Défense dans le monde - États-Unis : les États-Unis et le problème angolais - Grande-Bretagne : le Royaume-Uni et ses problèmes - Suisse : le budget de défense pour 1976
Les États-Unis et le problème angolais
La naissance d’un foyer de crise en Angola en 1975 a conduit les États-Unis à s’intéresser à un pays pour lequel ils n’avaient pas manifesté d’intérêt particulier dans le passé. Le développement de la crise et l’engagement soviéto-cubain dans le conflit opposant trois groupes angolais rivaux donnent une nouvelle dimension au problème de l’Angola : Washington considère, en effet, qu’à ce stade, les intérêts américains en Afrique australe sont directement en jeu.
Ces intérêts concernent au premier chef la sécurité des courants de ravitaillements contournant le continent africain. Dès 1974, les États-Unis avaient dénoncé l’installation de moyens offensifs soviétiques à la corne orientale de l’Afrique (Somalie). Ils assistent maintenant à l’amorce d’une implantation soviétique en Angola et redoutent la mise en place ultérieure de moyens susceptibles de contrôler la route du Cap.
La protection des intérêts américains est, par ailleurs, liée au maintien de la stabilité régionale en Afrique australe. Il est hors de doute que l’engagement de moyens soviétiques et cubains en Angola est de nature à mettre en cause cette stabilité dans une zone où Washington dispose d’intérêts économiques et politiques importants (au Zaïre [NDLR 2026 : Nom de la République démocratique du Congo entre 1971 et 1997] notamment).
À l’égard du conflit actuel, la diplomatie américaine vise à obtenir le retrait de la totalité des forces étrangères engagées dans le pays, à encourager la formation à Luanda d’un gouvernement de coalition associant les trois factions rivales (Mouvement populaire de libération de l’Angola ou MPLA, Front national de libération de l’Angola ou FNLA, Union nationale pour l’indépendance totale de l’Angola ou UNITA), et à obtenir le concours du maximum de gouvernements africains « modérés », en plus du Zaïre et des autres pays francophones. Il s’agit, en fait, de « trouver une solution africaine à un problème africain » (président Ford).
Pour atteindre ces objectifs, Washington ne dispose pratiquement d’aucun moyen d’action directe. Le souvenir de l’engagement au Vietnam a conduit le Sénat à refuser au gouvernement l’utilisation, sans son accord, de fonds prélevés sur le budget de la Défense pour toute opération d’aide directe ou indirecte aux partis opposés au MPLA (1). Les crédits dont dispose la CIA au titre des « opérations paramilitaires » ne sont pas touchés par cette mesure, mais le climat de dénigrement des services de renseignement qui règne actuellement aux États-Unis pourrait conduire à un contrôle étroit de ces fonds d’intervention.
La diplomatie américaine est en outre gênée dans son action par la sorte de paralysie dont souffre la politique extérieure en année d’élection présidentielle et par la suspicion croissante du Congrès vis-à-vis de la politique de M. Kissinger, jugée trop secrète, personnelle et de plus en plus contraire aux intérêts du pays.
L’impuissance des États-Unis à peser sur le déroulement des événements en Angola illustre ainsi les limitations et les tendances de la diplomatie américaine actuelle.
Les responsables doivent d’abord tenir compte du refus de la population de voir le pays engagé dans une nouvelle action extérieure, même à un niveau extrêmement réduit. Amplifiée par les décisions du Congrès, cette attitude est susceptible d’entraîner une baisse de la crédibilité de l’assistance américaine à l’étranger sous toutes ses formes.
Dans le cadre de la dégradation des rapports entre exécutif et législatif, la conduite de la politique étrangère américaine s’avère en outre de plus en plus difficile : les dirigeants de Washington paraissent progressivement frappés d’une véritable incapacité d’agir sur le plan mondial en fonction d’un programme cohérent.
L’Union soviétique administre enfin de façon éclatante, par son action en Angola, la preuve que les États-Unis ne peuvent faire obstacle dans l’immédiat à une politique extérieure plus dynamique des pays socialistes, au moins dans les régions où Washington ne peut revendiquer d’intérêts vitaux.
