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  • Chroniques du Moyen-Orient – Conflit au Moyen-Orient : va-t-on vers une guerre d’usure ?

Chroniques du Moyen-Orient – Conflit au Moyen-Orient : va-t-on vers une guerre d’usure ?

Bertrand Besancenot, « Chroniques du Moyen-Orient – Conflit au Moyen-Orient : va-t-on vers une guerre d’usure ?  », RDN, 17 avril 2026 - 4 pages

The Strait of Hormuz connects the Gulf of Oman with the Persian Gulf par NASA Johnson CC BY-NC-ND 2.0
The Strait of Hormuz connects the Gulf of Oman with the Persian Gulf par NASA Johnson CC BY-NC-ND 2.0

Après l’échec des pourparlers d’Islamabad, l’Iran résiste et mise sur l’usure face à Donald Trump, pressé par les élections de mi-mandat en novembre prochain. Benjamin Netanyahou pousse à « finir le travail », mais les États-Unis, divisés, cherchent une issue. Les risques sont l'escalade économique et l'effondrement du Liban, tandis que, pendant ce temps, la Chine peut poursuivre une certaine montée en puissance.

Middle East Chronicles —Iran–Israel–USA conflict: are we heading towards a war of attrition?

After the failure of the Islamabad talks, Iran is resisting and counting on attrition against Donald Trump, who is under pressure from the midterm elections next November. Benjamin Netanyahu is pushing to "finish the job," but the divided United States is searching for a way out. The risks are economic escalation and the collapse of Lebanon, while, in the meantime, China can continue its rise to power.

L’échec de la rencontre américano-iranienne à Islamabad (Pakistan) est une déception, mais pas une surprise, étant donné l’écart entre les positions des protagonistes sur tous les points, même si le niveau de représentativité des délégations montre que les pourparlers sont pris au sérieux des deux côtés. En outre, le président Trump et le régime iranien sont prisonniers de leur propre rhétorique sur une prétendue « victoire totale » qui, pourtant, ne correspond pas à la réalité. L’Iran est en ruine, mais le régime est résilient et déterminé à conserver le pouvoir. De plus, en bloquant le détroit d’Ormuz, il a acquis une arme de déstabilisation massive de l’économie mondiale. Il pratique donc une guerre d’usure asymétrique tablant sur le fait que Donald Trump doive sortir de cette crise, au risque de perdre les prochaines élections de mi-mandat.

Du côté des Américains et des Israéliens, l’efficacité de leurs forces armées et de leurs services de renseignement est, une nouvelle fois, démontrée. Cependant, l’usage de la force sans troupes au sol permet de gagner des batailles, mais pas la guerre. En effet, aucun des buts de guerre israélo-américains n’a été atteint : ni la chute du régime, ni l’élimination du programme nucléaire iranien (simplement stoppé), ni l’anéantissement des capacités balistiques iraniennes (néanmoins largement réduites), ni l’arrêt des actions déstabilisatrices des milices pro-iraniennes (certes affaiblies, mais toujours actives, avec le risque d’un blocage par les Houthis du détroit de Bab-el-Mandeb en mer Rouge, ce qui aggraverait la crise énergétique).

En réaction à l’échec des pourparlers d’Islamabad, le président des États-Unis a décrété un contrôle américain du détroit d’Ormuz. L’objectif est d’empêcher toute exportation de pétrole iranien et de faire pression sur la Chine et l’Inde – principaux acheteurs de ce pétrole – pour qu’ils obtiennent de Téhéran le rétablissement de la libre circulation dans le détroit d’Ormuz. Ce nouveau développement pose néanmoins une question : l’Iran conserve toujours la capacité de frapper les navires commerciaux de pays « inamicaux », ce qui ne convaincra pas les assureurs de couvrir ce risque. Dans ce cas, les Américains pourraient tenter une opération militaire pour annihiler les capacités de frappe iraniennes dans le Golfe et on ne sait pas où mènerait l’escalade. Nous entrons donc dans une guerre de nerfs, même si le cessez-le-feu (jusqu’au 22 avril) n’est apparemment pas remis en cause, et si des pourparlers sont en cours.

En plus de l’Iran et du Liban, les pays du Golfe sont aussi victimes de cette guerre qu’ils avaient essayé d’éviter. Ils sont naturellement exaspérés par les frappes iraniennes, mais ils savent qu’ils sont vulnérables et qu’ils devront continuer à vivre avec ce voisin difficile. Ils sont par ailleurs déçus de la protection américaine qui a montré ses limites, tout en souhaitant naturellement la conserver. Ils sont, en outre, inquiets des ambitions de Benjamin Netanyahou et ne veulent pas d’une hégémonie israélienne succédant à celle de l’Iran. C’est la raison pour laquelle ils prêchent une désescalade et soutiennent la médiation pakistanaise en faveur d’un règlement global et durable, au risque – si la guerre reprend – de frappes sur leurs installations vitales qui aggraveraient la crise énergétique mondiale.

À quoi peut-on s’attendre désormais ? Benjamin Netanyahou continue à pousser Donald Trump à « finir le travail » en Iran et contre le Hezbollah au Liban. En sens inverse, les milieux d’affaires américains et le Pentagone sont inquiets de la poursuite de cette guerre coûteuse et préféreraient un arrangement, même imparfait, avec l’Iran. J. D. Vance a d’ailleurs laissé les propositions américaines sur la table, signe que le dialogue n’est pas totalement rompu. Le ton, tant du président américain que de son secrétaire d’État depuis l’échec de la rencontre d’Islamabad, confirme que des discussions ont bien lieu pour tenter de trouver un arrangement.

