Négociations américano-iraniennes : un fragile espoir de désescalade. Trump reporte son ultimatum, évoquant des « accords majeurs », sous la pression des pétromonarchies et des risques économiques. Cependant, Téhéran nie toute discussion et mise sur sa capacité de nuisance. Benjamin Netanyahou, intransigeant, veut « finir le travail » en Iran et au Liban. Les obstacles restent majeurs avec le programme balistique iranien, les sanctions, et les divergences stratégiques entre alliés. La France, de son côté tente une médiation, mais son influence reste limitée.
Chroniques du Moyen-Orient – Quelle perspective pour une nouvelle négociation américano-iranienne ? (T 1815)
Middle East Chronicles —What are the prospects for a new US-Iranian negotiation?
US-Iranian negotiations: a fragile hope for de-escalation. Trump postpones his ultimatum, referring to "major agreements," under pressure from the oil monarchies and economic risks. However, Tehran denies any discussion and relies on its capacity to cause harm. Benjamin Netanyahu, uncompromising, wants to "finish the job" in Iran and Lebanon. Major obstacles remain, including the Iranian ballistic missile program, sanctions, and strategic disagreements among allies. France, for its part, is attempting mediation, but its influence remains limited.
L’annonce par Donald Trump du report de cinq jours de son ultimatum à l’Iran et que des discussions avec Téhéran seraient déjà parvenues à des « accords majeurs » – pour surprenante qu’elle soit – ne peut qu’être bien accueillie. Car si la menace de frappes sur les centrales électriques iraniennes était mise à exécution, il y avait un risque d’une escalade dangereuse menant à un drame humanitaire – des millions de personnes dans le Golfe privées d’eau et d’électricité – et à une crise énergétique et économique mondiale du fait de frappes en retour sur les installations pétrolières et gazières de la région.
La question qui se pose d’abord est pourquoi ce revirement du président américain ? Il semble qu’il soit lié aux craintes des milieux d’affaires américains devant un risque d’enlisement et même du Pentagone en raison notamment de tensions sur les stocks de missiles. Il tient sans doute aussi aux pressions des pétromonarchies du Golfe, affolées par la perspective de dommages graves sur leur ressource essentielle, ainsi que par les efforts diplomatiques de ces mêmes pays, de concert avec le Pakistan et la Turquie, inquiets des conséquences d’un embrasement de la zone.
Le président Trump tente donc une fois encore d’obtenir par une négociation sous la pression militaire des concessions du régime iranien, allant au-delà de l’accord nucléaire de 2015. Cela ne signifie pas pour autant la cessation des frappes sur les sites non-énergétiques, ni que le président ait renoncé à une opération des Marines pour forcer le déblocage du détroit d’Ormuz. Donald Trump a également évoqué un changement de régime à Téhéran.
Les Iraniens ont, de leur côté, nié l’existence de telles discussions avec les Américains. Ce faisant, ils veulent montrer qu’ils sont prêts à poursuivre une guerre d’usure et qu’ils disposent encore d’une capacité de nuisance : drones et missiles, intervention des Houthis en mer Rouge, terrorisme. En réalité ils souhaiteraient arrêter la casse, tout en préservant le régime et ses capacités de dissuasion, en tentant d’obtenir, par une négociation, in fine un engagement contraignant qu’il n’y ait plus d’attaques américaine et israélienne sur l’Iran ainsi qu’une levée des sanctions.
Naturellement, Benjamin Netanyahou n’est pas satisfait de ce développement, car il tient toujours à « finir le travail » en Iran et au Liban (en éliminant le Hezbollah). Il sait cependant qu’il dépend étroitement des États-Unis militairement, financièrement et politiquement. Il existe donc une opportunité de négociation, mais elle se heurte à une série d’obstacles.
Téhéran a démenti l’existence-même de discussions avec les États-Unis et conserve apparemment une capacité de frappe par missiles et drones. Le problème essentiel est que les positions des protagonistes sont très éloignées et difficilement conciliables, notamment sur le programme balistique iranien et sur une levée immédiate des sanctions américaines. Quand le président Trump évoque des « accords majeurs », cela va-t-il au-delà d’un modus vivendi dans le détroit d’Ormuz ? On peut penser que le président américain cherche surtout – outre faire baisser le cours du pétrole – à gagner du temps pour permettre à ses Marines d’être sur site et de mener une opération de commando pour « débloquer » le détroit d’Ormuz.
Benjamin Netanyahou, de son côté, fera tout pour que cette négociation n’aboutisse pas et on sait qu’il a été capable à plusieurs reprises d’entraîner Donald Trump vers ses propres objectifs. Il a d’ailleurs rappelé qu’il avait l’intention de poursuivre ses opérations en Iran et au Liban. Les Gardiens de la Révolution, qui tiennent l’Iran, peuvent persévérer dans leur guerre d’usure en espérant que leur résistance obligera Donald Trump à arrêter le conflit.
La conclusion que l’on peut tirer de cette situation est qu’il faut souhaiter que les discussions ne soient pas seulement une partie de « poker menteur » et permettent d’éviter une escalade très dangereuse ; mais que si la négociation se confirme, elle a toutes les chances d’être très difficile et de ne pas aboutir, car elle met aux prises des protagonistes intransigeants et roués.
De son côté, la France fait ce qu’elle peut pour encourager une désescalade et tenter de protéger le Liban ; mais elle n’est pas un acteur majeur, même si elle est clairement le pays européen le plus actif politiquement au Moyen-Orient.
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