La crise angolaise survient en définitive au plus mauvais moment possible pour les États-Unis. En soulignant les points de faiblesse de la diplomatie américaine, elle met en évidence la possibilité pour l’URSS d’entreprendre sans risques excessifs – au moins pour l’année en cours – des actions analogues à celles qui ont amené l’action ouverte de pays socialistes en Angola.
Le Royaume-Uni et ses problèmes
Plus que dans la plupart des autres pays, la crise économique et ses conséquences multiples ont été au cours de l’année 1975 au centre des préoccupations du Gouvernement de M. Harold Wilson.
En ce début d’année 1976 et malgré une diminution sensible du taux d’inflation, le problème économique reste entier de même que l’équivoque britannique en matière d’appartenance à la Communauté européenne et l’épineuse question d’Irlande du Nord.
Ces trois questions auxquelles s’ajoutera cette année celle de la dévolution de pouvoirs à l’Écosse et au Pays de Galles risquent fort d’entamer l’autorité du Premier ministre et la cohésion gouvernementale.
Dans le domaine économique, la seule donnée qui se soit améliorée en Grande-Bretagne est le taux annuel d’inflation qui, après avoir dépassé 25 % en début d’année 1975, était évalué en décembre à 16 % par le Chancelier de l’Échiquier. Par contre, la production industrielle a continué de baisser et n’atteint pas le niveau de 1970, les investissements de 1975 sont inférieurs à ceux de 1974 alors que le déficit du commerce extérieur s’est aggravé au cours du deuxième semestre et que le nombre des chômeurs évalué à 1 093 000 en octobre (5 % de la population active) continue de croître.
La récession persiste donc, en partie parce que la relance a manqué en 1975 d’un plan d’ensemble suffisamment structuré et rigide. Certes, il y a eu en juillet le plan de lutte contre l’inflation mais il s’est pratiquement limité à une réduction autoritaire de la progression des salaires qui avait atteint le taux excessif de 32 % de juin 1974 à juin 1975.
En octobre beaucoup d’espoirs étaient nés de la définition d’une « nouvelle stratégie industrielle » décidée par le Gouvernement, le patronat et les syndicats afin de relancer l’économie britannique. Mais cette stratégie ne s’est pas traduite dans les faits. Elle risque bien de ne pas survivre à la politique au jour le jour pratiquée outre-Manche, et l’affaire Chrysler en est un exemple récent. En effet, le prêt de 162 millions de livres accordé à cette société par le Gouvernement est en contradiction avec l’un des principes de base de la nouvelle stratégie envisagée qui interdit toute aide aux entreprises en déficit (2).
Les décisions ponctuelles déjà prises ou envisagées, telles que nationalisation, limitation des importations, réduction des dépenses publiques, etc. ne peuvent constituer qu’un palliatif. Elles ne vont d’ailleurs pas sans créer quelques remous au sein du Gouvernement et du Cabinet, telle la menace de démission du ministre de la Défense, Roy Mason, pour protester contre une deuxième coupe sombre dans son budget déjà bien entamé comme le montre le Livre blanc 1975 sur la Défense.
Cependant, en 1976, une légère amélioration économique est attendue. Elle sera favorisée par la production de 25 M de tonnes de pétrole (1/5e des besoins britanniques) en mer du Nord, mais nécessitera par ailleurs des sacrifices : le Premier ministre ne l’a pas caché dans son discours de fin d’année prévoyant même dans l’immédiat une aggravation du chômage due à la lenteur de la reprise.
Sur le plan communautaire, et fort des avantages qu’il avait obtenu des autres partenaires lors de la renégociation de l’appartenance de la Grande-Bretagne au Marché commun, le Gouvernement britannique – à la satisfaction de tous les Européens – obtenait un oui massif au référendum du 5 juin 1975. Mais cet engagement, qualifié de « total » par M. Wilson lors du Conseil européen de juillet, n’a apparemment pas levé l’équivoque britannique en matière d’appartenance à la Communauté. L’affaire la plus spectaculaire a été celle de la participation anglaise à la Conférence Nord-Sud. Elle ne doit cependant pas faire oublier que dans d’autres domaines comme l’environnement, les transports, l’élection du Parlement européen au suffrage universel, la Grande-Bretagne a toujours tendance à faire cavalier seul lorsque son intérêt national le lui commande. Ce comportement dommageable à la Communauté pourrait rester encore longtemps une caractéristique de l’attitude britannique. Seules l’amélioration de son économie et une réelle progression des « Neuf » vers l’union européenne, amèneront la Grande-Bretagne à une meilleure compréhension de ses véritables intérêts en Europe.
