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  • Zone grise cyber : l’ambiguïté juridique, levier de pression géoéconomique (T 1855)

Zone grise cyber : l’ambiguïté juridique, levier de pression géoéconomique (T 1855)

El Hassane Gatra, « Zone grise cyber : l’ambiguïté juridique, levier de pression géoéconomique (T 1855)  », RDN, 19 août 2026 - 6 pages

Dans le cyberespace, les opérations les plus rentables ne sont pas toujours celles qui détruisent. Elles imposent une prime de risque, perturbent des chaînes de valeur et entament la confiance, tout en restant sous les seuils qui déclenchent une riposte claire. Ce mécanisme touche aussi des puissances intermédiaires comme le Maroc. À partir de NotPetya, l’article montre comment l’ambiguïté du droit et l’incertitude sur l’attribution deviennent un levier stratégique, puis propose des pistes d’action concrètes.

Le cyberespace est souvent présenté comme un nouvel espace géopolitique, à côté des milieux terrestre, maritime et aérien. L’image est utile, à condition de ne pas prendre le cyber pour un territoire de plus. Il est d’abord un tissu d’interdépendances : câbles, centres de données, logiciels et prestataires relient États, entreprises et administrations. Cette mise en réseau accélère l’économie, mais elle diffuse aussi le risque, du nord au sud de la Méditerranée, y compris au Maroc. Cette matérialité compte. Une crise numérique n’est pas seulement un incident technique ; elle peut devenir une crise économique, puis une crise politique, parce qu’elle touche des fonctions qui font tenir un pays : la santé, l’énergie, la finance, la logistique, l’accès à l’information. Or, la majorité des opérations malveillantes ne cherchent pas à provoquer une guerre déclarée. Elles cherchent à user, à peser, à influencer, en restant sous les seuils d’une escalade ouverte.

On affirme parfois que le droit international serait silencieux face aux cyber-attaques. Les discussions multilatérales et les positions nationales vont plutôt dans le sens d’une applicabilité du droit international au cyberespace, notamment la Charte des Nations unies. Le problème se situe plus bas : qualifier un acte, publier une attribution crédible, puis décider d’une réponse qui ne divise pas les alliés. Cette combinaison crée de la friction et de l’hésitation (1). Autre idée fréquente : une cyberattaque ne laisserait pas de traces, contrairement à une attaque classique. En réalité, les opérations laissent presque toujours des indices, mais ils sont fragmentés, manipulables et, surtout, difficiles à transformer en preuve publiable. L’enjeu n’est pas l’absence de signaux, mais la bataille de l’interprétation ainsi que la vitesse avec laquelle on peut convaincre.

C’est dans cette friction que s’installe la zone grise. L’idée est la suivante : l’ambiguïté du droit et l’incertitude sur l’attribution ne sont pas seulement des contraintes. Elles peuvent devenir un levier, en permettant d’imposer des coûts économiques et de déformer des chaînes de valeur, tout en laissant à l’adversaire un espace de déni et de contestation. La démarche est pragmatique : analyse documentaire de textes de référence et de positions étatiques, puis étude de cas sur NotPetya (2). L’objectif n’est pas de trancher un débat doctrinal, mais de montrer comment l’incertitude devient une ressource stratégique.

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