Digging Deeper
Pour aller plus loin
Entre 1949 et 1958, sous l’impulsion de Mao Tsé-tong, la Chine cherche à accélérer sa transformation économique et sociale. Après la réforme agraire, le régime impose la collectivisation des campagnes et la création des communes populaires, tout en lançant une industrialisation rapide en s’appuyant sur l’aide soviétique. Cette politique du « Grand Bond en avant », portée par une propagande et l’objectif de dépasser la Grande-Bretagne, vise à conduire le pays vers le communisme. Cet article permet de comprendre les origines du modèle de développement chinois et les relations sino-soviétiques contemporaines.
Malgré ses ambitions, les conséquences de cette politique furent dramatiques. Le Grand Bond en avant a entraîné l’une des plus grandes famines du XXe siècle et provoqua la mort d’entre 20 et 50 millions de personnes. Cet échec conduit à une remise en question partielle du modèle chinois et à de nouvelles réformes économiques engagées par Deng Xiaoping afin d’ouvrir la Chine à l’économie de marché.
La relation entre langage, écriture et pensée a pris une dimension nouvelle lors de la constitution de la République populaire de Chine, qui a assumé une constitution culturelle différente, provoquant curiosité et difficultés de compréhension pour le monde occidental. L’analyse linguistique du mandarin permet ici de comprendre les fondements de cet alphabet tout en dépeignant l’esprit et la philosophie de la Chine maoïste dans son rapport à la modernité, qui était alors ancrée dans une approche bien différente de celle que nous connaissons actuellement.
Soixante ans plus tard, l’analyse linguistique reste pertinente et conserve surtout l’originalité de son approche pour étudier un État à la culture différente comme la Chine. Son analyse a également été confirmée par les décennies suivantes. Brossollet percevait à travers le mandarin une langue propice à l’appréhension des concepts scientifiques et de l’innovation, tout en identifiant le traditionalisme comme le principal obstacle à la construction d’une culture scientifique. Depuis, la Chine a opéré un virage qui la place parmi les grands centres scientifiques mondiaux, et la principale difficulté de ce virage fut effectivement la conciliation entre tradition et modernité.
Saint-Vincent René, « La défense chinoise après Mao », RDN, n° 368, juillet 1977, p. 89-101
Au lendemain de la mort de Mao, les enjeux de successions laissent apparaître des divergences idéologiques sur l’avenir de la relation armée-État, mis en relation avec la réhabilitation de Teng Tsiao Ping. Dans un contexte où la Chine considère alors crédible le risque d’un affrontement avec l’Union soviétique, l’article dresse un constat de l’état de la défense chinoise, entre retard technologique et incertitude politique.
Si le contexte géopolitique a bien changé depuis la publication de l’article (la rivalité Chine-Russie persiste mais est désormais secondaire), Saint-Vincent pointe deux problématiques qui ont traversé les décennies jusqu’à nous : la qualité inconnue du matériel militaire chinois, et le rapport complexe entre l’armée et le politique. Alors que de grandes purges ont encore eu lieu l’an dernier au sein de l’armée chinoise, les perspectives d’affrontement sino-américain autour de Taïwan se concentrent sur l’inconnue que constitue chaque nouveau matériel militaire chinois dévoilé au public.
Depuis les années 1960, la Chine s’est engagée dans la course à l’Espace, mettant progressivement en orbite des satellites au moyen de lanceurs de plus en plus complexes. Ce programme, initialement motivé par des objectifs militaires, s’est peu à peu doté d’une visée commerciale, avec pour objectif final la possibilité de faire le commerce de la mise en orbite de satellites étrangers. Cette arrivée en force de la Chine dans le secteur spatial vient mettre fin au quasi duopôle occidental (États-Unis/Europe) dans le secteur, illustrant un rattrapage technologique de grande ampleur dans des délais très courts.
De nos jours, la Chine est désormais un acteur majeur du milieu spatial qui retrouve tout son intérêt dans la nouvelle course à l’Espace ayant débuté à la fin des années 2010. Cette course au New Space se caractérise notamment par l’arrivée de firmes privées dans le secteur, à l’image de SpaceX aux États-Unis. Avec un modèle économique fondé sur l’étatisme, l’appréhension de ce nouveau type d’acteur sera probablement l’un des principaux enjeux du secteur spatial chinois pour les décennies à venir.
À la fin des années 1990, la Chine entame un virage vers une économie capitaliste et mondialisée. Ce modèle économique reprend le moule qui avait forgé les civilisations occidentales, et dont la Chine maoïste avait jusque-là toujours voulu se dissocier. Avec ce virage issu d’un certain pragmatisme économique, il était alors désormais question de savoir si le régime chinois allait tendre à l’occidentalisation, sur le modèle sud-coréen, ou s’il tracerait sa propre voie pour concilier identité nationale et efficience économique.
Cette stratégie s’est finalement avérée payante. En mêlant le nationalisme à l’économie de marché, la Chine a réussi à concurrencer l’Occident sur le plan économique sans pour autant fragiliser l’écosystème politique qui la constituait. Ce choix a eu pour conséquence de renforcer l’enjeu identitaire autour de Taïwan et de pousser la Chine à viser le statut de pôle mondial pour assumer son narratif national. Les bénéfices économiques et politiques sont là, mais seules les prochaines décennies suivantes permettront de savoir si le plan géopolitique va confirmer ou infirmer ce succès.
Tertrais Hugues, « La Chine, poudrière maritime ? » RDN, n° 707, avril 2008, p. 74-78
Malgré les grandes expéditions de Huang He au XVe siècle, la Chine s’est peu à peu retirée de l’espace maritime jusqu’à ce qu’il ne finisse par incarner un certain traumatisme avec les guerres de l’Opium et l’invasion japonaise. Le processus de maritimisation de l’économie mondiale couplé à une ouverture progressive de l’économie chinoise ont amené ses côtes à redevenir un enjeu de premier plan. Autrefois négligée, la mer devenait il y a deux décennies l’un des vecteurs centraux de la puissance chinoise.
La « poudrière maritime » était alors décrite comme un risque, celui de voir monter un antagonisme entre Chine et États-Unis avec d’autres vecteurs que la diplomatie. Cette vision s’est largement confirmée depuis, à la différence près que les tensions ne semblent pas se limiter à l’Asie du Sud-Est, mais ont bel et bien évolué en antagonisme polaire mondial.
Depuis les années 1980, la Chine connaît une croissance économique exceptionnelle qui lui permet de s’affirmer comme une grande puissance mondiale. Toutefois, son poids démographique, ses fragilités internes et sa dépendance au marché international conduisaient l’auteur à nuancer l’idée d’une superpuissance hégémonique. L’article remet en question les intentions contemporaines de la Chine, qu’Éric de La Maisonneuve envisageait comme « puissance atypique », davantage préoccupée par ses défis domestiques et sa place dans le monde que par sa domination.
Aujourd’hui, ce diagnostic reste pertinent mais il doit être précisé. La Chine cherche effectivement à sécuriser son développement, à réduire ses vulnérabilités stratégiques et à consolider la stabilité du régime. Nous pouvons le constater dans sa politique de souveraineté technologique et dans le renforcement de son appareil militaire. Dans cette perspective, l’objectif n’est pas expansionniste mais défensif et préventif. Cependant, la Chine ne se limite pas à cela : elle cherche également à accroître son influence régionale, économique, institutionnelle et technologique pour modifier progressivement l’ordre international à son avantage, notamment face aux États-Unis. ♦






