Donald Trump exerce son pouvoir entre méthode disruptive et stratégie calculée. Son second mandat confirme un projet politique clair, celui de la souveraineté absolue, du leadership économique et de la realpolitik. Malgré un style chaotique (provocations, revirements), ses actions s’alignent sur la Stratégie de sécurité nationale américaine.
Donald Trump à l’épreuve de son second mandat : trublion inconséquent ou véritable homme d’État ? (T 1828)
Donald Trump lors de la célébration de Pâques à la Maison Blanche, le 6 avril 2026 (Official White House Photo by Daniel Torok / Flickr)
Donald Trump put to the test in his second term: inconsistent troublemaker or true statesman?
Donald Trump wields power through a combination of disruptive methods and calculated strategy. His second term confirms a clear political project: that of absolute sovereignty, economic leadership, and realpolitik. Despite a chaotic style (provocations, reversals), his actions align with the American National Security Strategy.
Plus d’un an après son entrée en fonction, Donald Trump reste l’objet d’une fièvre médiatique ininterrompue. Omniprésent dans la politique nationale ainsi que dans les affaires du monde, il inocule presque quotidiennement de nouvelles thématiques ou des revirements d’opinion qui ne cessent de surprendre sur la forme comme sur le fond. Mécaniquement, ces « nouveautés » effacent temporairement le sujet précédent tant l’étonnement provoqué appelle au déplacement immédiat de l’attention. De cette façon, le président américain parvient à « piloter » l’agenda médiatique au gré de ses intérêts. Les médias, perturbés par une méthode qui ne leur laisse aucun répit, concentrent leurs analyses sur la personnalité du président, laquelle devient la grille d’analyse des politiques menées. Or, cela conduit à des conclusions potentiellement biaisées par les impressions sur des sujets qui réclament objectivité et rationalité.
Dans une précédente tribune (1), nous analysions « le logiciel Trump » et montrions combien ce président avait choisi sciemment une forme abrupte, provocatrice, déroutante et saturante afin de prendre l’initiative et la conserver, tout en inscrivant son action dans un projet politique parfaitement déterminé. Depuis lors, sa communication, ses décisions et contre-décisions sont venues conforter cette analyse. Il bouscule les codes usuels de la démocratie américaine, tant sur le plan intérieur qu’en matière diplomatique et entretient ainsi une sidération qui, jusqu’à aujourd’hui, laisse les contre-pouvoirs institutionnels et populaires impuissants. Pour autant, il s’attache à rester dans le cadre des « checks and balances » (2), même si le cadre d’application des lois sur lesquelles il s’appuie pour prendre ses décrets est bien souvent discutable.
Le pouvoir judiciaire fonctionne et les décisions de justice sont appliquées, parfois après arbitrage de la cour suprême lorsqu’elle est saisie. La dérive autocratique souvent évoquée par les commentateurs n’est donc pas pleinement fondée à ce stade, même s’il n’est pas excessif d’évoquer une présidence autoritaire et brutale, jouant en permanence avec les limites des institutions. Tenter de se tenir à l’écart des émotions que sa personnalité et ses attitudes génèrent naturellement, tel est l’objectif de cette tribune.
Un projet politique global et bien défini
La publication de la nouvelle Stratégie de sécurité nationale américaine en novembre 2025 est venue conforter l’existence d’un véritable projet politique global derrière l’apparence brouillonne de la méthode. Ce projet avait déjà été exposé dans ses grandes lignes par le vice-président J. D. Vance lors de son discours de Munich, le 14 février 2025 : une souveraineté nationale libérée de toute exigence supranationale au service d’un leadership technologique, économique et commercial renforcé ; des relations internationales décomplexées s’appuyant sur une puissance sans égale, au seul service des intérêts du pays et débarrassées d’exigences éthiques ; un retour aux valeurs traditionnelles sur les questions de société ; une maîtrise des flux migratoires avec l’exigence d’assimilation des immigrés.
Le document décline chacun de ces aspects tout en apportant des éclaircissements sur la politique intérieure et les relations internationales. Il affirme, d’abord, une volonté de défendre les droits souverains des nations et dénonce les incursions jugées intrusives des organisations internationales. En creux, on identifie la volonté de s’extraire des institutions multilatérales et des règles qui les accompagnent, mais également d’éviter la constitution d’ensembles politiques susceptibles de rivaliser avec la puissance des États-Unis.
