L’histoire des porte-avions est jalonnée d’interrogations sur leur utilité stratégique ; à chaque fois, cet outil − certes coûteux et vulnérable – a démontré toute sa pertinence. Alliance du Sea Power et l’Air Power, le porte-avions de supériorité est toujours indispensable dans la conflictualité actuelle et future. Ses palettes de capacités sont plus que jamais nécessaires et son champ d’action s’élargit.
Les sept vies du porte-avions
The Seven Lives of the Aircraft Carrier
The history of the aircraft carrier is marked by doubt over its strategic usefulness. Nevertheless, whenever it has been used this vessel, costly and vulnerable though it be, has fully demonstrated its relevance. The aircraft carrier combines sea power with air power and the superiority it affords remains indispensable in current and future warfare. Its range of capabilities is more necessary than ever and its field of action is broadening.
Contre vents et marées, le concept de porte-avions, désormais plus que centenaire, a la vie dure. Tel un chat, on pourrait lui prêter sept vies, qui sont autant de renaissances après ses morts annoncées depuis son avènement à l’aube du XXe siècle. Des décès prophétisés au travers de deux malédictions du temps de paix, qui parfois s’additionnent : « trop cher » et « trop vulnérable ». Pourtant, la réalité des opérations s’est à chaque fois chargée de trancher les débats. Retour en sept actes sur un concept dont on n’a pas fini d’interroger la pertinence.
Acte I – Naissance et croissance vers l’âge adulte
L’alliance du plus lourd que l’air (l’avion) et du sujet d’Archimède (le bateau) naît peu avant le premier conflit mondial, et prend sa forme de porte-avions (c’est-à-dire d’une concentration d’avions sur un même bateau à pont plat capable de les lancer et de les récupérer) dans l’entre-deux-guerres. En naissant à l’âge du canon (1890-1942) où le gun club (1) domine la doctrine navale occidentale, le porte-avions se heurte à un fort conservatisme qui voit en lui au mieux un appui – très vulnérable – à l’action des cuirassés. Négligé en France et en Italie, il perce timidement aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Japon, avant de s’imposer au cours du second conflit mondial. De challengeur, le porte-avions devient leader dans les flottes de combat. Pourquoi ? Car bien que très vulnérable, il surclasse de très loin les cuirassés dans l’action offensive grâce au trio « avions–bombes–torpilles » qui peut porter le feu bien au-delà de l’horizon pour frapper l’adversaire en premier. Après une révélation à Tarente en 1941, c’est la bataille de Midway, en 1942, qui concrétise cette bascule.
Acte II – Renaissance en Extrême-Orient
À peine le second conflit mondial terminé, le porte-avions est annoncé comme dépassé. Surpassé par les bombardiers stratégiques, et trop vulnérable à une frappe nucléaire en mer. À Washington, l’administration Truman (1945-1953) réduit drastiquement la flotte de porte-avions et annule la construction des super-carriers de la classe United States, jugés inutiles et trop chers. Ce blocage débouche sur la « révolte des amiraux » (2) de 1949 aux États-Unis. La messe semble dite… mais la réalité rattrape brutalement les dirigeants lorsque le 25 juin 1950 la Corée du Sud est envahie et que toutes les bases aériennes américaines de ce pays sont capturées. Dès le 3 juillet, les porte-avions américains et britanniques présents sur zone entrent en action et apportent depuis la mer, une supériorité aérienne qui semblait perdue : quelques dizaines d’avions embarqués opérant à proximité immédiate du théâtre d’opérations produisent alors plus d’effets que des centaines de bombardiers de l’US Air Force. Un peu plus loin à l’Ouest, la France mène ses opérations d’Indochine, où ses porte-avions de « seconde main » (3) fournissent un effort décisif en appui feu au profit du Corps expéditionnaire au sol, en complément de l’action de l’Armée de l’air. Alors que l’Occident entre dans une ère de retrait postcolonial, le porte-avions apporte depuis la mer une puissance aérienne autonome, flexible et à l’abri des ripostes immédiates. Le voilà conforté pour les deux décennies à venir.
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