La Question israélienne (The Israeli question, reviewed by Thibault Lavernhe)
La Question israélienne
Israël est-il un État exceptionnel ou un État comme les autres ? Telle est la « question israélienne » à laquelle s’attelle Bruno Tertrais dans ce court ouvrage très pédagogique, au travers duquel l’auteur aborde le plus sereinement possible un débat souvent entravé par le flot des passions. Au fil de 24 chapitres ramassés, le directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) répond clairement à cette question en montrant qu’« Israël est un État suffisamment normal pour être traité normalement. Ni plus, ni moins ».
Créé en 1947 sur la base d’une triple légitimité – la Torah, la Shoah, les Nations unies –, Israël présente certes des spécificités, à commencer par celle d’être le seul État juif (et non État hébreu, notion qui n’a pas de sens selon l’auteur) du monde, mais pas au point de se voir trop souvent appliquer un « deux poids, deux mesures » pour des actes ou des positions dont l’auteur nous montre qu’ils sont la plupart du temps légitimes, voire banals. Bruno Tertrais s’emploie notamment à démonter un certain nombre de mythes politiques et historiques autour de la création d’Israël, tels l’« invention de la Palestine » comme réaction au sionisme ou encore la « cause palestinienne » comme ciment des Nations arabes, cette même cause étant pour ces Nations une soupape de sécurité pour ne pas avoir à penser à la démocratie chez elles. Ici, sans nier l’aspiration légitime à la création d’un État palestinien, Bruno Tertrais rappelle qu’Israël n’a jamais colonisé la Palestine alors que, en retour, la nation palestinienne est basée sur le souhait d’expulser les Juifs.
Cependant, en analysant le particularisme israélien, l’expert en relations internationales critique surtout deux glissements dangereux. Le premier, qui consiste à basculer de l’antisionisme à l’anti-occidentalisme, pour terminer par l’antisémitisme. Le second, parallèle, qui consiste à critiquer la politique d’Israël, pour ensuite remettre en cause l’existence de l’État juif, puis, in fine, le droit des Juifs à l’existence. C’est sans doute dans la convergence de ces narratifs pernicieux, dont les racines puisent dans la question palestinienne, que réside l’exceptionnalisme d’Israël. Un exceptionnalisme dans l’adversité qui a pu pousser cet État à prendre des mesures elles-mêmes hors du commun, telle l’occupation, particulièrement longue, de son voisinage immédiat.
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