Été 2026 - n° 892

Quand la Chine dépasse le monde

200 pages

Nul n’a oublié ce printemps les visites à Pékin de Donald Trump puis de Vladimir Poutine, à quelques jours d’intervalle. Le monde subissait alors avec inquiétude les conséquences de la guerre contre l’Iran déclenchée par Israël et les États-Unis le 28 février dernier. Le président chinois Xi Jinping, au pouvoir depuis mars 2013 imposa le même protocole au millimètre près aux deux dirigeants, le premier se voyant comme le winner complet et l’autre revendiquant une place équivalente, nostalgique de la puissance soviétique. En fait, c’est bien le leader chinois qui était en position de force, se présentant comme le chef d’un empire d’équilibre, l’Empire du Milieu. Lire la suite

  p. 3-3

Il est des puissances dont la montée se donne à voir dans la rupture. La Chine, elle, avance aussi par accumulation. De moins en moins discrètement, de plus en plus méthodiquement, la Chine s’installe au premier rang des puissances mondiales. La formule n’a plus rien d’un effet de tribune : elle décrit un déplacement durable du centre de gravité de la puissance. Accumulation de richesses, de capacités industrielles, d’infrastructures, de savoirs, de technologies, de moyens militaires, d’influence normative, de présence internationale. Cette progression ne relève plus d’une hypothèse ni d’une projection commode : elle constitue l’un des faits majeurs de notre temps stratégique. Lire la suite

  p. 9-11

La Chine s’affirme comme la deuxième puissance économique mondiale derrière les États-Unis avec un Produit intérieur brut (PIB) qui atteint 19 000 milliards de dollars, avec un PIB par habitant de 13 806 $. Si la grande pauvreté officielle a été éradiquée en 2020, près de 19 % de la population vit encore sous le seuil de pauvreté. En moins de cinq décennies, l’économie chinoise a connu une mutation profonde : d’une production industrielle de biens, elle est passée à une économie de services puis à une économie de haute technologie, accompagnée d’une transition d’un modèle entièrement étatique vers une prééminence croissante du secteur privé. La Chine s’impose sur le plan international comme le premier partenaire commercial de 60 pays, contre 33 pour les États-Unis. Le Projet des Routes de la Soie (lancé en 2013), auquel 155 pays participaient en 2023, illustre cette stratégie d’influence globale. Le pays reste le premier exportateur mondial, enregistrant un excédent commercial record de plus de 1 000 Mds $ en 2025, et reste le premier importateur de pétrole au monde. Sur le plan militaire, la Chine dispose du deuxième budget de dépenses après les États-Unis, avec 231 Mds $ en 2025 selon les chiffres officiels, tandis que les estimations occidentales varient entre 304 et 377 Mds. Cela reste encore 2,5 fois inférieur aux dépenses américaines, estimées à 901 Mds $ en 2026. Lire la suite

  p. 13-14

Quand la Chine dépasse le monde

Narratifs, normes et gouvernance vus de Chine

La Chine construit un narratif habile la présentant comme la grande puissance de l’avenir et ayant gagné la compétition internationale. Ce récit performatif est d’ailleurs souvent repris par les experts sinologues parfois à leur corps défendant. Il faut rester lucide, conserver un libre arbitre face aux discours chinois et proposer un contre-récit réaliste. Lire les premières lignes

  p. 17-21

La Chine aime à se présenter comme le principal soutien du « multilatéralisme onusien » avec une implication croissante au sein du système de l’ONU. Cependant, celle-ci cherche aussi à influencer en sa faveur, en développant des initiatives ambiguës, hors du cadre des Nations unies pour agir au profit des intérêts chinois. Lire les premières lignes

  p. 22-27

Le Parti communiste chinois (PCC) a engagé son extension à l’étranger autour de la doctrine de « construction partisane » extraterritoriale. L’objectif est de contrôler notamment les Chinois à l’étranger dont les étudiants. Cette organisation doit s’adapter à des contextes variés dont les relations avec les pays d’accueil parfois hostiles à de telles ingérences. Lire les premières lignes

