En France, l’organisation du haut commandement a évolué au fil des décennies. Sous la IIIe République, l’autonomie des chefs des armées a été peu à peu transformée pour répondre aux besoins engendrés par les guerres. Sous la Ve République, avec la volonté du général de Gaulle, le contrôle politique s’est accru pour aboutir au modèle actuel avec le rôle du Chef d’état-major des Armées (Cema).
Histoire militaire - L’évolution de la fonction de Chef d’état-major de l’Armée de terre des origines à nos jours
Military History—Development of the Role of the Army Chief of Staff, From its Inception to Date
The organisation of the French high command has evolved throughout the decades. Under the Third Republic, the freedom of action of the forces’ chiefs was gradually expanded in response to the needs arising from wars. During the Fifth Republic, with General de Gaulle’s direction, political control was increased, resulting in the current model and the role of the Armed Forces’ Chief of Staff (Chef d’état-major des Armées—Cema).
De Louis XIV jusqu’en 1939, quelle que soit la nature du régime, il a toujours existé au sein des instances gouvernementales, un ministre de la Guerre et un ministre de la Marine, beaucoup plus récemment, depuis 1928, un ministre de l’Air. S’agissant de l’Armée de terre, depuis 1871, le ministre de la Guerre (qui était très souvent un officier général, jusqu’à l’Affaire Dreyfus et plus occasionnellement ensuite) disposait d’un chef d’état-major. Celui-ci changeait donc lors de chaque nouvelle combinaison ministérielle. La stabilité gouvernementale n’étant pas la qualité première de la IIIe République, la continuité dans les affaires militaires était assurée par les commandants de corps d’armée (commandement fusionné à celui d’une région militaire) qui disposaient de la délégation de signature du ministre et correspondaient directement avec lui. Il s’agissait d’une véritable déconcentration du commandement.
De la création jusqu’aux deux guerres mondiales
En 1890, un ministre de la Guerre de grande classe, un homme politique et non pas un officier général, Charles de Freycinet, créée la fonction de chef d’état-major de l’Armée qu’il confie au général de Miribel. Ce dernier conserve toujours les attributions de chef d’état-major du ministre, mais il détient un poste fixe dans la durée, et ne se trouve donc plus soumis aux aléas des crises ministérielles. Le chef d’état-major de l’Armée a autorité sur les commandants de corps d’armée, lesquels conservent néanmoins la communication directe avec le ministre (jusqu’en 1914), mais perdent rapidement sa délégation de signature. L’État-major de l’Armée (EMA) lui est subordonné et devient véritablement l’organe central du commandement. Il commence à être « armé » par de jeunes officiers fraîchement issus de la nouvelle École supérieure de Guerre (ESG), créée quatorze ans auparavant.
Cependant, depuis le coup d’État du Prince Président du 2 décembre 1851, qui n’aurait jamais pu réussir sans une forte implication du commandement, le personnel politique républicain était très méfiant envers ce dernier ; le commandement a alors été dissocié entre ce que nous appelons de nos jours, le commandement organique et le commandement opérationnel, par la création parallèle du Conseil supérieur de la Guerre, le CSG. Cet organisme, sous la direction de son vice-président (le président en titre étant le ministre) regroupait les généraux commandants d’armée désignés dès le temps de paix, ainsi que leurs chefs d’état-major respectifs. Les armées n’étaient mises sur pied qu’à la mobilisation. Le CSG avait comme attribution essentielle la conception du plan de concentration des armées, en vue des opérations. Son vice-président était le généralissime désigné en temps de guerre. En 1899, après le règlement judiciaire de l’Affaire Dreyfus et l’arrivée au pouvoir d’un gouvernement de « concentration républicaine », sur l’initiative du général de Galliffet, ministre de la Guerre, c’est au ministre que reviendraient désormais les nominations et promotions des officiers généraux. Le CSG fut alors chargé d’établir la liste d’aptitude, seule prérogative conservée par son successeur actuel, le Conseil supérieur de l’Armée de terre, le CSAT.
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