La dislocation du monde se poursuit. Absorbée par ses crises intérieures, la France ignore des dangers croissants. Rien n’est réglé dans le détroit d’Ormuz, Washington et Téhéran se figent en attendant les élections de mid-terms. Du côté de la Chine, la visite de Xi Jinping à Washington révèle que Pékin en position de force face aux États-Unis de Donald Trump. Enfin, Vladimir Poutine intensifie bombardements et guerre hybride contre l’Ukraine et l’Union européenne, en misant sur un calendrier électoral favorable en 2027. L’urgence est alors de faire entendre que la défense n’est plus une variable d’ajustement face aux empires prédateurs.
Éditorial – Et pendant ce temps-là… (T 1870)
Le président Donald Trump et la Première dame Melania Trump participent à une cérémonie d'accueil pour le président chinois Xi Jinping et son épouse Peng Liyuan, à leur arrivée à la base interarmées Andrews, pour une visite d'État, le mercredi 23 septembre 2026. (© Photo officielle de la Maison Blanche par Andrea Hanks / Flickr)
Editorial —And meanwhile…
The fragmentation of the global order continues. Absorbed by its own internal crises, France is overlooking mounting dangers. The situation in the Strait of Hormuz remains unresolved, with Washington and Tehran at a standstill pending the midterm elections. As for China, Xi Jinping’s visit to Washington reveals Beijing’s position of strength vis-à-vis Donald Trump’s United States. Finally, Vladimir Putin is intensifying both aerial bombardments and hybrid warfare against Ukraine and the European Union, banking on a favorable electoral calendar in 2027. The urgent task now is to make it understood that defense can no longer be treated as a mere variable to be adjusted when facing predatory empires.
Manifestations lycéennes, violences urbaines, prix des carburants encore trop élevé avec un impact quotidien pour des millions de personnes, sécheresse catastrophique avec des conséquences encore mal appréhendées dans l’opinion publique, campagne présidentielle où les invectives et les promesses hors sol se multiplient. La France est dans « sa » crise, oublieuse d’un monde qui continue à se disloquer devant elle. Le coq gaulois fait plutôt penser à l’autruche qui se réfugie dans son trou, par peur de l’inconnu et donc de l’avenir.
Pendant ce temps-là, les guerres et les crises se poursuivent. Rien n’est réglé dans le détroit d’Ormuz, même si ces derniers jours ont vu l’augmentation du transit des hydrocarbures depuis le Moyen-Orient avec de nouveaux circuits visant à pallier l’incertitude sécuritaire autour du détroit. Certes, les discussions – du moins les officielles – sont au point mort entre Washington et Téhéran, chacun restant sur ses positions. Il est vrai que les protagonistes ont le calendrier électoral américain en ligne de mire, les mid-terms ayant lieu dans moins de trente jours. Cela mobilise totalement l’administration Trump, craignant une défaite dans les urnes. Téhéran sait faire preuve de « patience stratégique ». Rien n’est réglé et il faudra bien trouver une issue à cette confrontation stérile.
La visite fin septembre de Xi Jinping à Washington, malgré les fastes parfois vulgaires déployés par Donald Trump, a ébranlé la certitude d’États-Unis surpuissants capables d’imposer leur volonté au reste du monde. Le bilan est pour le moins mitigé et démontre que Pékin poursuit sa course impériale. Le Washington de Trump est désormais à la remorque.
D’autant plus que l’autre « partenaire », Vladimir Poutine, n’a pas varié d’un iota sur l’Ukraine. Capitulation avant toute négociation et, pour cela, intensification de sa guerre avec des bombardements massifs et meurtriers ayant pour objectif de casser le moral des Ukrainiens. Tout en étant incapable de gagner tactiquement sur la ligne de front où les soldats russes ne parviennent pas à effectuer une percée décisive obligeant alors Kyiv à négocier dans l’urgence. Incapable de gagner militairement, le Kremlin accentue sa menace de guerre hybride contre l’Europe et augmente ses actions cinétiques avec les drones et toutes ses opérations de désinformation et de manipulation des opinions publiques. La naïveté de certains dirigeants politiques voulant croire qu’il faut discuter avec Vladimir Poutine – sans avoir, au préalable, obtenu un cessez-le-feu – évoque hélas un esprit « munichois » bien développé. Le président russe le sait et joue là-dessus. D’autant plus que le calendrier électoral européen lui est plutôt favorable en 2027 : présidentielle en France, régionales en Allemagne, entre autres.
Les actions commanditées par Moscou ont l’avantage de ne pas être coûteuses et de rester sous la ligne de réplique des pays membres de l’Otan et de l’Union européenne. En effet, un drone par ci et par là, une cyberattaque, une manœuvre de désinformation via les réseaux sociaux, autant d’opérations faciles à mettre en œuvre sans prendre un risque militaire élevé. Au mieux, une convocation de l’ambassadeur russe en poste pour lui exprimer des remontrances et celui-ci, formé à cela, répliquera que Moscou n’y est pour rien et que la Russie cherche la paix…
Autant de sujets légitimes d’inquiétude pour notre propre sécurité et pour défendre nos démocraties menacées directement. La difficulté est actuellement de faire ce travail de pédagogie pour que ces enjeux stratégiques majeurs soient audibles quand les opinions publiques oublient que la défense n’est plus une variable d’ajustement budgétaire face aux empires prédateurs. ♦
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