Malgré les déclarations sur une victoire proche, les États-Unis peinent à imposer une désescalade. L’Iran bloque toujours Ormuz et Benjamin Netanyahou intensifie les frappes au Liban. Téhéran, résilient, mise sur une guerre asymétrique (chaos régional, crise énergétique). La région risque l'enlisement, l'effondrement économique, et la montée des tensions Israël-Hezbollah. La France tente une médiation, mais l’Europe reste divisée.
Chroniques du Moyen-Orient – Vers une désescalade du conflit au Moyen-Orient ? (T 1814)
Middle East Chronicles —Towards a de-escalation of the conflict in the Middle East?
Despite declarations of imminent victory, the United States is struggling to impose de-escalation. Iran continues to blockade the Strait of Hormuz, and Benjamin Netanyahu is intensifying strikes in Lebanon. Tehran, resilient as ever, is banking on an asymmetric war (regional chaos, energy crisis). The region risks becoming bogged down, economic collapse, and escalating tensions between Israel and Hezbollah. France is attempting mediation, but Europe remains divided.
Donald Trump annonce régulièrement que la victoire est proche, que l’Iran veut négocier et que la fin de la guerre est pour bientôt. En revanche, le Premier ministre israélien affirme qu’il a toujours l’intention de « finir le travail », en Iran comme au Liban – contre le Hezbollah. De leur côté, les autorités iraniennes déclarent qu’elles n’ont plus aucune raison de négocier et qu’elles continueront la guerre tant qu’elles n’obtiendront pas des garanties sérieuses que l’Iran ne sera plus attaqué à l’avenir.
Sur le fond, il est clair pour tous que c’est le président Trump qui proclamera la fin des hostilités quand il estimera qu’il peut déclarer une victoire des États-Unis avec, en perspective, les élections américaines de mi-mandat. Toutefois, le bilan de cette guerre est loin d’être évident à ce stade et il n’est pas dit que le régime de Téhéran – s’il survit à ce conflit – ne continuera pas à mener des actions visant à perturber l’économie mondiale tant qu’il n’aura pas obtenu ce qu’il souhaite.
À court terme, la perspective d’un arrêt de la guerre semble peu probable : l’Iran parvient à maintenir à peu de frais le blocage d’Ormuz, sauf pour les navires de pays amis ou neutres (notamment chinois et indiens). L’opération annoncée d’accompagnement militaire des navires annoncée par Donald Trump est délicate et n’a pas été mise en œuvre à ce jour ; tous les pays occidentaux priés par le président américain d’ouvrir par la force le détroit se sont abstenus de répondre positivement.
Par ailleurs, Donald Trump et Benjamin Netanyahou encouragent les pays du Golfe à intervenir contre l’Iran en réponse aux frappes iraniennes qu’ils subissent. Toutefois, si ces États souhaitent que la coalition élimine le plus possible les capacités de nuisance de l’Iran, ils hésitent à s’impliquer directement car ils sont conscients de leur vulnérabilité si l’Iran s’attaque à leurs installations vitales (usines de dessalement de l’eau de mer, installations pétrolières et gazières, centrales électriques). En outre ils s’interrogent sur la fiabilité des engagements de Donald Trump et se méfient des ambitions hégémoniques de Benjamin Netanyahou dans la région. Cela étant, si les Iraniens détruisaient leurs installations vitales, leur position pourrait changer.
Le président Trump envoie actuellement des milliers de Marines dans le Golfe qui devraient être sur zone dans les jours qui viennent. Quel est l’objectif visé ? contrôler l’île de Kharg pour stopper l’exportation de brut iranien ? Tenter de récupérer les 440 kg d’uranium enrichi iranien ? Anéantir les défenses côtières iraniennes qui menacent les navires souhaitant circuler dans le détroit d’Ormuz ? On ne le sait pas, mais ces forces ne sont pas destinées à faire de la simple dissuasion.
S’agissant du front libanais, la situation est tout aussi inquiétante. Le Premier ministre israélien entend clairement éliminer une bonne fois pour toutes la menace que fait peser le Hezbollah sur la sécurité d’Israël. Ce mouvement pro-iranien, en frappant Israël sur instruction de Téhéran, donne un argument à Benjamin Netanyahou pour aller jusqu’au bout ; d’autant plus que si les Israéliens sont très dépendants de l’assistance militaire et financière américaine sur le front iranien, cela est moins le cas au Liban. Il est clair que le président Trump laisse carte blanche à Benjamin Netanyahou dans ce pays, ce qui signifie que les opérations pourraient s’y poursuivre, même après la fin des hostilités dans le Golfe.
Dans ces conditions, la désescalade ne parait pas la perspective la plus probable, ce qui est dramatique pour les populations en Iran et au Liban.
Ce conflit montre que si la préparation militaire de la coalition américano-israélienne a prouvé son efficacité redoutable, certains aspects ont été apparemment sous-estimés : la résilience du régime iranien, l’espèce de résignation de la population iranienne coincée entre les frappes de la coalition et l’oppression du régime (et déçue par les promesses de Donald Trump) et, surtout, la capacité des Iraniens à mener une guerre asymétrique en créant le chaos au Moyen-Orient et en perturbant l’économie mondiale. Aujourd’hui, le président Trump fait face à l’impopularité de cette guerre dans l’opinion américaine, au manque de soutien des pays occidentaux et au risque d’une crise énergétique mondiale qui aurait un impact sur l’économie américaine. Sa stratégie de sortie de crise est tout sauf claire, ce qui est, en soi, un facteur d’incertitude majeur.
En revanche la détermination de Benjamin Netanyahou paraît inébranlable à en juger par son élimination d’Ali Larijani – considéré par les Américains comme un interlocuteur possible au sein du régime iranien –, d’autant plus que sa politique est soutenue par l’opinion publique israélienne et qu’il peut ainsi espérer être réélu, évitant d’être inculpé pour corruption dans le cas contraire. Cette perspective est inquiétante pour la population libanaise qui, tout en souhaitant dans sa majorité sortir de la mainmise du Hezbollah sur le pays, voudrait éviter les victimes – déjà nombreuses – et les destructions qu’a connues Gaza.
S’agissant, enfin, des pays du Golfe, ils voient avec exaspération et désespoir – si le conflit perdure – s’envoler leurs rêves de devenir des paradis de stabilité, de développement et de loisirs qu’entrevoient leurs « Vision 2030 ». Quelle que soit l’issue de la guerre, ils devront rétablir leur attractivité et adapter leurs stratégies de sécurité à la nouvelle donne : préserver une protection américaine mais diversifier leurs partenaires (au profit de la Chine ?), renforcer leur politique de pluri-alignement et de partenariat avec certains grands pays du Sud global, redéfinir leurs relations avec l’Iran et avec Israël, accroître leur coopération avec la Turquie et le Pakistan ? Sur le plan économique, il faudra certainement revoir leurs priorités et renoncer à certains projets trop ambitieux.
La Russie bénéficie actuellement de la guerre en vendant ses hydrocarbures à meilleur prix en Asie, mais cet effet d’aubaine ne durera pas éternellement.
Quant à la France, elle essaie d’œuvrer à la stabilisation de la région en préconisant la reprise des négociations, notamment au Liban. Il faut espérer que Paris et l’Union européenne sauront profiter des interrogations des pays du Golfe sur la nouvelle donne qui s’établira au Moyen-Orient pour y défendre leurs intérêts dans cette zone qui demeurera stratégique.
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