La recomposition stratégique enclenchée par la guerre du 28 février contre l’Iran dépasse le cadre régional du Moyen-Orient. La Maison-Blanche ne sort pas grandie de cet épisode, tandis que Moscou piétine face à une Ukraine qui résiste. Pékin s’efforce de passer comme un acteur central. Les ruptures n’ont pas fini d’accélérer les recompositions stratégiques.
Sud de l’Europe - Élargissons la focale
Southern Europe—Let’s Broaden our Outlook
The strategic changes that began on 28 February with the war against Iran extend well beyond the regional framework of the Middle East. The White House does not come out of this episode well. At the same time, Moscow is making no headway against a resisting Ukraine. Beijing is making effort to appear as a central actor. Such disruptions continue to feed strategic realignments.
Alors que tous ont les yeux rivés sur le détroit d’Ormuz et les négociations entre Washington et Téhéran, il est important de réaliser à quel point la rupture en cours se déroule partout à travers le monde et impacte la France et l’Europe bien au-delà des enjeux liés au cours du baril. C’est la raison pour laquelle la FMES change de nom.
Recompositions stratégiques au Moyen-Orient
Au Moyen-Orient, la trêve survenue le 8 avril 2026 paraît avoir appuyé sur la touche « Pause » dans le déroulement de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février dernier. Washington et Téhéran semblent depuis se livrer à une négociation qui ressemble davantage à une partie de poker-menteur dans laquelle chacun essaie d’imposer un narratif qui lui est favorable, quitte à frapper ponctuellement pour afficher sa force (1). Pendant ce temps, le détroit d’Ormuz est toujours soumis au double blocage américano-iranien, laissant entrevoir une hausse durable du prix des hydrocarbures, chacun misant sur le facteur temps pour contraindre l’autre à desserrer la pression.
Le rôle de premier plan joué dans cette négociation par le Pakistan, seule puissance nucléaire musulmane, donne un avant-goût de la redéfinition d’une architecture de sécurité au Moyen-Orient qui surviendra une fois cette guerre achevée. Alors que les monarchies du Golfe apparaissent comme les grandes perdantes de cette guerre, force est de constater la montée en puissance d’un double axe de convergences stratégiques reliant d’une part le Pakistan, l’Arabie saoudite, l’Égypte et la Turquie et d’autre part les Émirats arabes unis (EAU), Israël et l’Inde. À terme, la question de l’intégration de l’Iran et des États-Unis à chacun de ces groupes est posée même si l’effectivité de la collaboration n’est pas la même. Israël a en effet déployé des militaires aux EAU pour aider ce pays à contrer les salves de missiles et drones iraniens, tout comme la France et les États-Unis. Soulignons à cet égard l’exploit des pilotes français qui ont abattu plus d’une centaine de drones iraniens. À terme, le Maroc, lui aussi signataire des accords d’Abraham et désireux de renforcer son ouverture technologique, pourrait être associé à ce groupe qui s’appuie également sur des projets de développements économiques comme le corridor IMEC qui relierait l’Inde, le Moyen-Orient et l’Europe.
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