  p. 28-33

À partir de 1979 la Chine s’est engagée dans une dynamique scientifique remarquable mais étroitement contrôlée par l’État-Parti. Cette accélération est sans précédent dans la compétition mondiale autour de l’innovation. L’émergence de l’IA entraîne une véritable rupture mais aussi une interrogation sur les rapports entre pouvoir politique et innovation. Lire les premières lignes

  p. 34-39

Depuis une décennie, la Chine s’est engagée dans le domaine de la formation professionnelle auprès des pays du « Sud global » avec les Ateliers Luban. S’inspirant initialement du modèle allemand, Pékin a développé un modèle devenu une référence internationale et contribuant à étendre l’influence chinoise auprès des économies émergentes. Lire les premières lignes

  p. 40-45

Une Chine, championne de l’innovation mondiale

La Chine a massivement investi dans l’industrie des semi-conducteurs avec la volonté d’une autonomie et de captation du marché. Or, les États-Unis s’efforcent de contenir cette avancée. L’Europe est prise entre les pressions américaines et ses dépendances/vulnérabilités face à la Chine avec l’obligation de diversifier ses services d’approvisionnement dont les terres rares. Lire les premières lignes

  p. 46-51

La Chine a construit un modèle de gouvernance du cyberespace et du numérique fondé sur le contrôle étatique. Malgré des investissements importants, elle ne parvient pas à être totalement autonome d’autant plus que les États-Unis veillent à limiter l’accès à certaines technologies. Les enjeux économiques pèsent également sur les objectifs chinois. Lire les premières lignes

  p. 52-57

L’industrie hydroélectrique chinoise occupe la première place mondiale. Les besoins nationaux en énergie ont permis le développement des technologies et la maîtrise de la construction de barrages. Cela permet à la Chine de développer une expertise internationale formant une diplomatie hydro-énergétique performante. Lire les premières lignes

  p. 58-63

L’Intelligence artificielle (IA) avec ses Data Center nécessite de la puissance de calcul et donc beaucoup d’énergie électrique d’où une stratégie d’aménagement à l’échelle nationale lancée en 2020 pour mettre en synergie les sites de production énergétique et les infrastructures de calcul. Ces solutions chinoises sont présentées à l’exportation et créent de fait des dépendances pour les partenaires. Lire les premières lignes

  p. 64-70

La Chine modifie la météo au-dessus de son espace géographique dans le cadre d’une stratégie de sécurité pour les ressources hydriques, source permanente de fragilité pour toute l’économie chinoise. Avec des capacités techniques importantes, c’est aussi la démonstration de la puissance technologique du pays avec des ambitions clairement affichées. Lire les premières lignes

  p. 71-76

La Chine est arrivée tardivement sur le marché du nucléaire civil mais a vite rattrapé son retard avec des ambitions importantes à l’exportation. Celle-ci reste encore limitée avec le seul Pakistan client des centrales chinoises. Par contre, l’industrie du combustible a progressé. Cependant, il manque encore une expertise reconnue et une crédibilité technologique à l’international. Lire les premières lignes

  p. 77-82

L’industrie navale chinoise est désormais au premier rang mondial et constitue un socle stratégique majeur de la puissance du pays. Cela renforce sa souveraineté industrielle et sa capacité de compétition sur la scène internationale, en commençant par la maîtrise de l’Indo-Pacifique face aux États-Unis et à ses alliés régionaux. Lire les premières lignes

  p. 83-88

La Chine a su développer en à peine trois décennies le premier réseau ferroviaire à grande vitesse au monde en maîtrisant les technologies (infrastructures et matériels roulants). Les chemins de fer chinois participent activement au développement économique du pays, selon les directives du gouvernement avec l’objectif d’aménager le territoire de façon coordonnée. Lire les premières lignes

  p. 89-94

La Chine a réalisé de grands progrès dans le domaine du combat aérien collaboratif avec l’extension de l’usage des drones et de l’Intelligence artificielle. De nombreuses questions demeurent dont l’autonomie décisionnelle générée par l’IA et le besoin politique de maintenir le contrôle absolu de l’armée par le Parti communiste chinois (PCC). C’est un enjeu majeur en cours de développement. Lire les premières lignes

  p. 95-100

Expansion internationale de la Chine

La Chine a su construire une influence économique, politique et sécuritaire avec les pays du Mékong. Avec une présence multidimensionnelle, Pékin a établi des liens solides favorisant une intégration autour d’un « capitalisme relationnel » consolidant par là même les gouvernements de ces États et contribuant de fait à un besoin de stabilité politique. Lire les premières lignes

