile à battre sans déploiement de troupes au sol, ce qu’il semble exclure pour l’heure. Donald Trump envisage donc éventuellement de composer avec le régime qu’il a cherché à éliminer, sur le schéma du Venezuela. Quant aux Iraniens, ce sera à eux de se débrouiller avec ce qui restera du régime, maintenant qu’il est sérieusement affaibli et moins menaçant pour ses voisins.
Pour ce qui est de Benjamin Netanyahou, il demeure intransigeant dans son objectif d’éliminer le régime iranien. On peut dire que le 7-Octobre a désinhibé Israël : renonçant à la « guerre de l’ombre » qu’il menait contre l’Iran, il assume désormais de porter ouvertement la guerre au-delà de ses frontières. On l’a vu en Syrie ; on le voit actuellement au Liban, où il vise à éliminer durablement la menace que fait peser le Hezbollah sur son territoire. La riposte à l’attaque irresponsable du « parti de Dieu » est hélas disproportionnée, comme cela a été le cas à Gaza, sans souci des souffrances des populations civiles. Israël émerge, en réalité, comme la première puissance de la région, mais il dépend largement de l’appui militaire et financier des États-Unis et ses voisins – heureux d’être débarrassés de l’influence iranienne – n’entendent pas pour autant tomber sous l’hégémonie de l’État hébreu.
En ce qui concerne précisément les pays du Golfe, ils ont été surpris par l’extension des frappes iraniennes au-delà des bases américaines sur leur territoire et ils ressentent frustration et exaspération. La frappe contre l’usine de dessalement à Bahrein les préoccupe particulièrement. Les Émirats arabes unis (EAU) sont les plus exposés, alors qu’ils étaient la porte de sortie et le coffre-fort de l’Iran. Ils examinent donc des scénarios de riposte, notamment financiers, laissant probablement les États-Unis se charger de répondre militairement à leur place. Abou Dabi envisagerait ainsi de geler les milliards de dollars d’actifs iraniens qu’ils détiennent, ce qui limiterait considérablement l’accès aux devises étrangères et aux réseaux commerciaux mondiaux.
Cela étant, les pays du Golfe voient aussi le contraste frappant entre leur situation et la réaction rapide des Occidentaux face aux attaques iraniennes contre Israël, et ils s’interrogent donc à nouveau sur la fiabilité des garanties de sécurité américaines. Aujourd’hui, le conflit est apparemment sur le point de se durcir. La population iranienne est prise en étau entre la répression grandissante du régime et la peur des bombes israéliennes et américaines. Même si elle souhaite dans son immense majorité la chute du régime, certains commenceraient à douter depuis les attaques contre les dépôts pétroliers, dangereuses pour la santé des populations. Au Liban également, si l’opinion publique reproche de plus en plus au Hezbollah d’être la cause des malheurs du pays, la population souffre de l’opération israélienne qui n’hésite pas à déménager des centaines de milliers d’habitants.
Aux États-Unis, le président Trump doit prendre en considération la tension sur ses stocks de missiles, le coût de cette guerre (1 milliard de dollars par jour), l’obligation d’une approbation du Congrès au-delà de soixante jours d’opération et, surtout, l’hostilité des trois-quarts de l’opinion publique américaine envers cette opération, ainsi que les conséquences négatives de cette guerre sur la bourse, en raison du risque d’une grave crise énergétique.
L’Europe est, hélas, un acteur peu présent du fait de ses divisions. La France fait ce qu’elle peut, notamment pour protéger ses citoyens dans la région, aider le Liban et respecter ses engagements envers ses alliés du Golfe. Elle est sans conteste le pays européen le plus actif dans la zone, espérant ainsi jouer un rôle dans les arrangements régionaux à venir pour sortir de la crise. ♦
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