Politique et diplomatie - La France et ses voisins européens en 1959
Ce qui frappera l’historien de demain, c’est la continuité de la politique française à l’égard des affaires européennes ; continuité dans l’objectif, à savoir que l’Europe occidentale doit être solidaire dans toutes les questions mettant en cause ses intérêts globaux. Mais si l’objectif demeure inchangé, les méthodes pour l’atteindre ont évolué depuis que fut lancée, aux alentours de 1949, l’idée européenne. Une première phase, qui s’étend de 1950 à 1954, se termina avec le rejet, au mois d’août, du traité instituant la Communauté Européenne de Défense. Pendant cette période un certain nombre de dirigeants politiques français estimèrent qu’il était possible de réaliser successivement l’intégration économique, l’intégration militaire et l’intégration politique de l’Europe continentale de l’Ouest en édifiant progressivement des institutions supra-nationales dont la coïncidence finirait par constituer des États-Unis européens. Cette conception s’est avérée prématurée.
Elle a fait place, depuis 1954, à la relance européenne. Celle-ci s’exerce essentiellement dans le domaine économique. Elle consiste à supprimer progressivement les obstacles à la libre circulation des biens, des personnes et des capitaux entre les six pays ayant d’abord constitué entre eux un marché commun du charbon et de l’acier. En même temps sont prévues des mesures qui doivent conduire progressivement à l’harmonisation des conditions économiques et sociales de la production des six pays. La Communauté Économique Européenne ainsi créée devait produire ses premiers effets le 1er janvier 1959. La France a fait honneur à sa signature. En même temps le gouvernement du Général de Gaulle a, le 28 décembre, fait connaître l’ensemble des mesures économiques et financières qu’il a décidé de prendre pour permettre à la France de s’engager plus résolument dans la voie de la libération des échanges, et affronter dans de bonnes conditions la compétition de ses partenaires au sein du Marché Commun.
Dans le domaine politique, la relance européenne a donné des résultats moins spectaculaires. Le cadre proprement européen de la consultation politique, tracé par les décisions de 1954, serait le conseil de l’U.E.O. or ce conseil a malheureusement périclité pour de multiples raisons qu’il n’y a pas lieu d’exposer ici. Entre les Six, de fréquentes consultations multilatérales ou bilatérales ont facilité la coordination politique.
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