  p. 101-106

La Chine a durablement construit un réseau de dépendance des États d’Asie centrale via son projet de Belt and Road Initiative (BRI), Il y a désormais une véritable hégémonie chinoise avec l’imposition progressive des normes de Pékin. Il est désormais difficile pour d’autres partenaires comme l’Union européenne de pouvoir peser dans cette région entre Russie et Chine. Lire les premières lignes

  p. 107-112

La Chine entretient des relations approfondies avec l’Association des nations du Sud-Est asiatique en montrant un visage le plus positif possible. La mise en valeur d’intérêts communs permet à Pékin de développer des liens importants en insistant sur la notion de partenariat et non de domination. Pour autant, l’ASEAN veille à avoir une diplomatie ouverte vers d’autres acteurs. Lire les premières lignes

  p. 113-116

La Chine cherche à accroître ses ressources en minerais « critiques » qui seraient enfouis sous les eaux du Pacifique. S’appuyant sur une flotte de navires de recherche nombreux, Pékin s’efforce de se concilier les micro-États insulaires souvent démunis pour contrecarrer les ambitions chinoises, tout en jouant le temps long pour éviter toute friction allant à l’encontre de ses projets d’exploitation future. Lire les premières lignes

  p. 119-124

Les investissements chinois en Asie du Sud-Est sont en croissance exponentielle depuis un quart de siècle. Ces flux sont composites et mal identifiés, avec une opacité assumée par Pékin, entre les projets d’aide au développement et d’autres plus ambigus. D’où la nécessité d’une meilleure transparence dans la compétition économique en cours dans la région. Lire les premières lignes

  p. 125-130

La Chine a mis en œuvre une stratégie cohérente de pénétration dans le secteur portuaire européen avec un ancrage multiforme répondant certes à des besoins commerciaux mais surtout à une volonté d’être un acteur indispensable. Les pays hôtes prennent le risque d’une dépendance et d’une remise en cause de leur souveraineté. Une réponse européenne est nécessaire. Lire les premières lignes

  p. 131-135

Pékin construit patiemment sa toile d’araignée sur Taïwan, privilégiant une approche multiforme faisant passer l’île pour une province de la République populaire de Chine (RPC). Il s’agit de délégitimer Taipei comme indépendant et bien au contraire de faire passer les Taïwanais pour des citoyens chinois. Cette stratégie mise sur l’usure, l’habitude et l’oubli en attendant une absorption inéluctable. Lire les premières lignes

  p. 136-141

Mémoire stratégique

Il y a 50 ans

Repères

L’Office national d’études et de recherches aérospatiales fête ses 80 ans. Créé pour redonner à la France les capacités de recherche indispensable pour reconstruire son industrie aéronautique, l’Office a été de toutes les réussites aérospatiales, du Mirage à l’Espace. Préparer l’avenir avec la simulation, le numérique et l’excellence des chercheurs demeure l’ambition permanente au service de notre autonomie. Lire les premières lignes

  p. 147-152

Opinions

En 1997, la France décidait de liquider ses stocks de métaux stratégiques, faisant confiance au marché. En 2026, il n’est plus possible de rester dans une telle dépendance vis-à-vis de la Chine principalement. Il y a urgence à reconstruire ce stock, indispensable pour notre Base industrielle et technologique de défense (BITD) et donc notre souveraineté. La Direction générale de l’armement (DGA) pourrait coordonner cette politique. Lire les premières lignes

  p. 153-162

Le développement des systèmes autonomes grâce aux progrès technologiques dans le milieu maritime permet d’envisager l’avenir des nouveaux systèmes avec un degré d’indépendance à tout superviseur humain inédit. Face aux conséquences d’une telle évolution sur le combat naval de demain, des choix industriels, éthiques et stratégiques s’imposent pour trouver un équilibre entre contrôle des systèmes et limitation des vulnérabilités. Lire les premières lignes

  p. 163-171

Le contexte stratégique actuel oblige à décloisonner les médecines civiles et militaires afin d’améliorer la résilience sanitaire nationale au regard des menaces de conflits. Ce travail de coordination et d’anticipation souligne l’importance du Service de santé des Armées (SSA), même si celui-ci ne constitue que 1 % des capacités médicales françaises. D’où le besoin d’accroître ses capacités et son interopérabilité. Lire les premières lignes