Le Pakistan et ses alliés (Arabie saoudite, Égypte, Turquie et Qatar) tentent, en effet, de renouer les fils de la négociation, mais ce sera difficile. En effet, le régime de Téhéran estime pouvoir l’emporter à l’usure, malgré de nouvelles destructions possibles et il dispose encore de capacités de nuisance qui peuvent faire mal. Quant au président Trump, son impulsivité complique toute prévision, d’autant plus qu’on peut craindre ses excès et l’absence d’une véritable stratégie de sortie de crise. Trois options sont généralement envisagées :

– Une escalade incontrôlée qui conduirait à une catastrophe économique, humanitaire et environnementale du fait du bombardement des installations vitales dans la région. Ce n’est heureusement pas la plus probable.

– Une opération militaire limitée contre les capacités iraniennes dans le détroit d’Ormuz conduisant temporairement à un déblocage du Golfe et permettant à Donald Trump de proclamer sa « victoire totale », en demandant ensuite aux pays producteurs et consommateurs d’hydrocarbures d’assurer désormais la sécurité du transit à travers le détroit, tout en conservant une présence militaire dans la région.

– Une reprise de la négociation sur la base de propositions pakistanaises (concertées avec les pays du Golfe, l’Égypte, la Turquie, les Européens et la Chine) pour parvenir à des arrangements même partiels autorisant une sortie de crise. Il est clair que ce serait la meilleure solution, mais elle bute sur l’absence de confiance entre Iraniens et Américains. Il faut tout de même espérer que la raison l’emportera.

Sans préjuger de l’issue de la crise, on aperçoit cependant déjà certaines conséquences prévisibles de cette guerre :

• Les pays du Golfe sont à nouveau très méfiants à l’égard de Téhéran, malgré la reprise du dialogue, mais aussi interrogatifs sur la fiabilité de la protection américaine. À part les Émirats arabes unis (EAU), ils ne croient plus à un rapprochement avec Israël – qui est à l’origine de cette guerre désastreuse – et l’on peut avoir des doutes sur l’avenir des accords d’Abraham, comme du « Conseil de la Paix » de Donald Trump. Ils souhaitent maintenant une plus grande coordination entre puissances sunnites de la région (Égypte, Turquie, Pakistan) – dont témoigne le déploiement de forces pakistanaises en Arabie saoudite – afin de peser sur les conditions de stabilisation du Moyen-Orient.

• Aux États-Unis, le soutien inconditionnel à Israël est de plus en plus mis en cause, notamment dans la jeunesse, en raison du carnage à Gaza mais aussi parce que beaucoup reprochent à Donald Trump de s’être laissé entraîner dans une guerre qui crée des difficultés économiques au pays. C’est un mouvement de fond sans incidence immédiate, mais auquel Israël se prépare d’ailleurs en cherchant à autonomiser son industrie d’armement.

Cette crise a montré un isolement politique des États-Unis et d’Israël, mais aussi une division des Occidentaux, ce qui pose la question de l’évolution de l’Otan. Cette situation bénéficie à la Russie et à la Chine, qui vont certainement profiter de l’affaiblissement du lien transatlantique pour accroître leurs efforts afin de dédollariser le commerce international.

Les principales victimes de cette guerre sont les peuples iranien et libanais. Le régime de Téhéran a, hélas, tenu et renforce la répression sur la population. Quant au Liban, la perspective de la renaissance du pays s’éloigne, à moins que la négociation directe entre Beyrouth et Tel Aviv donne des résultats, à la condition que Donald Trump impose à Benjamin Netanyahou une pause dans les frappes israéliennes contre ce pays.

La Russie bénéficie à court terme de l’augmentation des prix du pétrole et du gaz ; mais c’est surtout la Chine qui apparaîtra comme la principale gagnante de ce conflit : premier importateur des hydrocarbures du Golfe, premier partenaire commercial des pays de cette région, jouissant d’une bonne image technologique, apparaissant comme une puissance de paix – contrairement à des États-Unis jugés agressifs – et ne s’ingérant pas dans les affaires intérieures de ses partenaires, elle a toutes les chances de voir son influence grandir dans la région.

Qu’en est-il de la France et l’Europe ? Nous avons bien fait de ne pas céder aux pressions américaines et de soutenir l’initiative pakistanaise. En outre, les pays du Golfe souhaiteront diversifier leurs partenaires, ce dont nos pays devraient bénéficier s’ils savent prendre mieux en compte les intérêts (affectés par la crise) de nos partenaires. Ceux-ci devront en effet restaurer leur image d’îlot de stabilité et de développement et réorganiser certains de leurs grands projets. Les pays européens devraient donc s’associer aux efforts pakistanais – y compris dans la protection du Liban – et prendre leur part à la sécurisation du détroit d’Ormuz. Leur intérêt est bien d’aider les États-Unis à s’extraire honorablement de ce conflit sans causer plus de dommages à l’économie mondiale. Il serait bon, enfin, que l’on conclue un accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Conseil de coopération des États arabes du Golfe (CCEAG), dont la longue négociation n’a que trop duré. ♦

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