La question de l’Irlande du Nord se caractérise en ce début d’année 1976 par un double échec :
1) Pas de solution politique envisageable dans l’immédiat après l’échec de la Convention constitutionnelle qui n’a pas retenu la solution du partage des pouvoirs entre catholiques et protestants souhaitée par Londres. Cette Convention est convoquée à nouveau le 3 février pour quatre semaines.
2) Augmentation du nombre des tués en 1975 (malgré la trêve décidée par l’IRA [Armée républicaine irlandaise] en début d’année) duc surtout à une recrudescence des attentats au cours de ces derniers mois.
Dans ces conditions, on peut se demander si le Gouvernement de Londres et M. Rees, secrétaire d’État pour l’Ulster, continueront leur politique libérale ou si, au contraire, le renforcement militaire devenu inévitable à la suite des derniers événements sanglants (19 morts sont déjà dénombrés depuis le début de l’année) présage une nouvelle orientation de la politique de Londres (3).
Quoi qu’il en soit, la solution à la crise en Irlande du Nord apparaît toujours bien lointaine et la première urgence reste de maintenir l’ordre et de stopper le terrorisme. Cependant, la nécessité de progresser sur le plan politique après l’échec par deux fois (en 1973 et en 1975) de la solution du partage des pouvoirs et l’impossibilité de prolonger indéfiniment l’administration directe par Londres s’impose chaque jour davantage : ce sera une des tâches difficiles du Gouvernement britannique en 1976 que de rechercher d’autres solutions à ce problème humain (4).
Le débat sur la dévolution de pouvoirs à l’Écosse et au Pays de Galles vient d’entrer dans sa phase active avec la parution du Livre blanc le 27 novembre 1975. Ce problème, que les Écossais relient à l’avenir économique de leur région en raison du pétrole de la mer du Nord, occupera les devants de la scène politique en Grande-Bretagne tout au long de l’année. Il s’agit d’une des réformes constitutionnelles les plus importantes qu’ait connues le Royaume-Uni depuis l’Union de l’Écosse à l’Angleterre en 1707 (5). Déjà les réactions au Livre blanc sont loin d’être favorables. Les partenaires de la dévolution et en particulier le Parti nationaliste écossais (SNP) ne semblent pas décidés à s’accommoder de faux-semblants qui maintiendraient en fait la souveraineté de Londres sur les affaires d’Écosse. Or les voix écossaises sont importantes pour le Gouvernement de M. Wilson qui se trouve engagé là, à la suite de ses promesses électorales, dans une bataille politique difficile où les passions risquent de s’affronter au détriment de la cohésion gouvernementale.
Dans son discours de fin d’année M. Wilson a semblé avoir quelque peu perdu de son optimisme habituel. La situation économique n’est pas seule à expliquer ce changement mais aussi le fait que le Gouvernement risque bien de ne pas bénéficier en 1976 de la même accalmie politique qu’en 1975.
En effet, en ce qui concerne la question d’Irlande du Nord, la trêve décidée par l’IRA et la mise en place puis l’attente des résultats de la Convention constitutionnelle ont fait de l’année passée une année d’attente favorable à l’immobilisme politique. Quant aux problèmes communautaires ils n’ont pas en définitive soulevé de grandes passions.
En 1976, il est fort probable au contraire que cette question d’Irlande du Nord, qui ne pourra pas s’accommoder davantage du vide politique de ces derniers mois, et le problème nouveau de la dévolution de pouvoirs soulèveront des débats politiques nombreux qui compliqueront la tâche du Premier ministre et de son Gouvernement.
Or, le Parti Travailliste n’a plus la majorité à la Chambre des Communes. Certes, il a encore 42 sièges d’avance sur le Parti Conservateur, mais il pourrait devenir minoritaire s’il perdait les élections partielles qui auront lieu cette année.
