Le Moyen-Orient est dans une impasse. Après 60 jours de conflit, l’Iran résiste. Donald Trump, en quête d’une victoire symbolique, et Benjamin Netanyahou, obsédé par le Hezbollah, piétinent. Pendant ce temps, Vladimir Poutine et Xi Jinping bénéficient du chaos. L’hubris et la sous-estimation de l’adversaire mènent à l’enlisement.
Éditorial – Ni paix, ni guerre (T 1824)
Editorial —Neither peace nor war
The Middle East is at a standstill. After 60 days of conflict, Iran is holding firm. Donald Trump, seeking a symbolic victory, and Benjamin Netanyahu, obsessed with Hezbollah, are making no progress. Meanwhile, Vladimir Putin and Xi Jinping are profiting from the chaos. Hubris and underestimating the adversary are leading to a stalemate.
Après 60 jours depuis le 28 février 2026 et des cessez-le-feu fragiles et instables, la guerre conduite sciemment contre le régime de Téhéran et ses affidés du Hezbollah est dans une impasse stratégique. Certes, l’intensité des frappes conduites par les États-Unis et Israël ont largement amoindri les capacités militaires de l’Iran mais, pour autant, le pouvoir iranien, bien que largement décapité, a su trouver les ressources pour résister, tout en continuant à réprimer sa population. Ce simple état de fait est perçu par les Gardiens de la révolution comme étant déjà une victoire en soi contre Washington.
Pour la Maison Blanche, enivrée de son succès facile au Venezuela en début d’année, le scénario d’une victoire facile et brillante – largement survendue par Benjamin Netanyahou début février – devait permettre à Donald Trump de s’affirmer comme le maître du monde, en se référant à son fumeux Board of Peace institué en fanfare lors du forum économique de Davos, au cœur des Alpes suisses ; tout en poursuivant son travail de sape contre les Européens et l’Otan.
Rien n’a cependant fonctionné comme prévu. Au bout de deux mois, certes, le cessez-le-feu fonctionne dans le détroit d’Ormuz, les armes se sont tues mais, pour autant, le blocage reste quasi hermétique avec un impact majeur sur l’économie mondiale et les hydrocarbures. L’Iran contrôle le « robinet » de sortie du Golfe, au risque de mettre en péril le commerce international et l’US Navy étouffe l’économie iranienne, pour pousser Téhéran à accepter de rentrer vraiment en négociations. Pour l’heure, malgré les tractations des pays médiateurs comme le Pakistan, rien ne semble vraiment avancer, d’autant plus que Donald Trump est persuadé d’avoir vaincu militairement l’Iran ; mais une victoire militaire sans un projet politique clair ne suffit pas.
Au Liban, l’intransigeance terroriste du Hezbollah poursuit la destruction du Sud-Liban avec Israël engagé dans un combat sans fin censé éliminer la menace de la milice chiite. Le désarmement du Hezbollah est une tâche quasi impossible tant que Téhéran ne le décide pas. Cela signifie le maintien d’un degré de violence permanent où, à chaque attaque du Hezbollah, une réplique israélienne accentuera un peu plus la désolation dans la région.
Pendant ce temps-là, Vladimir Poutine poursuit sa guerre sans fin contre l’Ukraine, qui résiste et résistera. Le Kremlin, malgré plus de quatre ans de guerre, ne parvient pas à gagner son « opération spéciale militaire » mais bénéficie du silence médiatique actuel pour renforcer son effort de défense, bénéficiant de ses exportations de pétrole.
La Chine de Xi Jinping, elle aussi, bénéficie de la situation et engrange en silence à la suite des rodomontades de Donald Trump. Un président américain qui doit débarquer d’ici deux semaines à Pékin en position favorable face à son redoutable compétiteur chinois. Le problème est qu’il est peu vraisemblable qu’une négociation pérenne avec l’Iran soit achevée d’ici là. Xi Jinping jouera sûrement là-dessus pour apparaître comme le président « sage », promouvant ainsi son modèle politique.
Chaque jour apporte ainsi son lot de surprise et d’incertitudes, sans qu’il soit évident de voir des portes de sortie crédibles. De nombreuses leçons militaires sont déjà à en retirer avec la première que Donald Trump peut aisément partager avec Vladimir Poutine : ne jamais sous-estimer l’adversaire et surestimer ses forces. L’hubris et l’orgueil mènent directement à la défaite et ce, depuis toujours. ♦
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