  p. 172-178

Chroniques

En France, l’organisation du haut commandement a évolué au fil des décennies. Sous la IIIe République, l’autonomie des chefs des armées a été peu à peu transformée pour répondre aux besoins engendrés par les guerres. Sous la Ve République, avec la volonté du général de Gaulle, le contrôle politique s’est accru pour aboutir au modèle actuel avec le rôle du Chef d’état-major des Armées (Cema). Lire les premières lignes

  p. 179-184

La recomposition stratégique enclenchée par la guerre du 28 février contre l’Iran dépasse le cadre régional du Moyen-Orient. La Maison-Blanche ne sort pas grandie de cet épisode, tandis que Moscou piétine face à une Ukraine qui résiste. Pékin s’efforce de passer comme un acteur central. Les ruptures n’ont pas fini d’accélérer les recompositions stratégiques. Lire les premières lignes

  p. 185-188

Recensions

Boisseau du Rocher Sophie et Lechervy Christian : L’Asie-Pacifique : Nouveau centre du monde  ; Odile Jacob, 2025, 320 pages - Fiona Louijean

Dans un monde en pleine mutation, l’attention, longtemps centrée sur l’Occident, se tourne depuis deux décennies sur l’Asie-Pacifique. Si les États de cet espace se sont développés plus tardivement, ils ont rattrapé leur retard et occupent une place centrale dans les processus de croissance économique mondiaux. L’ouvrage, écrit par Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse au centre Asie de l’Institut français des relations internationales (Ifri), ainsi que par Christian Lechervy, ancien ambassadeur en Birmanie et au Turkménistan, analyse la trajectoire d’une région qui n’est plus seulement « l’atelier du monde » mais son nouveau centre d’impulsion. Les auteurs démontrent comment l’Asie-Pacifique s’émancipe des modèles hérités des pays occidentaux pour imposer ses propres normes économiques, politiques et culturelles, bousculant ainsi une hégémonie occidentale vieille de plusieurs siècles. Lire la suite

  p. 189-190

Jian Chen : Zhou Enlai: A Life  ; Cambridge (MA)/Londres, The Belknap Press of Harvard University Press, 2024, 817 pages - Hugo Tierny

Avec Zhou Enlai: A Life, Chen Jian, historien des relations internationales spécialiste de la Chine maoïste à l’Université Cornell (États-Unis), livre une biographie très documentée de Zhou Enlai (1898-1976). Figure centrale du Parti communiste chinois (PCC), celui-ci fut successivement un acteur clé de l’appareil clandestin et du renseignement communistes durant la guerre civile puis, après 1949, Premier ministre et figure centrale de la diplomatie de la République populaire. Lire la suite

  p. 190-192

Wang Dan : Breakneck: China’s Quest to Engineer the Future  ; Penguin Random House, 2025, 260 pages - Carine Pina

L’ouvrage de Dan Wang se présente à la fois comme une réflexion scientifique sur le développement technico-industriel de la Chine, comparé à celui des États-Unis et un récit de ses propres expériences en Chine et au pays de l’Oncle Sam. La thèse principale de cet analyste technologique pour Gavekal Dragonomics, filiale d’une entreprise hongkongaise du secteur financier, est effectivement des plus stimulantes : la Chine doit son formidable développement et son ascension économique internationale des cinquante dernières années à un « État ingénieur », très fortement ancré dans la production matérielle, alors que l’affaiblissement économique des États-Unis s’explique par la prépondérance d’un « État juriste » qui privilégie et magnifie la production virtuelle. Le premier est ambitieux et bâtisseur alors que le second est frileux et peu soucieux des réalités quotidiennes. Dan Wang pense que ces deux États qui se regardent aujourd’hui avec méfiance, et même animosité, sont non seulement complémentaires mais qu’ils peuvent aussi apprendre l’un de l’autre pour améliorer leur modèle. Lire la suite

  p. 193-195

Joly Sébastien : La Turquie en Afrique, une stratégie d’expansion ignorée ?  ; Valeurs Ajoutées Éditions, 2025, 182 pages - Eugène Berg

