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  • Chroniques du Moyen-Orient – L’extension du conflit au Moyen-Orient est-elle inévitable ? (T 1817)

Chroniques du Moyen-Orient – L’extension du conflit au Moyen-Orient est-elle inévitable ? (T 1817)

Bertrand Besancenot, « Chroniques du Moyen-Orient – L’extension du conflit au Moyen-Orient est-elle inévitable ? (T 1817)  », RDN, 01 avril 2026 - 2 pages

Au Moyen-Orient, l’escalade reste probable, malgré les négociations. Donald Trump et Benjamin Netanyahou maintiennent la pression, tandis que l’Iran mise sur une guerre d’usure. Les risques sont l'intervention terrestre américaine (îles stratégiques, uranium), la crise pétrolière mondiale, et la déstabilisation durable de la région. Les pays du Golfe, frustrés, cherchent une issue diplomatique, mais Donald Trump, sous pression électorale, pourrait privilégier une victoire symbolique.

Middle East Chronicles —Is the spread of the conflict to the Middle East inevitable?

In the Middle East, escalation remains likely despite negotiations. Donald Trump and Benjamin Netanyahu are maintaining pressure, while Iran is banking on a war of attrition. The risks include a US ground intervention (strategic islands, uranium), a global oil crisis, and the lasting destabilization of the region. The frustrated Gulf states are seeking a diplomatic solution, but Donald Trump, under electoral pressure, might prioritize a symbolic victory.

Après un mois de guerre au Moyen-Orient, la situation demeure pleine d’incertitude. D’un côté, des discussions sont censées se tenir de façon indirecte sous l’égide des Pakistanais entre Américains et Iraniens, et Donald Trump affirme régulièrement qu’elles avancent très bien. De l’autre, les Iraniens nient publiquement qu’il y ait de telles négociations, continuent leurs frappes sur Israël et les pays du Golfe et se préparent visiblement à contrer une intervention terrestre américaine. Ils menacent, en cas d’attaque américaine, de frapper les installations pétrolières et gazières du Golfe, mais aussi leurs usines de dessalement d’eau de mer, ce qui serait une catastrophe économique, humanitaire et environnementale.

Les Américains maintiennent leur ultimatum, reporté au 6 avril, ainsi que leurs frappes (et celles d’Israël) sur de nombreuses cibles en Iran ; et ils menacent à leur tour – si les négociations n’aboutissent pas – de tout détruire en Iran. Pour renforcer la pression, des déploiements de plusieurs milliers de Marines et de forces spéciales sont en cours dans la région.

Les observateurs spéculent donc pour savoir si un débarquement de forces terrestres américaines aurait pour objectif de s’emparer de l’île de Kharg – stoppant ainsi toute exportation de pétrole iranien et privant le régime de sa principale source de financement – ou de tenter de récupérer les 450 kg d’uranium enrichi, toujours aux mains des Iraniens, ou encore d’annihiler les capacités iraniennes de bloquer le détroit d’Ormuz en occupant une ou des îles stratégiques dans la zone.

Il est clair que le Premier ministre israélien préconise toujours de « finir le travail » et que le régime de Téhéran pratique, de son côté, une guerre d’usure perturbant l’économie mondiale afin de pousser le président Trump à arrêter le conflit. L’Iran se permet même de déclarer que c’est lui qui décidera de la fin de la guerre et qu’il entend obtenir des garanties qu’il n’y aura plus d’attaques sur son territoire, que les sanctions contre le pays devront être levées et que les attaquants devront payer des indemnités pour les dégâts causés par leurs frappes.

Quant à Donald Trump, il souhaiterait apparemment solder cette aventure iranienne car son opinion publique y est largement défavorable et, surtout, parce que les milieux d’affaires américains s’inquiètent de l’inflation du prix du pétrole à la pompe comme du décrochage des marchés financiers, et cela dans la perspective des élections de mi-mandat au Congrès de novembre prochain : il veut néanmoins être en mesure de pouvoir se prévaloir d’une victoire. Or, s’il peut se féliciter d’avoir décapité le régime, stoppé le programme nucléaire et anéanti une bonne partie des capacités balistiques iraniennes, le régime s’est montré plus résilient que prévu et a réussi à perturber l’économie mondiale en bloquant le détroit d’Ormuz. Le président américain doit donc prouver qu’il a aussi rouvert le détroit, mettant un terme à cette capacité de dissuasion iranienne qui affecte le monde entier. L’autre option – arrêter le conflit sans intervention terrestre en laissant le soin de se débrouiller aux pays du Golfe et aux pays consommateurs de pétrole et de gaz – n’est pas à écarter, mais elle porterait atteinte à la crédibilité des États-Unis aux yeux de leurs alliés.

S’agissant des pays du Golfe, qui ont tenté d’éviter cette confrontation, car elle dissuade les investisseurs internationaux de s’engager sur leurs grands projets économiques. Ils sont aujourd’hui frustrés et exaspérés de ne pas avoir été écoutés par leur partenaire américain et de subir les frappes de l’Iran, avec lequel ils avaient pourtant rétabli le dialogue. En outre, la protection américaine n’a pas empêché de subir des attaques sévères, notamment aux Émirats arabes unis (EAU) et au Qatar – alors qu’ils ont le sentiment qu’Israël (clairement à l’initiative du conflit) a bénéficié d’une meilleure couverture qu’eux. Ces pays sont naturellement favorables à ce que les capacités de nuisance iraniennes soient réduites au maximum, mais ils sont conscients que l’Iran restera leur voisin et qu’ils ont donc intérêt à trouver, in fine, un arrangement durable, afin que le Golfe ne demeure pas une zone de tension faisant fuir les investisseurs internationaux. C’est la raison pour laquelle ils souhaitent se coordonner avec les puissances sunnites de la région (Égypte, Turquie et Pakistan) pour tenter d’éviter l’embrasement et favoriser une sortie de crise. Il reste à savoir si Donald Trump les écoutera… sa dernière déclaration grossière sur le prince héritier saoudien n’est, de ce point de vue, pas très encourageante…

Le problème de fond est qu’il n’y a pas de confiance entre l’administration Trump et le régime iranien ; une intervention terrestre américaine est donc probable. Il faut espérer que, dans ce cas, elle restera limitée dans ses objectifs pour tenter d’imposer un « meilleur deal » ; mais qu’elle ne dégénère pas en une opération d’envergure ouvrant la boîte de Pandore dans la région, avec des répercussions incalculables sur l’économie mondiale. ♦

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