La prééminence américaine dans l’hémisphère occidental et son pourtour est érigée en exigence première. Aucune nation du continent américain et des espaces stratégiques qui le bordent ne doit être sous influence extérieure. L’Amérique du Sud, l’Amérique centrale, Cuba, mais également le Canada et le Groenland sont implicitement les cibles de ce retour d’une doctrine Monroe (3) élargie – subtilement dénommée doctrine « Donroe », reprenant le prénom du président américain…
L’Indo-Pacifique est érigé en principal terrain d’affrontement économique et géopolitique du XXIe siècle dans un contexte de compétition systémique avec la Chine. Les puissances asiatiques alliées des États-Unis sont invitées à concourir au rétablissement d’un équilibre militaire favorable aux Américains dans la région, permettant de « maintenir les voies maritimes ouvertes en toutes circonstances » et « capable de repousser toute agression dans la première chaîne d’îles » (4). Réaffirmant par ailleurs le statu quo historique sur Taïwan, ce discours sort de l’ambiguïté qui prévalait à l’égard de l’île et pose ainsi un défi explicite à la Chine. Il s’agit d’imposer un rapport de force suffisamment favorable pour dissuader la Chine de toute action militaire.
L’Europe fait l’objet d’une approche d’autant plus sévère qu’elle est considérée comme vitale pour les États-Unis, lesquels l’invitent à renouer avec « sa grandeur d’antan » et ses fondamentaux culturels. La faiblesse de l’Europe est jugée telle dans sa relation à la Russie qu’elle nécessite l’engagement américain pour rétablir l’équilibre stratégique et faire rapidement cesser les hostilités en Ukraine. Présentée dans la Stratégie de sécurité nationale comme dépendante de la Chine, dotée de gouvernements minoritaires et instables qui bafouent la démocratie, comme confrontée au risque de « grand remplacement », l’Europe y est appelée à réagir face à l’effacement stratégique, économique et civilisationnel qui la menacerait. L’insuffisance de dépenses militaires, les excès réglementaires qui pénalisent l’économie et corsètent la liberté d’expression, les politiques migratoires inadaptées dont les effets sont aggravés par la baisse de la natalité, tels sont les maux que l’Europe doit vaincre selon la « stratégie de sécurité américaine ». Le vieux continent est invité à se reconstituer en nations souveraines mais alignées sur les États-Unis, à financer pleinement sa défense et stopper l’extension de l’Otan, à ouvrir ses marchés plus largement aux entreprises d’outre-Atlantique. Le message est clair : les États-Unis ne veulent pas voir émerger une « Europe puissance » qui pourrait les concurrencer. Ils promeuvent un espace politique et économique vassalisé par la fragmentation, mis au service des intérêts américains et militairement équipé avec des matériels provenant d’outre-Atlantique.
Le Moyen-Orient change de statut. Sans disparaître, il n’est plus au sommet des préoccupations stratégiques américaines. Certes, la libre circulation dans le détroit d’Ormuz conserve une importance majeure, mais les États-Unis ne sont plus dépendants des hydrocarbures du Golfe. Par ailleurs, les actions militaires opérées depuis le 7 octobre 2023 ont conduit à des bouleversements des rapports de force au Moyen-Orient et à la restauration du statut de puissance régionale dominante d’Israël, au point d’entrevoir une possible normalisation de ce dernier avec un plus grand nombre de pays arabes.
Si les quelques lignes qui suivent ne sont pas toutes explicitement exprimées dans le document, on peut raisonnablement penser qu’elles sous-tendent implicitement l’analyse stratégique américaine dans cette région du monde. Gaza fait l’objet d’un plan spécifique dont la mise en œuvre est surveillée de près par le président Trump lui-même. Les partenariats entre les monarchies arabes et les États-Unis ont été consolidés. Ainsi, sous condition de réduction durable des pouvoirs d’influence et de nuisance de l’Iran, la conflictualité régionale est jugée maîtrisable. Or, l’affaiblissement de Téhéran et de ses proxies régionaux a offert aux États-Unis une opportunité jugée historique de parvenir à sa neutralisation. Donald Trump alterne à cette fin offres de négociations et actions de force. La guerre déclenchée aux côtés d’Israël le 28 février dernier est l’une des séquences de cette politique.
Au final, le président américain inscrit sa relation au Moyen-Orient sur le plan économique et financier, convaincu que la suprématie régionale d’Israël stabilisera la région et créera des opportunités de prospérité partagée. En soutien à cette vision, il s’abstient de tout jugement de valeur sur les régimes politiques en place dans cette partie du monde dès lors qu’ils servent les intérêts des États-Unis et s’abstiennent de soutenir le radicalisme.
L’Afrique fait l’objet d’un développement court et clair. Il s’agit de refonder la relation au continent, jusqu’alors principalement tournée vers l’aide au développement et la promotion des valeurs. Le document propose d’y substituer une contribution à la résolution et la prévention des conflits régionaux, des partenariats économiques et commerciaux mutuellement bénéfiques et offrant un accès aux minéraux critiques, d’une part, aux marchés locaux, d’autre part. Un point d’attention est porté sur la lutte contre le terrorisme islamique, sans investissement de long terme.
Sans surprise, ce document a été conforté dans les grandes lignes par la Stratégie de défense nationale (5) émanant du Pentagone, publiée le 26 janvier dernier.
