Les îles sont simplement des « espaces de terre entourés d’eau de tous côtés », comme l’avait dit André Siegfried, l’un des pères de la science politique française. Ce sont de minuscules parcelles de terre ferme, perdues dans l’étendue de l’océan. Elles sont plus qu’une « étendue » : elles sont les rêves d’enfants et d’adultes, le symbole de toutes les utopies, l’espoir pour les naufragés, le témoignage de drames ou de miracles… Dispersées sur toutes les mers et tous les océans, depuis les zones polaires jusqu’aux latitudes équatoriales, elles invitent à l’abandon, au refus du temps qui s’écoule, au retour aux origines et à l’introspection.
Les îles sont parfois des sites de légende ou d’histoire de l’humanité, devenues célèbres après l’exil d’un empereur déchu ou la retraite d’un moine plus tard béatifié (Rapa Nui, Sainte-Hélène, Saint-Brandan, Elbe…). Elles sont, dans certains cas, le lieu du déchaînement de la folie humaine sur lesquelles un être vivant perdant tout contrôle peut s’autoproclamer Roi et propriétaire de l’île et, par-dessus tout, de ses sujets (Clipperton). Les îles sont par moments le lieu de drames, lors de naufrages ou quand un État, préoccupé par d’autres soucis, oublie pendant plusieurs années les citoyens qu’il avait envoyés bâtir une nouvelle colonie (Saint-Paul, Tromelin, Clipperton…). Les îles sont, selon la plume du navigateur et écrivain Olivier de Kersauson, des « bateaux immobiles ». Cette définition remarquable leur confère un intérêt stratégique, comme celui qu’a connu Guam, d’où partaient les B-52 bombardant le Vietnam du Nord durant les décennies 1960 et 1970, ou encore, comme c’est le cas aujourd’hui, avec Diego Garcia, d’où ont décollé les B-2 pour attaquer les installations nucléaires iraniennes en juin 2025. Aujourd’hui, Bornholm au cœur de la Baltique reprend l’importance qu’elle avait du temps de la guerre froide. On sait aussi que le Svalbard (Spitzberg), possession norvégienne où la Russie exploite la mine de charbon de Barentsburg, se trouve aux avant-postes de l’Arctique, une zone en passe de devenir également conflictuelle.
L’auteur, professeur d’université, s’est passionné de longue date pour les îles ayant débarqué dans ces centaines d’entre elles. Le vaste panorama qu’il en dresse est impressionnant à plusieurs titres. Le nombre exact d’îles sur la planète Terre n’est pas connu : le chiffre de 300 000 îles, parfois évoqué, est très en dessous de la réalité. Les États n’ont pas les mêmes méthodes de comptage des îles : la Norvège recense 99 % de ses îles et îlots et affiche 239 057 îles ; même méthode de calcul pour la Suède, qui affiche 221 831 îles. À l’opposé, le Canada ne compte pas les îlots et n’expose que 52 455 îles ; quant aux pays de l’Asie du Sud-Est et du Pacifique, ils ne prennent en décompte que les « grandes îles » et procèdent ensuite par estimation. La superficie des îles est éminemment variable : l’Australie étant considérée comme un continent et non comme une île, la plus grande île de la planète est le Groenland (2 130 800 km²), suivi de la Nouvelle-Guinée (775 210 km²) et de Bornéo (743 330 km²). Les plus petites mentionnées dans ce dictionnaire ont une superficie de 200 à 300 m². Le nombre d’îliens n’est, lui non plus, qu’une approximation (certains États n’étendent pas systématiquement leurs recensements aux populations îliennes) : environ 600 millions de terriens vivent sur une île. Certains y sont seuls ou peu nombreux (Omey, en Irlande, n’a qu’un seul habitant) ; d’autres hébergent plusieurs millions d’habitants (Java en Indonésie a une population de 145 000 000 habitants) ; d’autres enfin, ont une densité de population bien supérieure à celle des grandes mégapoles continentales (Santa Cruz del Islote, en Colombie, abrite 1 247 habitants pour une superficie de 0,01 km² soit une densité de population de 124 700 hab./km² – la densité d’habitation à Paris est de 21 154 hab./km²). Si la plupart des îles se trouvent à quelques milliers de mètres des côtes continentales, d’autres sont géographiquement isolées : Tristan da Cunha (Royaume-Uni), qui se trouve à 4 000 kilomètres des côtes de l’Amérique du Sud et à 2 500 km des côtes de l’Afrique, est souvent considérée comme l’île la plus éloignée de la planète. L’île norvégienne Bouvet (2 500 km de l’Afrique du Sud et 2 500 km de la Géorgie du Sud, autre île britannique), les îles britanniques Pitcairn (5 700 km de l’Amérique du Sud et 2 100 km de Tahiti) ou l’archipel français des Kerguelen (3 200 km de Madagascar et 4 000 km de l’Australie) sont très isolées.
Enfin, certaines îles sont dangereuses : North Sentinel (île indienne) habitée par 150 chasseurs-cueilleurs reste proscrite d’accès et de toute approche (en 2006, deux marins pêcheurs venus poser leurs filets trop près de l’île ont été tués par des volées de flèches – en 2018, John Allen Chau, un pasteur qui a voulu débarquer sur l’île est mort sous des centaines d’impacts de flèches), Queimada (île brésilienne) qui héberge plus de 4 000 cobras jaunes extrêmement venimeux et sur laquelle tout débarquement est interdit (excepté pour les chercheurs de l’Institut Butantan de São Paulo), Thilafushi (Maldives) qui est une « île poubelle » servant de décharge à ciel ouvert (et « mer ouverte ») à l’État maldivien. D’autres îles sont interdites, non pas à cause de leur dangerosité, mais pour des raisons scientifiques (Surtsey, en Islande, est apparue en 1963 suite à une éruption sous-marine ; sa flore et sa faune se développent progressivement) ou pour des raisons militaires (Diego Garcia, atoll de l’archipel des Chagos qui appartient au Royaume-Uni mais est revendiqué par Maurice, possède une base militaire américaine). ♦



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