Si l’activisme turc, au Proche-Orient et au Caucase, est bien connu et abondamment relaté, il n’en est pas de même de ce néo-ottomanisme qui se déploie depuis une vingtaine d’années en Afrique. N’oublions pas que Massaoua (aujourd’hui en Érythrée) fut, comme Aden, une ville ottomane. Largement impulsé par le président Erdoğan, qui a désigné 2005, « l’Année de l’Afrique », cet activisme a pris son véritable départ avec le premier sommet Afrique–Turquie, qui a rassemblé, du 18 au 21 août 2008, 49 chefs d’État. Cette expansion turque, qui s’est souvent faite aux dépens de partenaires historiques du continent, s’appuie sur le langage décomplexé du dirigeant turc, dont le charisme et l’éloquence ont séduit les chefs d’État africains. En effet, Erdoğan n’hésite pas à faire vibrer les cordes sensibles en déclarant que « les pays africains ont cherché l’aide des Ottomans dans leur lutte contre les oppresseurs coloniaux », se faisant ainsi le porte-parole des « opprimés ». À part un ralentissement des déplacements en 2019 et 2020 en raison de la Covid-19, le Président totalise à lui seul plus de 40 visites sur le sol africain. Lire la suite

  p. 195-196

Revue Défense Nationale - Été 2026 - n° 892

Quand la Chine dépasse le monde

When China Overtakes the World

Narrative, standards and governance seen from China

China is compiling a clever narrative that presents the country as the great power of the future and that it has already won the international competition. This self-congratulatory narrative is also often taken up by sinologists, occasionally against their better judgement. We need to remain clear-headed and keep an open mind in the face of such Chinese propaganda, and offer a realistic counter-narrative.

Through its increasing involvement in the United Nations (UN) system, China likes to present itself as the principal supporter of UN multilateralism. At the same time, it seeks to influence matters in its favour by developing ambiguous initiatives outside the UN framework in order to act for the benefit of Chinese interests.

The Chinese Communist Party (CCP) is committed to international expansion through the doctrine of extraterritorial partisan construction. The main aim is to keep control over Chinese nationals overseas, students included. The organisation needs to adapt to differing sets of circumstances, including relations with host countries that are sometimes hostile to such outside interference.

Since 1979 China has been committed to remarkable scientific development that is closely overseen by the one-party state. It is an unprecedented expansion in the worldwide race for innovation. The advent of AI offers a break from established routines yet also poses questions on the relationship between political power and innovation.

For the past ten years, China has been committed to professional (vocational) training in countries of the global south by means of the Luban workshops. Drawing initial inspiration from the German model, Beijing has developed a model now recognised as an international reference which contributes to spreading Chinese influence within emerging economies.

China, champion of global innovation

China has invested massively in the semiconductor industry with the aims of autonomy and domination of the market. The United States is trying to contain this advance, and Europe is caught between US pressures and its dependence and vulnerability with regard to China, thus its need to diversify its sources of supply of rare earths.

China has built a model for governance of cyber-space and digital matters based on state control. Despite massive investment, the country has not managed to become totally independent, in particular because the United States takes care to limit access to certain technologies. The economic stakes also weigh heavily on Chinese objectives.

The Chinese hydro-electricity industry is the largest in the world. The national need for energy has led to the development of technologies and skills in the construction of dams, which have allowed China to develop internationally-recognised expertise and effective hydro-energy based diplomacy.

Artificial intelligence (AI) and its associated data centres demand vast amounts of processing power and electricity. Because of this, a nationwide strategy was launched in 2020, aimed at developing energy production facilities in line with data processing infrastructure. Such Chinese solutions are available for export, thus creating dependence for trading partners.

China is modifying the weather over its geographical space—part of a strategy for securing water resources, a permanent source of weakness for the Chinese economy. Given the major technical capability involved, it is also a demonstration of the technological power of the country and a clear statement of intentions.

China was a late arrival on the civil nuclear market but has rapidly caught up. The country has significant ambitions for exports albeit Pakistan is currently the sole client for Chinese nuclear power stations. The nuclear fuel industry, on the other hand, has progressed. That said, there is still a lack of international recognition of expertise and technological credibility.