Sans être exhaustif, deux domaines paraissent pouvoir être utilement abordés pour éclairer l’analyse à cet égard.
En matière de relations internationales
La politique conduite est structurée autour d’une méthode et d’une doctrine.
La méthode consiste à ériger la menace, l’agressivité, l’imprévisibilité et les contradictions en marqueurs de la politique américaine, ce qui permet au président des États-Unis de prendre et garder l’initiative tout en compliquant la capacité des états concernés et des organisations internationales à structurer des réponses.
La nouvelle doctrine de mise en œuvre, quant à elle, repose sur deux principes complémentaires. D’un côté « la paix par la force », qui nécessite que les États-Unis conservent des capacités militaires et diplomatiques leur permettant d’imposer en toutes circonstances des rapports de force favorables. Cette domination est ensuite exploitée pour contraindre les « compétiteurs » à modifier leurs attitudes et s’engager dans des politiques favorables aux intérêts américains. De l’autre, et autrement dit, il s’agit, sous condition de soumission aux exigences américaines, d’offrir une option de continuité, voire de survie dans certains cas, à des régimes politiques jugés insuffisamment coopératifs.
Cette nouvelle approche s’est bâtie en réaction aux échecs successifs des tentatives de regime change et de nation building (6) qui, ces trente dernières années, se sont accompagnées de guerres multiples, coûteuses, finalement inefficaces et contre-productives, tant pour les États-Unis que pour les pays qui en ont fait l’objet. Cette doctrine, lorsqu’elle peut s’appliquer, permet d’escompter des transitions politiques sans rupture dans l’exercice de l’autorité, limitant ainsi les risques d’instabilité et les incertitudes liées aux alternances mal préparées. En revanche, elle laisse les populations des pays concernés sous la tutelle des régimes qui prévalaient, y compris lorsqu’il s’agit de gouvernements autoritaires et criminels. Cependant, cette realpolitik est pleinement assumée.
Les exemples qui suivent illustrent la mise en œuvre de ces nouveaux principes. Au Venezuela, le déploiement d’un dispositif militaire massif accompagné d’un blocus naval a permis d’établir le rapport de force. Le président Maduro est entré en négociation, mais n’a pas suffisamment abaissé ses exigences. Il a été capturé puis acheminé dans une prison américaine dans le cadre d’une opération militaire exceptionnelle par les moyens engagés, par la qualité de la préparation et l’audace de l’exécution, concrétisant ainsi un face-à-face intenable pour les Vénézuéliens. In fine, les États-Unis ont privilégié une solution constitutionnelle pour la succession de Nicolas Maduro, en s’assurant du plein soutien de la nouvelle présidente. Continuité, stabilité, soumission, le chavisme est toujours au pouvoir ; mais peut-être ont-ils évité une guerre civile dramatique dont l’issue aurait été incertaine : c’est en tous les cas le discours américain.
En Iran, le contexte est beaucoup plus complexe. Ce pays de 90 millions d’habitants, bien qu’affaibli par la mort du Guide suprême Ali Khamenei, reste une puissance dont le pouvoir de nuisance est réel au Moyen-Orient. S’il est, certes, exposé à la puissance aérienne israélienne et américaine, il dispose encore d’un potentiel de rétorsion, principalement asymétrique, craint par l’ensemble des puissances régionales et capable de menacer les implantations militaires américaines au Moyen-Orient ainsi que la libre circulation maritime dans le stratégique détroit d’Ormuz, avec des conséquences économiques d’ampleur mondiale. En outre, l’Iran a montré jusqu’à aujourd’hui que la cohésion du régime semblait solide, tout autant que sa volonté de survivre, y compris avec une répression intérieure féroce. Enfin, il n’existe aucune opposition structurée dans ce pays qui rassemble de nombreuses minorités ethniques (7). Une nouvelle révolution pourrait dès lors se transformer en guerre civile dont l’issue serait incertaine et s’accompagner d’une instabilité et de répliques dans toute la région.
Donald Trump a déroulé sa stratégie. Comme dans les Caraïbes, des moyens militaires principalement navals et aériens ont été déployés dans la zone pour établir le rapport de force. Ils ont été renforcés pour accroître la pression tandis que des négociations débutaient sous l’égide d’Oman. Toutefois, les atouts iraniens sont bien meilleurs que ceux du Venezuela, au point que les pays de la région, à l’exception d’Israël, ont tenté de dissuader les États-Unis de procéder à des frappes militaires. Néanmoins, face à des négociateurs qui refusaient les conditions exigées par l’administration Trump, Israël et les États-Unis ont choisi d’engager les frappes, avec toutefois des objectifs distincts. Les premiers recherchent la chute du régime car ils estiment qu’il s’agit de la seule réponse durable à l’obsession anti-israélienne de la république islamique. Les seconds veulent créer les conditions d’une issue négociée « à la vénézuélienne » et escomptent un réflexe de survie des dirigeants iraniens pour éviter l’issue que promeuvent les Israéliens.
