Politique et diplomatie - L’Église et le siècle
Les profondes transformations qui sont intervenues dans le monde depuis un demi-siècle ont affecté, non seulement les États et leurs relations, mais aussi les institutions non-étatiques, internationales — ou plutôt transnationales — ; en particulier les Églises. Et plus que tout autre peut-être, étant donné son organisation, l’Église catholique. Sans doute n’est-ce pas la première fois que l’Église est conduite à s’adapter aux vicissitudes de l’histoire. Mais s’il est vrai que les transformations dont le monde est aujourd’hui le théâtre présentent un caractère original parmi toutes celles qui se sont produites depuis deux mille ans, l’adaptation qui s’impose à l’Église aura peut-être une portée exceptionnelle. Les phénomènes qui caractérisent le monde contemporain et qui tous affectent la situation de l’Église dans le monde, sont les suivants :
1) la division des nations industrialisées — qui coïncident avec les peuples de race blanche dont l’Europe et le Bassin méditerranéen sont le berceau — en deux blocs idéologiquement opposés et politiquement rivaux ;
2) l’accession à l’indépendance politique, c’est-à-dire l’entrée dans l’Histoire, de populations d’Afrique et d’Asie dont l’Occident avait, jusqu’à des temps récents, assumé la responsabilité ;
3) en conséquence du phénomène précédent, la réalisation d’un monde « plein », sans no man’s land politique ; en sorte que tout État est susceptible aujourd’hui d’être, directement ou indirectement, affecté par le sort de tout autre État, si éloigné soit-il de ses frontières. L’histoire au XXe siècle a cessé d’être compartimentée ; elle est devenue planétaire, comme est planétaire le système international réalisé dans le monde contemporain ;
4) une manifestation de cette solidarité planétaire — c’en est aussi l’une des causes — qui fait qu’un événement est immédiatement porté à la connaissance de toutes les populations du globe (et non pas seulement des chancelleries) par les moyens d’information modernes ;
5) les progrès réalisés dans le domaine de l’armement par les chefs de file des États industrialisés et l’équilibre qui existe entre eux, sont tels qu’on peut considérer comme exclu que ces puissances utilisent de propos délibéré les armes de destruction massive pour s’assurer des avantages politiques.
Ces transformations n’affectent pas toute l’Église au même titre. Quant à la première, il est à peine besoin de signaler que l’idéologie et le système économico-politique marxistes constituent pour l’Église un défi : c’est-à-dire un risque, mais aussi, me semble-t-il, un stimulant. On peut penser que, pour parer au danger que constitue pour elle le schisme de l’Occident, l’Église dispose de ressources traditionnelles : les problèmes qui lui sont ici posés, somme toute, ne sont pas neufs. Il n’en est pas de même de ceux que pose à l’Église l’éveil ou le réveil des peuples de couleur.
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