Avec le France Libre, la France a conçu un Porte-avions de nouvelle génération (PA-NG) capable de mettre en œuvre de la puissance aérienne depuis la mer, dans le contexte stratégique prévisible à l’horizon 2040. Nativement data-centré, il présentera des innovations clés pour être un catalyseur du combat collaboratif aéromaritime.
« Paré à manœuvrer sur trois lignes d’arbres »
Le France Libre, levier de supériorité aéromaritime pour la France au XXIe siècle
Three shafts ready for sea!
France Libre, Key for French Maritime-Air Superiority in the 21st Century
In France Libre, France will have a new-generation aircraft carrier (Porte-avions de nouvelle génération—PA-NG) able to deploy air power from the sea in the foreseeable strategic context of around 2040. It will be data-centric from the outset, and incorporate key innovations to make it a catalyst for maritime-air collaborative combat.
En France, renouveler la « composante porte-avions » de la Marine nationale est un défi qui revient toutes les quatre décennies, c’est-à-dire une fois par génération. Contrairement à la thalassocratie américaine, pour qui ce renouvellement est un acte de gestion permanent, et au géant chinois, qui rejoindra bientôt la même dynamique, notre « nation continentale à vocation maritime » a donc relancé en 2018 une réflexion capacitaire qu’elle n’avait pas menée depuis le début des années 1980. C’est ainsi : le Clemenceau et le Foch ont été pensés dans les années 1950 et ont servi de la décennie 1960 à la décennie 1990 ; le Charles-de-Gaulle a été pensé dans les années 1980, a servi à partir de 2001 et passera la main au crépuscule de la décennie 2030 ; le Porte-avions de nouvelle génération (PA-NG), pensé au tournant des décennies 2010-2020 et désormais baptisé France Libre, servira à son tour sur la période 2040-2080. Quarante ans : c’est le temps de vie théorique d’un porte-avions à propulsion nucléaire dont les chaufferies sont conçues pour « encaisser » sur cette période le bombardement neutronique auxquelles elles sont soumises. À l’échelle des siècles, c’est aussi un dixième du temps d’existence de la Marine de guerre française, qui fête en 2026 ses 400 ans.
Plus que jamais, renouveler la composante porte-avions, c’est donc s’inscrire dans le temps long. Pour reprendre l’image souvent utilisée par le Chef d’état-major de la Marine (CEMM), nous ne sommes pas ici dans la réponse aux caprices de la mer du vent, qui impose des ajustements permanents au gré des évolutions de la conflictualité, mais dans les oscillations lentes et profondes de la houle océanique des grands choix militaires, qui engagent la politique de défense française. Par son ambition technologique, par son poids budgétaire, par son caractère structurant pour la Marine nationale et pour le tissu industriel français, le PA-NG est une des manifestations de ce temps long, aux côtés d’autres programmes comme les Sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE), l’armement nucléaire de nouvelle génération, le Système de combat aérien du futur (Scaf) ou encore le programme Scorpion. La période entre la décision politique et la réalité de la réalisation parle d’ailleurs d’elle-même : vingt ans exactement séparent la décision de lancement du programme par la ministre Florence Parly en 2018 et la date prévue d’admission au service actif du France Libre en 2038. Dans ce parcours de volonté, une étape majeure a été franchie en décembre 2025 avec la validation du « lancement en réalisation » du programme, c’est-à-dire la « commande » du PA-NG auprès des maîtres d’œuvre industriels après cinq ans d’études préliminaires.
Alors que les équipes étatiques et industrielles en charge du programme s’apprêtent ainsi à écrire une nouvelle page de son histoire, nous proposons ici un tour d’horizon des enjeux associés.
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