S’il est bien hasardeux de faire un pronostic, l’objectif américain transparaît assez clairement. On mesure que la grande victime d’un tel accord serait la population iranienne. En effet, elle a intensifié ses manifestations contre le régime en réponse aux encouragements de Donald Trump en janvier dernier, sans que celui-ci ne vienne finalement à leurs secours. Les manifestants ont payé le prix fort et ont dû mettre fin à leur mouvement. La population iranienne n’est pas un objet d’intérêt pour le président américain ; seuls les intérêts des États-Unis comptent.
La passe d’armes autour du Groenland peut aussi être analysée à l’aune de cette nouvelle doctrine américaine. Un discours agressif a contraint le Danemark et l’Union européenne (UE) à adopter une posture défensive. Les États-Unis considèrent que ce territoire devrait être américain compte tenu de son importance stratégique pour leur sécurité. Ils se déclarent toutefois prêts à accepter que le Danemark en conserve la tutelle, sous condition qu’il assume les investissements de défense suffisants pour garantir la protection des États-Unis, ainsi qu’un accès privilégié aux ressources et une large liberté d’action sur le territoire. Une projection symbolique de moyens militaires par des pays de l’UE conjuguée à des annonces budgétaires danoises ont permis de désamorcer momentanément la polémique. Dans le cas groenlandais, le rapport de force s’est plutôt exercé dans un récit, sans déploiement de moyens militaires ; mais le recours potentiel à l’action armée restait sous-entendu dans le discours américain. Donald Trump a finalement décidé, en vertu de son appréciation de situation et d’une méthode maintenant bien rodée, de déplacer l’attention des médias vers d’autres thématiques. Il saura cependant « réchauffer » cette question à la faveur de circonstances qui lui sembleront favorables. Le Danemark et l’UE n’ont assurément pas fini avec ce sujet de friction transatlantique…
S’agissant de Cuba, les grandes manœuvres ont déjà commencé. Le blocus historique mis en place depuis 1959 a été renforcé depuis le coup de force au Venezuela. Le régime de Nicolas Maduro était le fournisseur quasi exclusif de Cuba en hydrocarbures, mais il a dorénavant cessé ses livraisons. Les effets sont massifs sur l’économie et les conditions de vie des Cubains régulièrement confrontés à des black-out électriques. Le fruit mûrit. Le président Trump garde ce « fer au feu » pour ouvrir un nouveau front médiatique et diplomatique, voire militaire, lorsqu’il estimera opportun de le faire. Ce pourrait, par exemple, être une façon de détourner les opinions publiques du théâtre iranien qui monopolise actuellement l’attention mondiale.
Focus sur le Moyen-Orient et la relation Trump-Netanyahou
Cette région du monde, déjà évoquée, mérite un arrêt sur image tant elle concentre les discours du président américain sur la paix et la réorientation des priorités stratégiques.
Les accords obtenus à Gaza et au Liban sont, sur le papier, une quasi-capitulation du Hamas et du Hezbollah que la reprise des combats au Liban ne remet pas en cause. Si leur issue reste incertaine, notamment pour ce qui concerne le désarmement de ces mouvements et les attendus ultérieurs, ils consacrent un retour de la suprématie militaire israélienne dans la région et un affaiblissement considérable de l’Iran et de son réseau de proxies. Les entorses au cessez-le-feu, bien que régulières, sont restées marginales jusqu’à la relance des hostilités par le Hezbollah à la suite de l’engagement américano-israélien en Iran le 28 février dernier. Il n’est pas illégitime que Donald Trump s’approprie une part de ce succès d’étape.
Par ailleurs, si dans cette région l’alignement Trump-Netanyahou reste la lecture la plus répandue, le discours des deux hommes semblant généralement conforter cette symbiose, les actes indiquent que le président américain suit un chemin tracé par sa propre analyse de la situation au bénéfice de son image et de sa perception des intérêts américains.
Tel fut déjà le cas lorsqu’il a contraint Benjamin Netanyahou à signer un accord de cessez-le-feu avec le Hamas à la veille de sa prise de fonction, indiquant ainsi qu’il était déjà faiseur de paix avant même d’avoir été investi président des États-Unis. Il montrait ainsi sa capacité d’influence sur le Premier ministre israélien, contrairement au président Biden.
En l’absence de communication, la rupture de ce cessez-le-feu quelques semaines plus tard, assez prévisible au vu des objectifs antinomiques poursuivis par le Hamas et Israël, n’a pas terni un succès initial bien mis en scène, d’autant que les deux dirigeants se sont bien gardés d’évoquer une quelconque dissension.
