Commission de l’océan Indien (COI) : enjeux et défis à l’horizon 2030
Merci aux organisateurs de ces Journées d’études. La pertinence des thématiques abordées, comme l’excellence des intervenants et des participants, témoigne d’une volonté commune de faire de cet événement un moment clé pour l’avenir de notre région. C’est un honneur pour la Commission de l’océan Indien d’être partenaire de cette initiative, et je tiens à saluer l’engagement de l’Union européenne (UE), via le programme Safe Seas Africa, qui a permis la participation de représentants des États-membres et partenaires de la Commission de l’océan Indien (COI).
Je souhaite adresser un salut particulier aux délégations de Tanzanie, du Mozambique, des Seychelles, de Madagascar, de Maurice et de La Réunion. Ma pensée va également vers nos amis des Comores, dont l’absence aujourd’hui, pour des raisons administratives indépendantes de leur volonté, nous rappelle les défis logistiques et bureaucratiques que nous devons collectivement surmonter.
Planter le décor de l’Indianocéanie
L’océan Indien n’est ni une périphérie, ni une marge. Il est, au contraire, le cœur battant des grands enjeux stratégiques du XXIe siècle. Cette région, souvent qualifiée, à tort, d’« ultra-périphérique » ou d’« ultra-marine », est, en réalité, un carrefour essentiel pour la sécurisation des routes maritimes commerciales, qui transportent chaque année des milliards de dollars de marchandises. Au-delà de son rôle économique, l’océan Indien est aussi un espace où se jouent des batailles invisibles, mais tout aussi cruciales : la lutte contre les activités maritimes illicites.
Je pense ici à la pêche non déclarée et non réglementée, qui appauvrit nos écosystèmes et prive nos communautés côtières de ressources vitales. Je pense à ces navires, véritables forteresses flottantes, où l’esclavage moderne est trop souvent la norme et qui pillent sans scrupule les poissons dont dépendent des millions de personnes pour leur alimentation et leurs revenus. Je pense aussi à nos autres ressources naturelles – minerais, essences de bois précieux, espèces protégées – qui quittent illégalement nos territoires par la mer, alimentant des réseaux criminels transnationaux.
Comment ne pas évoquer les drames humains qui se jouent chaque jour sur ces eaux ? De trop nombreux hommes, femmes et enfants périssent en mer après avoir embarqué, en quête d’une vie meilleure, à bord de navires opérés par des groupes criminels sans foi ni loi. Ces réalités nous rappellent, s’il en était besoin, que la sécurité maritime ne peut être dissociée de la sécurité humaine.
Des solutions adaptées à nos réalités
Face à ces défis, il est clair que les solutions « sur étagère » ne suffiront pas. Nous devons innover, adapter nos outils à la spécificité de nos États insulaires ou archipélagiques. C’est pourquoi je souhaite annoncer aujourd’hui deux initiatives majeures.
Le développement d’un modèle de surveillance maritime régional
Nous allons travailler, en partenariat avec des industriels du secteur, à la conception d’un système de surveillance maritime adapté à nos besoins. Ce modèle, développé dans le cadre de partenariats public-privé, permettra non seulement de renforcer l’architecture régionale de sécurité maritime, mais aussi de créer des produits innovants, exportables bien au-delà de nos frontières.
La création d’un Institut régional de sécurité et de sûreté maritimes
Cet institut aura pour mission de développer une culture opérationnelle commune entre nos garde-côtes, de mutualiser les meilleures pratiques et de mettre à leur disposition les outils les plus performants. Il s’agira d’un lieu de formation, d’échange et d’excellence, au service de la protection de nos eaux et de nos populations.
L’océan Indien, une mer qui nous relie
L’océan Indien n’est pas seulement un espace de défis ; il est aussi, et surtout, une opportunité. Une opportunité de mieux connecter nos économies, de mieux relier les zones de production aux zones de consommation, et ainsi de produire mieux et plus, au service de la sécurité alimentaire de notre sous-région. Notre vision pour les années à venir repose sur trois piliers.
Un espace agricole régional
Pour réduire la dépendance de nos États aux importations lointaines, souvent coûteuses et peu durables, nous devons renforcer notre autonomie alimentaire. Cela passe par la création d’un espace agricole régional, où les complémentarités entre nos territoires seront mises au service d’une production locale, diversifiée et résiliente.
Une connectivité maritime intra-régionale renforcée
Je tiens à réaffirmer ici mon plein soutien à Madame la présidente de la Région Réunion, Huguette Bello, qui porte avec détermination le projet d’une compagnie maritime régionale. Ce projet est essentiel pour faciliter les échanges entre nos îles, réduire les coûts logistiques et dynamiser nos économies.
Une coopération économique et commerciale revigorée
Nous devons approfondir nos relations avec le secteur privé, qui est un acteur clé de notre développement. Parallèlement, nous renforcerons nos partenariats avec les communautés économiques régionales d’Afrique, en particulier le Marché commun de l’Afrique orientale et australe (COMESA), ainsi qu’avec des organisations partageant nos intérêts, comme l’Association des États riverains de l’océan Indien (IORA). Ces alliances stratégiques nous permettront de peser davantage sur la scène internationale et de défendre nos priorités communes.
Conclusion : une stratégie des trois sommets
Nos destins sont liés. Les défis que nous affrontons – qu’ils soient sécuritaires, économiques ou environnementaux – ne connaissent pas de frontières. Notre réponse doit donc être coordonnée, entre les différentes sous-régions représentées ici aujourd’hui.
Je me risquerai à désigner cette vision stratégique sous l’appellation de « stratégie des trois sommets ». En géométrie, le triangle est la figure la plus solide qui soit. De même, notre force résidera dans notre capacité à unir nos efforts, à partager nos expériences et à coordonner nos actions. Charge à nos organisations sous-régionales d’affiner leurs visions stratégiques et leurs plans d’action, grâce à des ateliers de partage d’expériences et de bonnes pratiques. Charge à l’IORA de jouer pleinement son rôle de forum, pour identifier les enjeux qui nous sont communs et appeler des politiques coordonnées.
Ensemble, nous pouvons faire de l’océan Indien non seulement un espace de paix et de prospérité, mais aussi un modèle de coopération régionale pour le monde entier. ♦



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