La Chine aime à se présenter comme le principal soutien du « multilatéralisme onusien » avec une implication croissante au sein du système de l’ONU. Cependant, celle-ci cherche aussi à influencer en sa faveur, en développant des initiatives ambiguës, hors du cadre des Nations unies pour agir au profit des intérêts chinois.
La Chine, principal soutien du « multilatéralisme onusien » : une influence indéniable, mais un discours à nuancer
China, Principal Supporter of UN Multilateralism: Unquestionable Influence, but Beware of the Motives
Through its increasing involvement in the United Nations (UN) system, China likes to present itself as the principal supporter of UN multilateralism. At the same time, it seeks to influence matters in its favour by developing ambiguous initiatives outside the UN framework in order to act for the benefit of Chinese interests.
Depuis le début des années 2010, la Chine a considérablement accru sa participation au système des Nations unies, au point d’apparaître désormais comme l’un des principaux soutiens du multilatéralisme onusien. Dans un contexte marqué par l’unilatéralisme croissant des États-Unis de Donald Trump, qui ont annoncé se retirer de 66 organisations internationales (1), le président chinois Xi Jinping a, en septembre 2025, pris le contrepied de son homologue américain en lançant la Global Governance Initiative (GGI). Présentée comme une réponse aux défis qui pèsent sur la coopération multilatérale et coïncidant avec le 80e anniversaire de la fondation de l’Organisation des Nations unies (ONU), la GGI vise à réaffirmer le soutien de la Chine à l’organisation en tant que « plateforme centrale pour pratiquer le multilatéralisme », dont le rôle « doit être renforcé et non affaibli » (2). Pourtant, en dépit du renforcement de son influence au sein de l’ONU, le positionnement de Pékin comme principal soutien du multilatéralisme onusien n’est pas sans ambiguïté.
Une capacité d’influence renforcée
Depuis le premier discours de Xi Jinping devant l’Assemblée générale de l’ONU en septembre 2015, la Chine n’a cessé d’étendre son influence au sein de l’organisation. Son poids est notamment renforcé par la hausse de ses contributions financières, par l’amélioration de sa représentation au sein de la bureaucratie onusienne, et par sa capacité à utiliser l’organisation pour faire prévaloir sa vision normative de l’ordre international.
En 2012, année de l’arrivée de Xi Jinping au pouvoir, la Chine n’était qu’un modeste contributeur au budget régulier de l’ONU (3,2 %), ainsi qu’au budget des opérations de paix (3,9 %), loin derrière les États-Unis, le Japon, l’Allemagne, ou même la France et la Grande-Bretagne. Néanmoins, en raison de son essor économique, la Chine a connu, en l’espace d’une quinzaine d’années, un accroissement sans précédent de son poids financier. Aujourd’hui, le pays est devenu le deuxième plus gros contributeur au budget régulier (20 %) et au budget des opérations de paix (23,8 %), juste après les États-Unis. Désormais, la Chine se classe aussi parmi les deux principaux contributeurs de nombreuses institutions onusiennes spécialisées, telles que l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ou encore l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). L’importance des contributions financières chinoises au système onusien – dont le total avoisinait les 2,5 milliards de dollars en 2024 (3) – donne à Pékin des leviers et une capacité d’influence jusque-là réservées aux principaux contributeurs occidentaux.
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