Quelque temps plus tard, Donald Trump a profité d’une visite en Arabie saoudite pour rencontrer le nouvel homme fort syrien, Ahmed al-Charaa, et annoncer la levée des sanctions américaines sur ce pays. Il est peu probable que cette annonce ait été coordonnée avec Israël qui préparait déjà le terrain d’une attaque des installations nucléaires iraniennes et souhaitait garder les mains libres pour « nettoyer » de tout risque « anti aérien » un corridor syrien de passage pour ses avions. Les États-Unis ont ensuite négocié un accord de cessez-le-feu bilatéral avec les Houthis sans inclure Israël dans les pourparlers. Plus récemment, le président américain a pris ses distances vis-à-vis des déclarations du premier ministre israélien qui affirmait la volonté de coloniser l’ensemble de la Cisjordanie. Enfin, États-Unis et Israël ont des objectifs différents en Iran.
Ainsi, au-delà des discours, apparaît la volonté de Donald Trump de stabiliser le Moyen-Orient grâce à des accords généralisés entre l’ensemble des pays arabes de la région et Israël, ce qui ne pourrait pas se produire sans une perspective crédible de création d’un État palestinien. En effet, si le Liban et la Syrie, particulièrement affaiblis, pouvaient s’y résoudre, ce ne serait pas le cas de l’Arabie saoudite dont la population et les milieux religieux y sont opposés.
Les États-Unis savent qu’ils ne peuvent pas laisser transparaître de dissensions avec Israël tant que la question du Hamas, du Hezbollah et, surtout, celle de l’Iran qui concentre l’activisme anti-américain et anti-israélien n’est pas réglée. Car si la suprématie militaire d’Israël au Moyen-Orient est rétablie, il n’y aura pas de paix véritable sans changement profond de la politique de l’Iran, sans désarmement du Hamas et du Hezbollah, préalables au déploiement d’une force arabe de stabilisation à Gaza.
Si, en revanche, les États-Unis parviennent à atteindre cet état final, il est probable que le président Trump n’hésiterait pas à contraindre Israël d’accepter une solution à deux États. Cette issue paraît toutefois difficilement envisageable tant que Benjamin Netanyahou sera Premier ministre. Cependant, il n’est pas exclu qu’à l’issue de la guerre, le Premier ministre israélien soit jugé et condamné si ses responsabilités dans l’échec que représentent les événements du 7-Octobre étaient démontrées par la commission d’enquête. Il pourrait bien, dans cette hypothèse, terminer « réfugié politique » aux États-Unis afin d’échapper à l’incarcération dans son propre pays.
Focus sur l’Ukraine
L’Ukraine fait évidemment l’objet d’une appréciation très différente selon que l’on se situe en Europe ou aux États-Unis. Pour l’Europe, il s’agit d’une guerre menée à ses portes par une Russie agressive, dans un contexte d’affaiblissement transatlantique qui pourrait la priver d’un soutien militaire américain indispensable en cas de confrontation.
La nouvelle Stratégie de sécurité nationale américaine considère que cette situation est le fruit d’une forme d’incapacité européenne à gérer sa relation à la Russie, aggravée par l’insuffisance des investissements militaires et, plus généralement, par les effets d’un déclin économique et civilisationnel. Les États-Unis s’estiment dès lors contraints de s’impliquer pour mettre fin aux hostilités, car il s’agit d’un nécessaire préalable au transfert de moyens militaires qu’ils s’apprêtaient à opérer d’Europe vers l’Asie. Dans ce contexte, ils jugent que les Européens ne sont pas fondés à participer aux négociations puisqu’ils ne sont pas capables d’établir un rapport de force à la hauteur de leurs exigences.
En vertu de leur nouvelle doctrine, ils évaluent les conditions de leur face-à-face avec la Russie, tenant compte de la dynamique de pivot asiatique, et négocient sur cette base. L’Ukraine, ou du moins le Donbass, la région de Donetsk et la Crimée ne leur apparaissent pas stratégiques. Ce qui est habituellement interprété en Europe comme un alignement des États-Unis sur les positions russes peut donc être perçu comme le point d’équilibre que les Américains estiment pouvoir atteindre dans le contexte global qui prévaut. Par ailleurs, les États-Unis escomptent que la pression qu’ils exercent sur les pays européens avec un discours de désengagement se traduira par un renforcement militaire de leur part. Ils espèrent donc, à terme, le rétablissement d’une dissuasion réciproque, au moins conventionnelle, entre Europe et Russie. Dans cette hypothèse, cette Europe équipée par des matériels américains et vassalisée par l’affaiblissement de l’UE serait transformée en rempart des États-Unis vis-à-vis de velléités potentielles de la Russie.
