Editorial
Éditorial
Nul n’a oublié ce printemps les visites à Pékin de Donald Trump puis de Vladimir Poutine, à quelques jours d’intervalle. Le monde subissait alors avec inquiétude les conséquences de la guerre contre l’Iran déclenchée par Israël et les États-Unis le 28 février dernier. Le président chinois Xi Jinping, au pouvoir depuis mars 2013 imposa le même protocole au millimètre près aux deux dirigeants, le premier se voyant comme le winner complet et l’autre revendiquant une place équivalente, nostalgique de la puissance soviétique. En fait, c’est bien le leader chinois qui était en position de force, se présentant comme le chef d’un empire d’équilibre, l’Empire du Milieu.
La mutation chinoise depuis l’ouverture voulue par Deng Xiaoping à partir de 1978 est exceptionnelle par sa vitesse exponentielle et par l’affichage désormais clairement affirmé d’être à terme la première puissance mondiale et si possible avant même 2049, centenaire de la République populaire de Chine (RPC). Aucun aspect de la mondialisation que nous connaissons et dont nous bénéficions avec ses avantages et ses inconvénients n’échappe aux ambitions chinoises, au risque désormais d’une confrontation économique, politique, diplomatique, voire militaire avec le monde occidental, aussi fracturé soit-il. La Chine est présente dans tout le champ de la compétition internationale avec le paradoxe de vouloir créer de la richesse avec un capitalisme d’État débridé mais également étroitement contrôlé par le Parti communiste chinois (PCC).
De fait, ce dossier piloté par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire prend toute son importance avec des approches multi-sectorielles en apportant une compréhension essentielle pour qui veut appréhender les enjeux géopolitiques de la décennie à venir. En 2018, déjà avec l’appui de l’Irsem, nous avions consacré notre numéro d’été à l’Asie stratégique et il était temps de revenir sur ce nouveau centre de gravité de notre monde.
La compétition imposée par Pékin se retrouve dans tous les domaines liés à notre défense, en particulier dans la préparation du temps long avec l’émergence inexorable de l’Intelligence artificielle (IA), du quantique ou de l’Espace. Notre capacité à innover est plus que jamais un critère de quasi-survie de notre modèle si l’on veut éviter de devenir juste un vaste musée à ciel ouvert pour les touristes chinois. D’où le choix des articles venant compléter ce dossier, à commencer par les 80 ans de l’ONERA, indispensable pilier pour garder notre avance dans la troisième dimension. Investir dans l’avenir est LA condition afin de ne pas subir demain une « étrange défaite » de plus.
Dans ce monde incertain, la RDN vous souhaite un bel été et une bonne lecture en regardant droit devant pour relever les défis de notre souveraineté et de notre défense. ♦






