L’invasion de la Crimée en 2014 a révélé la vulnérabilité du modèle occidental infovalorisé face à la guerre électronique russe, qui désorganise l’adversaire et soutient une stratégie A2/AD. Bien que conçue comme outil de nivellement stratégique, cette capacité russe reste limitée spatialement, spectralement et temporellement. En l’attirant dans ce spectre électromagnétique, il devient possible de reprendre l’avantage.
En finir avec le défaitisme dans le champ électromagnétique : l’illusion de la suprématie russe
Defeating Defeatism in the Electromagnetic Field: The Illusion of Russian Supremacy
The invasion of Crimea in 2014 revealed the vulnerability of the information-centred Western model when facing Russian electronic warfare, which aims at destabilising the adversary and supporting an A2/D2 strategy. Whilst designed as a tool for strategic levelling, the Russian capability remains limited in both space and time, and also in the EM spectrum covered. By bringing it into this EM spectrum it becomes possible to regain the advantage.
En février 2014, l’invasion de la Crimée marque une étape majeure dans l’emploi de la Guerre électronique (GE) au sein de la manœuvre aéroterrestre. Sa redoutable efficacité et l’absence apparente de moyens pour s’en prémunir sont à la source d’un profond traumatisme pour les armées occidentales, qui ont pris conscience de leur extrême vulnérabilité face à cette menace. Le conflit en cours imposé par la Russie à l’Ukraine a accéléré cette transformation : la guerre dans le spectre électromagnétique est devenue une réalité permanente du champ de bataille. Si les forces occidentales ont amorcé le réarmement de leurs capacités de lutte dans ce domaine, le traumatisme de 2014 n’est pas entièrement réparé et l’idée d’une suprématie russe dans le domaine de la GE demeure fortement ancrée. Il faut pourtant en finir avec le « défaitisme électromagnétique » car cette suprématie russe est une illusion. Les forces russes ne disposent pas de la maîtrise absolue du spectre : elles peuvent donc y être combattues et doivent y être vaincues pour permettre la mise en place du combat infovalorisé (1).
Une indéniable supériorité de la guerre électromagnétique russe
La domination du spectre électromagnétique fournit aujourd’hui à la Russie un avantage majeur lui permettant d’influencer le tempo des opérations, de protéger ses forces et de désorganiser celles de ses adversaires. C’est une réalité qu’il faut regarder en face, mais cette supériorité n’est pas pour autant une fatalité. Comprendre la manière dont les forces russes ont bâti, par un effort de long terme, cet outil militaire est un premier pas indispensable pour le vaincre.
La supériorité de Moscou en matière de GE repose d’abord sur un héritage soviétique structurant couplé à une modernisation planifiée dès 2008. Si la Fédération de Russie peut s’appuyer sur un héritage doctrinal et technologique hérité de l’URSS (2) – et notamment une Base industrielle et technologique de défense (BITD) spécialisée portée par des entreprises comme KRET et Rostec (3) – l’outil de GE moderne des forces russes est forgé par les réformes Serdioukov à la suite de la guerre de Géorgie (4) (du 7 au 12 août 2008) : elle devient une arme à part entière et un véritable effecteur non cinétique (5). Cette réforme structurelle se traduit par des mesures concrètes : professionnalisation du personnel, création d’unités dédiées (entre 18 000 et 20 000 hommes), et entrée en service de systèmes toujours employés à ce jour tels que le Krasukha-4 pour contrer les capacités ISR (Intelligence Surveillance and Reconnaissance) aéroportées, le Borissoglebsk-2 pour le brouillage tactique, ou le Leer-3 pour la manipulation des réseaux civils via drones.
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