Il y a un an, Donald Trump et Vladimir Poutine se rencontraient à Anchorage (Alaska) ; depuis, toutes les certitudes stratégiques se sont effondrées. L’Ukraine résiste face à l’intensification de la guerre voulue par Moscou, le président vénézuélien Nicolas Maduro a été destitué, le fiasco du Groenland a révélé les limites de Donald Trump et la guerre en Iran entamée le 28 février n’a pas apporté de solution à la situation au Moyen-Orient. Aujourd’hui, le détroit d’Ormuz reste bloqué, le Hezbollah maintient sa pression au Liban, les Houthis au Yémen reprennent les armes en mer Rouge et l’impasse persiste. Donald Trump, en campagne pour les mid-terms, ne peut ni reprendre la guerre ni accepter l’accord iranien. Vladimir Poutine, lui, intensifie ses frappes en Ukraine et sa guerre hybride contre l’Europe. Avec les canicules et les cycles électoraux, la rentrée 2026 s’annonce explosive.
Éditorial – Éclipse et éclipses (T 1853)
Le président Donald Trump rencontre le président ukrainien Volodymyr Zelensky (à gauche) et le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahou (à droite), le 28 juillet 2026, dans le Bureau ovale. (© Photos officielles de la Maison Blanche par Daniel Torok/Flickr)
Editorial —Eclipse and disappearance
A year ago, Donald Trump and Vladimir Putin met in Anchorage, Alaska; since then, all strategic certainties have collapsed. Ukraine is holding out against the intensified war instigated by Moscow, Venezuelan President Nicolás Maduro has been ousted, the Greenland fiasco exposed Donald Trump’s limitations, and the war with Iran—which began on February 28—has failed to resolve the situation in the Middle East. Today, the Strait of Hormuz remains blocked, Hezbollah keeps up the pressure in Lebanon, the Houthis in Yemen are taking up arms again in the Red Sea, and the stalemate persists. Donald Trump, campaigning for the midterms, can neither resume the war nor accept the Iran deal. Meanwhile, Vladimir Putin is intensifying his strikes in Ukraine and his hybrid war against Europe. With heatwaves and election cycles in the mix, the autumn of 2026 promises to be explosive.
Si ce soir, nombreux sont ceux qui observeront l’éclipse totale dont la date est connue depuis longtemps, tant les calculs astronomiques ont été depuis l’Antiquité un moteur de progrès scientifique, moins nombreux sont ceux qui se rappelleront ce qui se passait il y a un an avec la rencontre surprise entre Donald Trump et Vladimir Poutine à Anchorage. En un an, toutes les certitudes stratégiques ont été balayées et l’imprévisibilité se mêle à l’hubris des uns et à la peur des autres de devoir affronter une escalade non maîtrisable, conduisant à la guerre.
Des guerres n’ont cessé de rythmer la vie des nations y compris de celles qui se croyaient bien à l’abri, privilégiant le « doux commerce » au rapport de force et l’alignement des capacités militaires en croissance permanente. La liste des événements géopolitique est trop longue à établir mais, en une année, tout a changé. Vladimir Poutine n’a pas réussi à capitaliser sa rencontre à Anchorage, malgré un Donald Trump tout mielleux. L’Ukraine a tenu et les Européens sont venus en urgence à Washington rappeler au locataire de la Maison Blanche la nécessité de soutenir le président ukrainien. La réussite du raid américain au Venezuela amenant à l’arrestation du président Nicolas Maduro a alors accéléré la tentation trumpienne de réécrire l’histoire. Il y eut l’épisode pathétique du Groenland où la détermination européenne a fait capoter – provisoirement seulement – l’ambition impériale de Donald Trump. Cela ne l’a pas empêché d’arriver en imperator au sommet de Davos et proposer son absurde comité de la paix, moyennant un gros chèque et une soumission à son autorité. Et puis il y eut le 28 février et une entrée en guerre contre l’Iran pour une opération israélo-américaine qui aurait dû régler le problème iranien en quelques semaines… que nenni !
Cette opération de haute intensité qui, si militairement a affaibli l’Iran, a renforcé son régime dictatorial et répressif, tout en mettant le chaos dans l’ensemble de la région, brisant notamment le modèle économique des Émirats arabes unis (EAU) et des autres États du Golfe, basé sur l’économie, le business, le tourisme, le luxe et sa position de hub entre l’Occident et l’Asie.
Aujourd’hui, à la mi-août, le bilan est plus qu’amer car rien n’a été réglé. Bien au contraire, le détroit d’Ormuz est un piège stratégique remettant en cause une grande partie de l’économie mondiale autour des hydrocarbures. Les proxies de Téhéran ont, certes, souffert – comme le Hezbollah libanais – mais ils maintiennent une pression constante. Au Liban, le cessez-le-feu reste fragile, même si les discussions entre les Libanais et les Israéliens se poursuivent, sans aucun progrès réel cependant. En mer rouge, les Houthis ont repris les armes contre l’Arabie saoudite et les navires de commerce naviguent en eaux troubles.
Téhéran sait jouer sur le temps long, sachant que Donald Trump joue sa survie politique dans moins de trois mois avec les élections de mi-mandat, les mid-terms de novembre prochain. Washington ne peut pas reprendre une guerre de haute intensité mais ne peut pas non plus accepter les termes du deal version Gardiens de la révolution. C’est la pire des situations géopolitiques où aucune bonne solution n’émerge réellement ; et la responsabilité incombe au président américain.
Il en est de même en Ukraine où Vladimir Poutine croit toujours qu’il peut l’emporter en accroissant ses frappes avec ses missiles balistiques désormais difficilement interceptés en raison du manque de missiles Patriot, situation dans le Golfe oblige. L’objectif poutinien est de toucher la population civile et détruire les infrastructures énergétiques pour que les Ukrainiens souffrent encore plus cet hiver et finissent par capituler. Là encore, c’est une faute de l’hubris du maître du Kremlin. Après plus de quatre ans de guerre, l’Ukraine ne baissera pas les bras et endurera autant que nécessaire. Moscou s’efforce aussi d’accroître sa guerre hybride contre l’Europe. Guerre hybride cinétique comme à Leipzig avec des drones armés ou guerre hybride psychologique via les réseaux sociaux, la désinformation et les relais pro-russes. Là, le danger est réel d’autant plus que les grands pays européens vont connaître des cycles électoraux pouvant les fragiliser, à commencer par l’Allemagne en septembre avec des élections régionales puis la France et la présidentielle d’avril-mai 2027.
Alors que les canicules défilent sur le Vieux continent, faisant de la France notamment, en raison de sa position géographique, une victime du réchauffement climatique – de plus en plus difficile à nier, y compris pour les climato-sceptiques, souvent des relais trumpiens ou poutiniens –, nul doute que la rentrée sera très chaude… géopolitiquement.
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