La Tapisserie de Bayeux (© Mairie de Bayeux, via Wikimedia Commons)
À l'occasion de la présentation de la Tapisserie de Bayeux au British Museum de Londres, d'abord par le président de la République Emmanuel Macron au roi Charles III, puis au public britannique en ce mois de septembe, Jean-Pascal Sibiet, président des Franco-British Connections, analyse la puissance de la diplomatie culturelle de la France, commencée par André Malraux en 1964, et dont le déplacement de la fragile Tapisserie de Bayeux à Londres constitue le firmament.
The Thread of Power: The Bayeux Tapestry Put to the Test by the Diplomacy of Presence
On the occasion of the presentation of the Bayeux Tapestry at the British Museum in London—first by French President Emmanuel Macron to King Charles III, and subsequently to the British public this September—Jean-Pascal Sibiet, President of Franco-British Connections, analyzes the power of France’s cultural diplomacy. Initiated by André Malraux in 1964, this diplomatic tradition finds its crowning achievement in the transfer of the fragile Bayeux Tapestry to London.
En janvier 1963, lorsque La Joconde franchit l’Atlantique à bord du paquebot France, les conservateurs du Louvre palpitent et le public new-yorkais trépigne. Onze ans plus tard, en 1974, c’est par les airs que Mona Lisa se rend à Tokyo, défiant les distances et les risques atmosphériques sous le regard suspendu du monde entier (1). Sous l’impulsion d’André Malraux, ministre de la Culture, l’État gaulliste met en scène une audacieuse opération d’influence. En arrachant La Joconde à son sanctuaire du Louvre pour l’offrir au regard des masses américaines puis japonaises, Malraux invente une diplomatie de la présence : grâce à son influence culturelle, la France dialogue d’égale à égale avec les grandes puissances.
Plus de cinquante ans après cette traversée aérienne, alors que la scène internationale se fragmente, que les budgets publics s’essoufflent et que les institutions s’interrogent sur leur avenir, un autre artefact appelle une semblable projection : la Tapisserie de Bayeux.
Cette broderie du XIe siècle, récit de lin et de laine de la conquête normande, recèle une puissance symbolique singulière. Si le siècle dernier a vu le triomphe des grands prêts mondiaux dominés par l’or de Toutankhamon (2) ou l’armée de terre cuite de Xi’an, la Tapisserie de Bayeux dispose d’un privilège conceptuel pour rivaliser avec ces géants de l’imaginaire : elle n’est pas un monument de la mort, mais une épopée du mouvement.
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