Considered on a global scale, the Chinese naval industry is now top-class and forms a major strategic power base for the country. It strengthens its industrial sovereignty and capability for competition internationally, starting with its dominance of the Indo-Pacific region in the face of the United States and its regional allies.

In barely thirty years China has managed to develop the most extensive high-speed rail network in the world through mastery of infrastructure and rolling stock technologies. Under government direction the Chinese railways contribute actively to the economic development of the country with the aim of opening up territory in a coordinated manner.

China has made enormous progress in the field of collaborative air combat, with greater use of drones and AI. The degree of decisional autonomy generated by AI remains to be reconciled with the political need for the Chinese Communist Party (CCP) to retain absolute control of the armed forces. It is a major challenge to come.

Chinese International Expansion

China has created economic, political and security influence over the countries of the Mekong Basin through a multi-dimensional presence. Beijing has established strong ties which encourage integration around relational capitalism, which consolidates the governments of the countries concerned and thus contributes to the need for political stability.

China has built a long-lasting network of dependence with countries in Central Asia through its Belt and Road Initiative (BRI). It has resulted in clear Chinese hegemony and the gradual imposition of Beijing’s standards. It is now difficult for other partners such as the European Union to bear weight in this region between Russia and China.

China maintains close relations with the Association of South-East Asian Nations (ASEAN) by offering the most favourable image possible. Highlighting common interests enables Beijing to develop important links by emphasising partnership, rather than domination. Nevertheless, ASEAN continues to ensure open diplomacy with other players.

China is seeking to increase its resources of critical minerals buried below the waters of the Pacific. Beijing is relying upon its large fleet of research vessels to convince the island micro-states unable to counter Chinese ambitions, whilst remaining patient in order to avoid any friction which might risk impeding its projects for future exploitation.

Chinese investment in South-East Asia has been growing rapidly for a quarter of a century. The investment flow has many, ill-identified forms—development aid projects and other, more ambiguous ones—all shaded within Beijing’s deliberate opacity. There is a need for greater transparency in current economic competition in the region.

China has set in place a coherent strategy of penetration into the European ports sector. Its establishment has taken on many forms—in response to commercial needs, of course, but especially in the desire to become a vital player. Host countries risk dependence and potential loss of sovereignty, to which a European response is needed.

Beijing is patiently building its spider’s web over Taiwan, favouring a multi-faceted approach which considers the island a province of the People’s Republic of China (PRC). It involves discrediting Taipei as an independent regime, and moreover considers the Taiwanese as Chinese citizens. This strategy relies on attrition, habit and short memories whilst waiting for the inevitable amalgamation into the PRC.

Strategic History

Fifty years ago

Viewpoints

The national office for aerospace study and research (Office national d’études et de recherches aérospatiales—ONERA) is celebrating its eightieth year. It was created to restore to France the research capability needed to reconstruct its aeronautical industry and has been key to all successes in the aerospace field, from the Mirage to space. ONERA’s permanent objective is to prepare for the future, employing simulation, IT and the excellence of its researchers in the service of national independence.

Opinions

In 1997, and with confidence in the market, France took the decision to sell off its stocks of strategic metals. In 2026, it is no longer possible to remain so market-dependent—with respect to China in particular. There is an urgent need to rebuild the stock, essential both to our defence industrial and technological base (Base industrielle et technologique de défense—BITD) and to our independence. The Directorate general of armament (Direction générale de l’armement—DGA) could coordinate this policy.

The development of autonomous systems as a result of technological progress in the maritime environment now means new systems can be envisaged that have a hitherto unimagined degree of independence from human control. In view of the consequences of such developments on future naval combat, industrial, ethical and strategic decisions will have to be made if a balance is to be found between systems control and limiting vulnerability.

The current strategic situation requires the removal of the barriers between civilian and military medicine in order to improve the resilience of the national health services when faced with the threat of conflict. This work of coordination and forward planning underlines the importance of the forces’ health service (Service de santé des Armées—SSA), even though it only represents one per cent of French medical capability. Hence the need to increase its capability and interoperability.

Chronicles

The organisation of the French high command has evolved throughout the decades. Under the Third Republic, the freedom of action of the forces’ chiefs was gradually expanded in response to the needs arising from wars. During the Fifth Republic, with General de Gaulle’s direction, political control was increased, resulting in the current model and the role of the Armed Forces’ Chief of Staff (Chef d’état-major des Armées—Cema).