Il s’agit là, pour M. Wilson, d’une position inconfortable au moment où son Gouvernement va devoir se prononcer sur des questions d’importance. Cependant la gravité de la situation économique incitera sans doute le Parti de Mme Thatcher à tempérer ses attaques dans l’attente d’un moment plus favorable ; le déroulement de la session parlementaire qui s’est ouverte le 12 janvier, dominée par la question d’Irlande du Nord et la dévolution de pouvoirs, donnera rapidement une première indication du climat politique dans lequel évoluera cette année la Grande-Bretagne.
Suisse : budget de défense pour 1976
Le budget général de la Confédération pour l’année 1976 a été adopté par la Chambre des États et le Conseil national le 19 décembre.
Le budget suisse est déficitaire : le montant des dépenses s’élève à 15 074 M de Francs suisses (1 FS = 1,7 FF) et les recettes escomptées sont de 14 493 M. Contrairement aux exercices précédents, le déficit du budget est en augmentation. Les dépenses croissent de 1 708 M alors que les recettes n’augmentent que de 1 578 M (– 130 M par rapport à 1975). Les dépenses progressent à cause de l’endettement croissant et de la hausse des taux d’intérêt. La part la plus importante du gonflement des recettes provient des nouvelles rentrées fiscales : impôt de défense nationale (+ 90 M), impôt sur le chiffre d’affaires (+ 900) et impôt anticipé (+ 370).
Le budget de la Défense nationale est en 1976 de 2 966 M. En valeur absolue, ce budget est en augmentation de 162 M, soit + 5,8 % par rapport au budget 1975. Cependant la part relative de la défense nationale dans la répartition budgétaire diminue cette année encore (19,7 % en 1976 contre 20,97 % en 1975).
Les dépenses proprement militaires sont de 2 723 M, soit 91,8 % du budget de la défense, alors que leur montant était en 1975 de 2 571 M. Ces dépenses représentent donc 18,06 % des dépenses de la Confédération (19,23 % en 1975). Cependant le Département militaire bénéficie de 171 M complémentaires au titre du budget conjoncturel. Ils seront probablement utilisés, à concurrence de 90 M, à des constructions et des dépenses d’armement.
Les dépenses administratives représentent 4,8 % du budget, le budget instruction passe à 25,2 % (24,3 % en 1975), le maintien et le renforcement de la préparation matérielle à la guerre descend à 70 % (71 % pour l’exercice précédent). La répartition du budget voit donc cette année une légère modification en faveur des dépenses d’instruction.
Pour l’exercice 1976, l’acquisition de matériel de guerre absorbe 35,3 % de l’ensemble des dépenses de la défense militaire. L’année passée, la part de ces acquisitions était de 36,4 %. Une partie seulement de ces achats peut être considérée comme investissements. De même que dans les autres groupes économiques une part des dépenses est attribuée au fonctionnement et l’autre aux investissements.
Le total des dépenses de fonctionnement représente 70.47 % du budget de la défense et les investissements 29,53 %.
Ce budget se caractérise par son austérité.
L’effort est porté en 1976 sur l’entraînement des personnels aux dépens des investissements en matériels. Il s’agit en particulier de combler le sous-effectif des instructeurs, de renforcer l’effectif des spécialistes de haute technicité et de recourir aux moyens modernes d’instruction. Ce n’est pas la bonne volonté évidente ni l’excellent état d’esprit du soldat suisse qui sont actuellement mis en question, mais son efficacité. ♦
(1) La Chambre des Représentants vient de se prononcer dans le même sens à une majorité massive (323-99) le 27 janvier.
(2) Par ailleurs, dans une conjoncture économique défavorable, ce prêt d’un Gouvernement travailliste à une société capitaliste multinationale surprend. Il ne s’explique que par crainte du chômage et de l’opposition notamment celle du Parti nationaliste écossais (SNP) ; Chrysler Grande-Bretagne représente en effet 3 usines (dont une en Écosse) et 25 000 emplois.
(3) La présence militaire en Ulster se chiffre à 15 700 hommes comprenant les derniers renforts : 1 bataillon plus 150 hommes du Special Air Service (SAS).
(4) République d’Irlande : 2 818 000 h dont 95 % de catholiques, 5 % de protestants. Ulster (Irlande du Nord) 1 550 000 h dont 34 % de catholiques, 66 % de protestants.
(5) Rappelons que l’Irlande a été unie à l’Angleterre en 1801 pour former le Royaume-Uni puis s’en est séparée en 1922 tandis que l’Ulster était créé.






