Le 9 mai, Vladimir Poutine cache l’échec de son « opération spéciale » en Ukraine. Donald Trump voit son bluff iranien se retourner : le détroit d’Ormuz est bloqué, l’économie mondiale est étouffée. Xi Jinping savoure la visite d’un Donald Trump quémandeur, loin de son image de « maître du monde ».
Éditorial – Relais d’empires : la semaine pathétique (T 1830)
Editorial —Relay of Empires: The Pathetic Week
On May 9, Vladimir Putin concealed the failure of his "special operation" in Ukraine. Donald Trump saw his Iranian bluff backfire: the Strait of Hormuz was blocked, and the global economy was stifled. Xi Jinping relished the visit of a pleading Donald Trump, a far cry from his image as "master of the world."
Un défilé piteux sur la Place Rouge à l’occasion du 9-Mai où le tsar vieilli du Kremlin veut faire encore croire à la glorieuse victoire de son armée qui serait attaquée de toute part par l’Otan et les « néonazis » ukrainiens. C’est-à-dire, l’aveu non-dit d’un échec de son « opération spéciale militaire » enclenchée le 24 février 2022 et qui devait voir l’effondrement rapide de l’Ukraine. Certes, 20 % de son territoire est occupé, mais le front tient avec une transformation majeure et permanente du champ de bataille désormais dominé par les drones et l’intelligence artificielle. Le « David » ukrainien tient tête au « Goliath » russe avec une détermination farouche et même si la lassitude est réelle, Kyiv a gagné et assume une grande partie de la sécurité en Europe sur son flanc Est. Moscou ne peut désormais que jouer de la guerre hybride pour déstabiliser le Vieux continent.
Poutine a cru, l’été dernier à Anchorage, qu’il pouvait se prétendre l’égal du Président américain et exiger sa part du gâteau en redéfinissant les règles de sécurité de l’Europe, Donald Trump ayant alors quasi tout lâché. La résistance ukrainienne et le réveil des Européens l’en a toutefois empêché. Désormais il est difficile pour le Kremlin de prétendre avoir gagné la guerre – au mieux une partie du territoire, mais l’Ukraine tient le bon bout.
Donald Trump, enivré de son succès spectaculaire au Venezuela, a cru rééditer le même genre de hold-up avec le Groenland, au mépris complet du droit international et de la souveraineté du Danemark en voulant humilier ses alliés européens. Bien mal lui en a pris. L’échec a été patent car les Européens ont su réagir avec rapidité, efficacité et cohérence, la France y tenant un rôle central.
Vint alors la surprise stratégique du 28 février dernier et l’attaque contre l’Iran avec la décapitation du régime pouvant faire croire à un succès rapide mettant fin au régime répressif des mollahs et en arrêtant le programme nucléaire militaire que Téhéran ambitionne depuis des années. Malgré le rapport de force totalement en faveur des États-Unis, appuyés par Israël et l’intensité des frappes, l’Iran a résisté suffisamment longtemps pour assurer la survie du régime, certes passé aux mains des Gardiens de la révolution et croire qu’il pouvait revendiquer, à défaut d’une victoire militaire, une victoire politique. À l’inverse, Washington peut, à juste titre, considérer un succès militaire tactique mais ne peut prétendre à une victoire stratégique. L’étranglement du détroit d’Ormuz pèse chaque jour un peu plus sur l’économie mondiale et amplifie une crise majeure affectant la quasi-totalité des continents dans des dimensions différentes. Pour l’Europe et la France, l’impact est une réalité quotidienne, accroissant l’anxiété de sociétés civiles déjà fragilisées par les crises politiques et sociales. L’improvisation permanente de Donald Trump alternant les menaces, les flatteries, les compromis, les humiliations de ses alliés accroît le brouillard de la guerre. Lui qui prétendait mettre fin à de nombreuses guerres a créé les conditions du chaos sans parvenir à proposer une sortie de crise responsable, tandis que les maîtres de Téhéran jouent habilement pour gagner du temps en proposant des solutions totalement inadmissibles, notamment autour du détroit d’Ormuz. Malgré les négociations, les intermédiaires et les conséquences économiques, il est difficile d’entrapercevoir une voie diplomatique cohérente – sans oublier que le régime de Téhéran poursuit impitoyablement la répression contre sa propre population –. Donald Trump ne cesse de répéter qu’il est le meilleur Président de l’histoire américaine, que son armée est la plus forte et que jamais les États-Unis n’ont été aussi forts et puissants. Force est de constater que seul son égo en semble convaincu. Même une partie de sa base électorale MAGA n’y croit plus.
Cette semaine, celui qui se présentait en février à Davos comme le nouveau maître du monde, va arriver à Pékin chez son grand compétiteur qu’est le président Xi Jinping, non pas en triomphateur mais en quémandeur d’un soutien pour sortir du guêpier iranien. Certes, on pourra compter sur son talent de présentateur de télé réalité pour faire croire qu’il gagne tous ses deals mais, cette fois-ci, Xi Jinping pourra savourer cette rencontre, lui dont l’objectif est de faire de la Chine la première puissance mondiale. Cette fois, le président chinois sait qu’il a franchi une marche irréversible vers son projet impérial. ♦
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