Politique et diplomatie - Les États-Unis et le problème noir
Les événements dont la petite ville d’Oxford, dans l’État du Mississippi, vient d’être le théâtre, entre le 24 septembre et le 3 octobre, ont une fois de plus fait de la situation des Noirs américains un problème d’intérêt mondial. Une fois de plus, car il est remarquable que l’opinion soit périodiquement mise en alerte par des événements de ce genre. En 1958, c’est à Little Rock, dans l’Arkansas, que l’administration américaine du Président Eisenhower s’était heurtée à la résistance physique des partisans de la ségrégation. En 1962, l’administration démocrate du Président Kennedy connaît les mêmes difficultés dans le Mississippi. Demain…?
Une première leçon ressort de cette histoire : la difficulté qu’éprouve le gouvernement fédéral, malgré les pouvoirs dont dispose le Président, à faire appliquer dans le Sud les mesures que l’unanimité des Américains responsables, dans l’un et l’autre des deux grands partis, estime moralement et politiquement justifiées, et en outre inévitables.
Le déroulement de cette lutte entre le pouvoir central et les autorités locales, soutenues par des groupes de pression, a commencé voici près d’un siècle et n’est pas terminé, loin de là. Quelques dates en marquent les étapes : pendant la guerre de Sécession, en 1863, Abraham Lincoln proclama l’émancipation des esclaves et libéra ainsi environ quatre millions de Noirs. À la fin de la guerre, cette émancipation reçut une consécration légale par l’inclusion d’amendements à la Constitution des États-Unis. En 1866, les Noirs américains se virent donc accorder par la Constitution tous les droits civils et politiques inhérents à la citoyenneté américaine Mais ces lois fédérales furent immédiatement contredites par des lois promulguées par les États du Sud. Il en résulta des conflits juridiques presque incessants qui conduisirent la Cour Suprême à rendre, en 1896, un jugement qui devait être interprété dans les États du Sud comme une justification de la ségrégation. La Cour, en effet, décida que « dans certaines conditions de séparation », les Nègres devaient avoir les mêmes droits que les Blancs dans les transports publics. C’était reconnaître que, dans les transports au moins, les Noirs, tout en bénéficiant des mêmes facilités que les Blancs devaient en être séparés. Les États du Sud en tirèrent immédiatement cette conclusion logique que ce qui était admis par la Cour Suprême pour les transports, ne pouvait pas ne pas l’être pour les établissements d’enseignement, pour les hôtels, pour les bars, etc. Le régime de ségrégation qui était resté en vigueur malgré la défaite militaire des Confédérés, retrouvait de ce fait une espèce de légalité. Cette situation se prolongea, malgré la pression croissante des Noirs et les efforts de diverses organisations libérales, jusqu’à la première guerre mondiale. En 1915, la campagne contre la ségrégation et la discrimination prit un nouvel essor. Elle tendait, en particulier, à faire reconnaître aux Noirs, dans les États du Sud, un droit de vote que limitaient en fait jusqu’alors les règlements adoptés par ces États après la guerre civile.
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