En matière d’économie, de renforcement industriel, de rééquilibrage de la balance commerciale et de lutte contre l’inflation
Le président Trump ne cesse de critiquer la politique conduite par son prédécesseur. Toutefois, sur le plan des objectifs de réindustrialisation du pays et de réduction des déficits commerciaux extérieurs, le combat relatif aux droits de douane n’est qu’une extension aux affaires extérieures de l’Inflation Réduction Act (IRA) mis en place par l’administration Biden. En effet, les aides massives accordées aux productions industrielles domestiques dans le cadre de l’IRA visaient à conférer un avantage compétitif au « made in USA » et, ce faisant, contraindre les industriels étrangers à transférer leur production sur le sol américain pour conserver leurs marchés.
Certes, ses décisions et atermoiements en matière de droits de douane apparaissent en première analyse contre-productifs pour l’économie américaine et facteurs d’une perte de confiance durable en ce qui faisait l’attractivité de la place étasunienne dans le monde : le droit et l’assurance qu’en dernier ressort, celui-ci serait l’arbitre ultime de contentieux économiques et commerciaux. Il convient néanmoins de relativiser ce jugement.
La valse des droits de douane est indéniablement un perturbateur pour toutes les économies de la planète, y compris celle des États-Unis. Le poids de l’économie américaine et la souplesse de ses ressorts lui confèrent cependant un réel avantage sur sa concurrence pour résister aux effets induits par ces crises. Si l’on fait exception de la Chine et de l’Union européenne, aucun État, y compris parmi les puissances moyennes, n’a la surface économique suffisante pour supporter une lutte douanière avec les États-Unis. Les plus exposés d’entre eux ont donc accepté des accords favorables aux exigences américaines, ce qui leur a permis de revenir à un cadre commercial apaisé.
L’accord passé avec le Royaume-Uni le 30 juin 2025 fut le premier acte d’une séquence illustrant cette dynamique qui, au-delà de l’acceptation des droits de douane fixés unilatéralement, s’accompagne d’exigences d’achat de produits américains et d’investissements aux États-Unis. L’Union européenne représente un marché qui lui confère de sérieux arguments dans une négociation commerciale avec les États-Unis, notamment pour ses sociétés de services numériques. En outre, les États-membres ayant confié à la Commission européenne le pouvoir exclusif de fixer les droits de douane avec les partenaires extérieurs, Washington n’a pas d’outils directs pour fissurer la position européenne en la matière, même si les divergences ne manquent pas au sein de l’UE. On aurait donc pu escompter une issue équilibrée ; mais les États-Unis ont parfaitement exploité le talon d’Achille des Européens, en l’occurrence leur dépendance vitale à leur égard en matière de sécurité dans un contexte de guerre en Ukraine, stigmate de la reconstitution de sphères d’influences russes qui menacent le flanc Nord-Est de l’UE. Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, était en mission commandée par des dirigeants de l’UE, bien contents de ne pas être en première ligne. Elle n’a fait qu’exécuter la volonté du Conseil européen, donnant l’image d’une soumission sur la forme comme sur le fond. Elle a dû assumer la faiblesse. L’épisode rappelle cruellement à la réalité d’un XXIe siècle décomplexé : les faibles sont des proies et il n’y a pas de salut hors d’un rapport de force équilibré.
Il faut ajouter que les États-Unis jouent également sur d’autres tableaux, déployant une politique d’influence visant à déstructurer l’UE et semer la discorde entre des États-membres diversement exposés au marché américain. La nouvelle politique de sécurité des États-Unis n’est pas équivoque en la matière.
La chine, de son côté, a choisi la réciprocité et a eu gain de cause parce qu’elle dispose d’une puissance économique qui le lui permet et qu’elle a activé des leviers stratégiques vitaux pour les États-Unis, en particulier l’accès aux terres rares. Mais telle est la politique menée par l’administration Trump II : exercer pleinement son pouvoir, avec pour issue des points d’équilibre qui dépendent du rapport de force avec ses compétiteurs. Le résultat obtenu par la Chine est cependant trompeur, car si ce pays est indéniablement un géant, son modèle économique et industriel présente des fragilités. Elle approche du terme de ses Trente Glorieuses qui l’ont vu passer du statut de pays en voie de développement à celui de puissance de tout premier plan, en même temps qu’émergeait une classe moyenne disposant d’un pouvoir d’achat significatif. Cette phase s’est caractérisée par une très forte croissance nourrie par la construction immobilière d’une part, et par une politique de création d’emplois industriels fondée sur la production à bas coûts, d’autre part. Cette fin de cycle d’hypercroissance nécessite, en revanche, de restructurer les outils de production, le modèle de consommation et plus généralement l’architecture de la politique économique et industrielle de la nation. La Chine se trouve donc fragilisée par cette exigence de changement dont il lui faut garder la maîtrise, dans un contexte de capacités d’investissement moindres et de chômage des jeunes persistant et très élevé. Le défi démographique auquel elle est confrontée est également de taille. La population décroît depuis 2022 avec des effets rapides sur le vieillissement de la population et des conséquences en matière de dépenses sociales et de ressources humaines pour assurer la croissance des entreprises. Selon l’Institut national d’études démographiques (Ined), l’âge médian est supérieur à 40 ans et la part des personnes de plus de 65 ans, qui représentait 7 % de la population en 2000, devrait atteindre 24 % en 2050. Enfin, la montée en puissance de l’Inde, pays avec lequel elle entretient des relations historiquement conflictuelles, crée des espaces de concurrence nouveaux pour l’économie chinoise.
