Fin de la politique des grandes puissances (The end of great power politics, reviewed by Thibault Lavernhe)
Fin de la politique des grandes puissances
Dans un univers où les grandes puissances désinhibées semblent avoir les cartes en main pour décider du sort du monde, et alors même que les nations plus petites peinent à s’unir pour ne pas sortir de l’histoire, le titre du dernier essai de Nicolas Tenzer, philosophe politique, universitaire et haut fonctionnaire français, pourrait sembler paradoxal. Et pourtant, à « l’heure des prédateurs » (1), c’est un plaidoyer en faveur du potentiel de stabilisation des petites et moyennes nations que propose ici l’analyste en géopolitique.
Au départ, il y a chez l’auteur le constat des limites et des conséquences néfastes de l’action ou de l’inaction des grandes puissances vis-à-vis de l’équilibre mondial. Les premiers chapitres donnent ainsi à voir des États-Unis rétifs en position de « refus », une Chine inlassablement prédatrice et une Russie structurellement oppressive pour son voisinage. S’y ajoutent les puissances régionales « ambiguës », telles l’Inde ou la Turquie, dont l’action est souvent contre-productive pour leur environnement international, et, à l’autre extrémité du spectre, quelques grandes Nations européennes qui pèchent par leur manque d’humilité et n’écoutent pas les plus petits peuples du continent. Vient ensuite un tour d’horizon par régions du monde, au cours duquel Nicolas Tenzer met en lumière le potentiel de nombreuses Nations de tailles certes modestes, mais dont l’union est, selon lui, le meilleur antidote aux débordements de puissance ou aux excès de faiblesse de leurs grands voisins. Certes, tous ces petits et moyens États ne sont pas parfaits et l’auteur ne l’ignore pas, mais il ne peut s’empêcher de voir dans leur cohésion et dans l’affirmation de leurs intérêts la seule voie pour sortir de l’impasse du retour d’une forme de prédation généralisée. Et de plaider, in fine, pour l’instauration d’un « G-infini » plutôt que de se résigner au « G-zéro » d’un monde livré au chaos.
Au fil de son raisonnement, force est de constater que Nicolas Tenzer a la dent dure et n’hésite pas à prendre des positions clivantes. Si sa vision – pour l’occasion très conformiste dans sa critique – de Donald Trump et de son action est parfois caricaturale, c’est surtout envers la Chine et la Russie que l’auteur décoche ses flèches, en présentant d’emblée ces deux puissances comme « totalitaires ». Si Beijing doit faire l’objet d’un containment par les démocraties, c’est avant tout Moscou qui non seulement doit être défait sur le terrain militaire – l’auteur affirme avec force qu’il n’existe pas selon lui de solution diplomatique avec la Russie – mais plus encore être jugé pour ses crimes. Puis, au-delà, atteindre un degré de contrition et de « honte » pour sortir définitivement de sa logique d’affirmation par l’oppression. Le président russe Vladimir Poutine est ainsi peint comme « le mal absolu » et tout accommodement avec son régime est exclu pour Nicolas Tenzer.
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