Après 40 jours de frappes israélo-américaines, l’Iran résiste, Israël intensifie ses raids au Liban et l’économie mondiale suffoque. Malgré des tentatives de médiation, les antagonismes s’aggravent. Le risque d'une escalade incontrôlée se fait sentir ; les conséquences géopolitiques et économiques seraient catastrophiques. La raison doit l’emporter, mais l’hubris des dirigeants rend toute issue incertaine.
Éditorial – Un chaos tragique (T 1818)
Editorial —A tragic chaos
After 40 days of Israeli-American airstrikes, Iran is resisting, Israel is intensifying its raids in Lebanon, and the global economy is suffocating. Despite mediation attempts, tensions are escalating. The risk of uncontrolled escalation is palpable; the geopolitical and economic consequences would be catastrophic. Reason must prevail, but the hubris of the leaders makes any outcome uncertain.
Un long mois est venu accélérer la décomposition du monde déjà fortement ébranlé depuis le 24 février 2022. L’Iran n’est pas le Vénézuéla et l’attaque du 28 février dernier a déclenché un chaos que nul ne maîtrise vraiment. Certes, empêcher Téhéran d’accéder à l’arme nucléaire est essentiel et urgent. Certes, sanctionner un régime totalitaire qui a massacré son peuple en janvier dernier est légitime. Cependant, au bout de quarante jours de frappes massives, il est illusoire de pouvoir envisager un vrai scénario de sortie de crise. Certes, l’épisode quasi « hollywoodien » de sauvetage au combat de l’équipage du F15 E abattu vendredi dernier au-dessus du territoire iranien a tenu en haleine les rédactions et les opinions publiques. Et, certes, cela a permis au Président américain de s’autocongratuler en ce lundi de Pâques.
Pour autant, rien n’est réglé. Le régime iranien aux mains des gardiens de la révolution résiste et poursuit son harcèlement de l’ensemble des pays du Golfe, qui se croyaient à l’abri sécuritaire américain. Israël frappe intensément le Liban avec la volonté d’éradiquer définitivement le Hezbollah, soutien indéfectible de Téhéran et coupable d’avoir lancé un second front, au risque d’une déstabilisation profonde et durable du pays, déjà si fragile depuis des décennies. Le détroit d’Ormuz, artère vitale de l’économie mondiale, est « étranglé » par les Iraniens, pratiquant à la fois une forme de blocus et de racket, dont l’impact touche l’économie mondiale avec des conséquences très visibles pour la plupart des pays : hausse des prix du carburant, inflation, effondrement du tourisme, rationnement… Pour la France, c’est l’inquiétude autour du prix à la pompe et des suites sur l’activité économique, alors même que les marges budgétaires sont quasi nulles et que l’effort de réarmement est vital et urgent.
L’affrontement en cours dépasse donc le cadre régional pour atteindre une dimension mondiale avec le risque permanent d’un dérapage entre un régime qui veut tout d’abord sa survie quel qu’en soit le prix à payer pour la population et les États-Unis, appuyés par Israël, dont les buts de guerre pour Washington ne sont plus très clairs après quarante jours. Il y a néanmoins des esquisses de début de discussions avec des États s’efforçant d’apporter une médiation, mais une vraie négociation semble encore lointaine, tant les antagonismes s’accroissent de jour en jour.
Il faut souhaiter que la raison l’emporte chez tous les protagonistes et que les extrémistes perdent la partie. Personne n’a à gagner à un embrasement accru de la région, dont les suites provoqueraient un tsunami géopolitique. Le problème est quand l’hubris, l’appât du gain et la provocation envoûtent les dirigeants. ♦
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