L’offensive de Donald Trump qui vient dégrader encore les marges de manœuvre du géant chinois par des restrictions d’accès au marché américain est donc un coup dur qui pourrait modifier le positionnement des points d’équilibre, d’autant que l’UE semble sortir de sa naïveté et commence à durcir ses politiques à l’égard de l’importation des produits chinois.
Par ailleurs, des positions stratégiques chinoises se trouvent sous pression. En Amérique du Sud, sans que le commerce avec la Chine ne soit véritablement affecté, certains leviers potentiels s’effondrent, comme au Venezuela et au Panama. L’élection d’un nouveau président chilien soutenu par Donald Trump fragilise les positions chinoises dans ce pays. La campagne judiciaire américaine menée contre le président actuel de Colombie, Gustavo Petro, vise à promouvoir un successeur favorable aux États-Unis. Plus au nord, les visées éventuelles de la Chine sur les ressources du Groenland paraissent dorénavant hors de portée. Au Moyen-Orient, la république islamique d’Iran est menacée dans ses fondements. Si elle survit, elle pourrait être contrainte de revoir ses alliances au bénéfice des États-Unis. La Chine n’a pas l’autonomie énergétique de son rival. Elle a d’autant plus besoin des hydrocarbures du Golfe persique que l’accès à ceux du Venezuela est devenu incertain. Ainsi, derrière un affichage de sérénité qui contraste avec l’activisme apparemment désordonné des États Unis, la Chine fait face à des défis majeurs concernant son avenir.
Pour finir, les derniers chiffres de la croissance américaine et de l’emploi, s’ils ne sont pas aussi mirobolants que l’affirme Donald Trump, sont bien loin d’être catastrophiques. Ils sont en tous les cas meilleurs que ne le pronostiquaient les contempteurs du président et de sa politique de droits de douane, et restent en tête parmi les économies matures de la planète. La croissance économique était de 2,2 %, la plus élevée du monde occidental, le taux de chômage est resté faible et les marchés boursiers en progression. Malgré une inflation persistante et des perspectives 2026 en légère dégradation, les États-Unis maintiennent leur rang.
Conclusion
Il ressort plusieurs points de cette analyse. Si la façon dont le président Trump exerce son leadership donne une impression désordonnée, inconstante, immature, les orientations stratégiques des États-Unis sont bien établies, et les politiques conduites sont en cohérence avec la vision portée par la Stratégie de sécurité nationale américaine. Sans doute la personnalité de l’homme influe-t-elle sur la façon dont il procède ; mais la méthode peut aussi être vue comme un choix résultant d’une analyse assez profonde qui mêle psychologie des masses, comportements des médias et modes de fonctionnement des dirigeants, le tout dans un contexte de puissance économique et militaire qui surpasse la quasi-totalité des autres États de la planète.
Donald Trump, dans cette association entre puissance et méthode disruptive, conduit l’agenda du monde. Il impose une thématique principale qu’il efface à sa guise au bénéfice d’une nouvelle lorsque tel lui paraît être son intérêt et celui des États-Unis. Cette façon d’opérer lui permet d’être toujours à l’initiative, à l’offensive, en contraste avec les autres acteurs internationaux qui se trouvent en permanence sur la défensive, contraints d’agir en réaction plutôt que dans l’action.
Il est régulièrement accusé d’une profondeur d’analyse insuffisante qui conduit à des choix téméraires. L’exemple le plus actuel est celui des frappes engagées en Iran et de leurs conséquences régionales et mondiales. Or, le président américain était évidemment conscient – d’autant que son chef d’état-major interarmées l’avait ouvertement affirmé – que le régime iranien ne s’effondrerait pas en quelques jours. La république islamique a connu des années d’adversité depuis 1979, nourrie par la guerre contre l’Irak, par les effets de son obsession anti-américaine et anti-israélienne, enfin par les sanctions liées à son programme nucléaire. Maître d’un réseau de proxies d’envergure régionale, idéalement situé pour perturber et menacer le détroit d’Ormuz et ses voisins arabes, il était préparé à cette confrontation. Donald Trump et son administration n’ignoraient pas non plus que l’un des premiers effets de la guerre serait une crise sur le marché des hydrocarbures – particulièrement pour les nations golfo-dépendantes et, ce faisant, sur tous les produits dérivés.
