Editorial
Éditorial
Cinquième année d’une interminable guerre imposée par la Russie à l’Ukraine. Troisième mois d’une guerre choisie par les États-Unis et Israël contre l’Iran dont le régime a massacré, en janvier, sa population avide d’un changement de régime. L’actualité stratégique est à la guerre avec ses répercussions qui dépassent largement le Proche et le Moyen-Orient. Le blocage du détroit d’Ormuz a déjà des conséquences majeures en fragilisant les économies de nombreuses régions du monde. En Europe, la préoccupation immédiate porte sur le prix des carburants mais, pour autant, la diversification des sources d’approvisionnement et nos modèles économiques permettent, jusqu’à présent, de limiter les dégâts. À l’inverse, pour l’Asie très dépendante des hydrocarbures du Golfe, les conséquences sont importantes et déstabilisatrices.
Si l’on a beaucoup écrit sur l’Indo-Pacifique et ses enjeux pour la France qui y est géographiquement présente, il est aujourd’hui indispensable de se pencher sur l’Asie du Sud, moins abordé dans notre débat stratégique. C’est d’autant plus essentiel que les pays de la région sont directement impliqués par la guerre d’Iran. Le Pakistan s’efforce d’être un médiateur actif, au grand dam de sa rivale, l’Inde, tandis que la Chine soutient discrètement le régime de Téhéran tout en souhaitant éviter une déstabilisation contraire à ses intérêts économiques et politiques. En outre, il ne faut pas oublier le poids démographique de cette partie du monde, devenue un foyer de production industrielle majeur et un marché immense en plein essor. À cela, rappelons que trois États sont des puissances dotées, ce qui est loin d’être anecdotique dans un monde en plein chaos géopolitique.
Pour l’Europe, cette partie du globe peut sembler lointaine mais on perçoit, au regard des suites du 28 février, toute l’importance de ce nouveau centre de gravité de la planète. D’où le besoin de ces approches croisées permettant, à défaut de prévoir l’avenir, de mieux comprendre les conséquences d’un conflit qui, à l’heure où ces lignes sont écrites, semble être dans une forme d’impasse stratégique. Pour l’Asie du Sud, il y aura forcément une recomposition stratégique, de nouvelles alliances et de nouveaux rapports de force, avec une Chine aux ambitions impériales clairement affichées, une Inde qui doit accélérer son développement économique tout en se trouvant confrontée à ses compétiteurs historiques que sont le Pakistan et la Chine. Les autres États de la région doivent, pour leur part, s’efforcer de poursuivre leur croissance et de trouver des modus vivendi avec les géants régionaux.
Il reste 11 % de l'article à lire