The strategic changes that began on 28 February with the war against Iran extend well beyond the regional framework of the Middle East. The White House does not come out of this episode well. At the same time, Moscow is making no headway against a resisting Ukraine. Beijing is making effort to appear as a central actor. Such disruptions continue to feed strategic realignments.

Book Reviews

Boisseau du Rocher Sophie et Lechervy Christian : L’Asie-Pacifique : Nouveau centre du monde (Asia-Pacific—the new centre of the world)  ; Odile Jacob, 2025, 320 pages - Fiona Louijean

Jian Chen : Zhou Enlai: A Life  ; Cambridge (MA)/Londres, The Belknap Press of Harvard University Press, 2024, 817 pages - Hugo Tierny

Wang Dan : Breakneck: China’s Quest to Engineer the Future  ; Penguin Random House, 2025, 260 pages - Carine Pina

Revue Défense Nationale - Été 2026 - n° 892

Quand la Chine dépasse le monde

Nul n’a oublié ce printemps les visites à Pékin de Donald Trump puis de Vladimir Poutine, à quelques jours d’intervalle. Le monde subissait alors avec inquiétude les conséquences de la guerre contre l’Iran déclenchée par Israël et les États-Unis le 28 février dernier. Le président chinois Xi Jinping, au pouvoir depuis mars 2013 imposa le même protocole au millimètre près aux deux dirigeants, le premier se voyant comme le winner complet et l’autre revendiquant une place équivalente, nostalgique de la puissance soviétique. En fait, c’est bien le leader chinois qui était en position de force, se présentant comme le chef d’un empire d’équilibre, l’Empire du Milieu.

La mutation chinoise depuis l’ouverture voulue par Deng Xiaoping à partir de 1978 est exceptionnelle par sa vitesse exponentielle et par l’affichage désormais clairement affirmé d’être à terme la première puissance mondiale et si possible avant même 2049, centenaire de la République populaire de Chine (RPC). Aucun aspect de la mondialisation que nous connaissons et dont nous bénéficions avec ses avantages et ses inconvénients n’échappe aux ambitions chinoises, au risque désormais d’une confrontation économique, politique, diplomatique, voire militaire avec le monde occidental, aussi fracturé soit-il. La Chine est présente dans tout le champ de la compétition internationale avec le paradoxe de vouloir créer de la richesse avec un capitalisme d’État débridé mais également étroitement contrôlé par le Parti communiste chinois (PCC).

De fait, ce dossier piloté par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire prend toute son importance avec des approches multi-sectorielles en apportant une compréhension essentielle pour qui veut appréhender les enjeux géopolitiques de la décennie à venir. En 2018, déjà avec l’appui de l’Irsem, nous avions consacré notre numéro d’été à l’Asie stratégique et il était temps de revenir sur ce nouveau centre de gravité de notre monde.

La compétition imposée par Pékin se retrouve dans tous les domaines liés à notre défense, en particulier dans la préparation du temps long avec l’émergence inexorable de l’Intelligence artificielle (IA), du quantique ou de l’Espace. Notre capacité à innover est plus que jamais un critère de quasi-survie de notre modèle si l’on veut éviter de devenir juste un vaste musée à ciel ouvert pour les touristes chinois. D’où le choix des articles venant compléter ce dossier, à commencer par les 80 ans de l’ONERA, indispensable pilier pour garder notre avance dans la troisième dimension. Investir dans l’avenir est LA condition afin de ne pas subir demain une « étrange défaite » de plus.

Dans ce monde incertain, la RDN vous souhaite un bel été et une bonne lecture en regardant droit devant pour relever les défis de notre souveraineté et de notre défense. ♦

Jérôme Pellistrandi

Revue Défense Nationale - Été 2026 - n° 892

Quand la Chine dépasse le monde

La RDN vous invite dans cet espace à contribuer au « débat stratégique », vocation de la Revue. Cette contribution doit être constructive et doit viser à enrichir le débat abordé dans le dossier. C’est l’occasion d’apporter votre vision, complémentaire ou contradictoire. Vos réponses argumentées seront publiées sous votre nom après validation par la rédaction.

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