Les guerres des mers : La Marine française au cœur des nouveaux enjeux du monde (Sea wars: the French Navy at the centre of new global challenges—reviewed by Jérôme Pellistrandi)
Les guerres des mers : La Marine française au cœur des nouveaux enjeux du monde
Chef d’état-major de la Marine nationale (CEMM) depuis septembre 2023, l’auteur dresse ici un état des lieux des nouvelles menaces affectant notre Nation dans sa dimension maritime, alors que l’environnement géopolitique a été complètement bouleversé depuis 2022 avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie. S’appuyant sur sa longue expérience, en particulier lors de sa première partie de carrière, l’amiral Vaujour souligne combien tout a changé pour le marin, même si les fondamentaux demeurent car la mer n’est pas celle des plages d’été.
Tout d’abord, la France doit prendre conscience qu’elle est une puissance maritime avec une Marine nationale qui tient son rang, possédant la deuxième Zone économique exclusive (ZEE) au monde sur tous les océans avec l’exigence de la contrôler pour éviter sa prédation, et que le commerce maritime est essentiel pour son économie avec des façades maritimes très favorables. Cette dimension est fondamentale et la négliger serait un renoncement irréversible.
La compétition internationale est devenue âpre avec de vrais engagements comme en mer Rouge face à la menace Houthis où les temps de réaction de nos équipages doivent être immédiats, ou encore face aux sous-marins russes, dernier fleuron opérationnel de la marine de Vladimir Poutine. Le rapport de force s’est substitué au droit et la désinhibition devient un mode d’action sur les océans. Chaque déploiement du moindre de nos navires se fait désormais dans un cadre opérationnel où tous les capteurs guettent le moindre renseignement et où les équipages sont sous tension permanente pour accomplir la mission.
Les défis sont majeurs avec un niveau d’exigence très élevé pour les équipages afin de mettre en œuvre des technologies de plus en plus complexes sur les bâtiments, du porte-avions aux sous-marins nucléaires, tandis que l’espace numérique et cyber est devenu très sophistiqué. C’est l’un des enjeux de la Marine de savoir préparer le temps long avec des programmes majeurs comme les SNLE ou le PANG qui s’inscrivent sur au moins un demi-siècle et le temps immédiat des opérations. La dimension Ressources humaines (RH) est ici primordiale car il faut préparer la Marine de 2040-2050 et donc recruter/former les marins de demain pour qu’ils soient à la fois les héritiers de ceux qui ont servi sur les mers depuis 400 ans et les novateurs en mesure de mettre en œuvre les technologies de demain.
En 9 chapitres agrémentés de cartes – l’instrument indispensable du marin –, l’amiral Vaujour couvre tous les aspects spécifiques de notre Marine et combien celle-ci est un acteur essentiel de notre défense mais aussi de notre souveraineté, en particulier dans le domaine souvent méconnu de l’Action de l’État en mer (AEM). De ce fait, cela permet une compréhension exacte du rôle de la Marine qui englobe de nombreuses approches, notamment pour la protection de nos outre-mer. Il en ressort que l’effort doit être augmenté afin de mieux en assurer la protection. L’arrivée des nouveaux Patrouilleurs outre-mer (POM, classe Félix Éboué) est ici importante, il faut cependant accroître nos capacités de surveillance et les drones peuvent être un outil précieux à l’avenir.
Avec l’arrivée des Sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) de la classe Suffren, des Bâtiments ravitailleurs de forces (BRF) et de la première Frégate de défense et d’intervention (FDI), le renouvellement de notre Marine est une réalité en marche. Cependant, le format à 15 bâtiments de premier rang – en y incluant les 5 Frégates légères furtives (FLF) La Fayette – est désormais trop court. Certes, avec le système de doubles équipages, la Marine a su optimiser l’emploi des Frégates multimissions (Fremm), mais les bateaux n’ont pas le don d’ubiquité. Très clairement, il faudra revoir à la hausse le format avec au moins 18 navires. C’est un travail de longue haleine. Il y a bien sûr les contraintes budgétaires, le temps des programmes, la dimension RH. Mais surtout, le besoin d’une volonté politique.
Alors que les théâtres d’opérations ne cessent de se multiplier avec depuis peu l’Atlantique nord et l’Arctique, la Marine est au cœur de notre stratégie de défense. Chaque fois que la France a négligé sa Marine au cours de ces 400 ans, notre pays en est sorti affaibli et meurtri. Plus que jamais, l’océan est devenu l’arbitre des puissances. La France se doit de répondre à ce défi existentiel. ♦