S’il a choisi l’engagement militaire, c’est que ce mode d’action figurait parmi les options qui lui ont été présentées par les experts qui le conseillent, notamment ceux du Pentagone. Ce type de planification inclut toujours les préconditions indispensables au succès des opérations et les mesures d’atténuation de leurs effets secondaires. Il ne paraît pas raisonnable de penser que le choix opéré relevait d’une idée inopinée du président américain. Ceci n’exclut pas erreurs et surprises, ce qui est le lot de toute action politique, qu’elle soit diplomatique ou guerrière. La méthode déroule cependant une agilité dans la communication et une souplesse de réadaptation dans l’exécution pour y faire face.
En résumé, l’issue du feuilleton sur les droits de douane n’est, certes, pas déterminée, mais les chiffres macroéconomiques de 2025 montrent que ces choix n’ont, jusqu’alors, pas créé les effets contre-productifs généralement anticipés. Le président Trump montre qu’il n’est pas en reste d’initiatives nouvelles face aux décisions de justice, y compris celles de la Cour suprême, pour maintenir cette politique tant qu’elle lui paraîtra pertinente. Les gains obtenus à Gaza et dans « l’hémisphère occidental » sont, certes, dans le gué du conflit au Moyen-Orient, mais ils sont assez probants en Amérique du Sud. Ainsi, à ce stade, malgré un temps d’exercice du mandat encore réduit et des conclusions qui restent à consolider, ses choix économiques et la politique étrangère conduite ne sont pas à l’image de l’inconséquence dont il est régulièrement accusé.
Cette tribune n’a pas pour objet de rendre Donald Trump sympathique. Il ne l’est pas. Il est odieux, grossier, menteur, vaniteux, vénal, corrupteur, opportuniste, manipulateur. Il utilise sa fonction à des fins d’enrichissement personnel. Les mouvements boursiers qui suivent ses déclarations interrogent de potentiels délits d’initiés. La liste est interminable… Pour autant, il paraît utile de proposer une grille de lecture qui prenne ses distances avec cette dimension du personnage. C’est tout l’objet de cette tribune qui dessine l’hypothèse selon laquelle ce président pourrait avoir une véritable stature d’homme d’État, ce qui ne pourra réellement s’évaluer qu’à la fin de son mandat. Le cas échéant, il faut bien admettre qu’il s’agirait un tout nouveau modèle d’homme d’État, du moins dans l’Occident moderne au sein duquel l’exemplarité et la « bonne éducation » – a minima de façade – restaient encore récemment des attentes implicites à l’égard des plus hauts représentants politiques. ♦
(1) Rameau Hervé, « Décrypter le “logiciel Trump” : un enjeu pour l’Europe et le monde », RDN, Tribune n° 1691, 5 mars 2025 (https://www.defnat.com/e-RDN/vue-tribune.php?ctribune=1805).
(2) Les checks and balances désignent, aux États-Unis, les principes institutionnels qui fondent l’équilibre entre les pouvoirs et garantissent le fonctionnement démocratique.
(3) La doctrine Monroe de décembre 1823 (James Monroe était alors président des États-Unis) est établie à une époque où certains pays européens envisagent de reprendre la colonisation en Amérique latine. En réaction, Monroe déclare que le continent américain ne fera plus l’objet de colonisation et que toute tentative serait perçue comme une menace potentielle pour la sécurité des États-Unis. En retour, les États-Unis ne s’occupent pas des affaires européennes. Cette doctrine permet d’assoir la domination américaine sur l’ensemble du continent et pose les bases d’une période isolationniste.
(4) La géographie dessine trois « chaînes d’îles » qui ceinturent le littoral chinois de façon concentrique. Elles revêtent naturellement une dimension stratégique pour la République populaire de Chine (RPC) comme pour les États-Unis. Les premiers recherchent de la profondeur maritime quand les seconds veulent les en priver. Taiwan appartient à la première chaîne d’îles, la plus proche de la RPC.
(5) Department of War, Stratégie de défense nationale, 24 janvier 2026 (https://legrandcontinent.eu/).
(6) Le concept de regime change désigne une volonté de changer le régime politique en place dans un pays tiers, y compris par la force, afin d’y installer un gouvernement plus favorable à ses intérêts. La notion de nation building désigne un processus de construction nationale autour d’un système de valeurs partagées et de structures politiques légitimes et reconnues par toutes les parties. Les États-Unis ont associé ces deux concepts à partir du début des années 2000 dans l’objectif d’installer des régimes démocratiques durables, en particulier en Irak et en Afghanistan, avec les résultats que l’on connaît.
(7) Aux côtés des Persans qui forment le groupe ethnique le plus important (estimation 61 %), figurent les Azéris (estimation 16 %), les Kurdes (estimation 10 %), les Lors (estimation 6 %), les Baloutches et les Arabes (environ 2 % chacun). Cette liste n’est pas exhaustive, mais regroupe les minorités les plus significatives.
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