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  • Revue n° 892 Été 2026
  • Le laboratoire chinois de la science mondiale

Le laboratoire chinois de la science mondiale

Stéphanie Balme, « Le laboratoire chinois de la science mondiale  » Revue n° 892 Été 2026 - p. 34-39

À partir de 1979 la Chine s’est engagée dans une dynamique scientifique remarquable mais étroitement contrôlée par l’État-Parti. Cette accélération est sans précédent dans la compétition mondiale autour de l’innovation. L’émergence de l’IA entraîne une véritable rupture mais aussi une interrogation sur les rapports entre pouvoir politique et innovation.

The Chinese Laboratory for Global Science

Since 1979 China has been committed to remarkable scientific development that is closely overseen by the one-party state. It is an unprecedented expansion in the worldwide race for innovation. The advent of AI offers a break from established routines yet also poses questions on the relationship between political power and innovation.

Longtemps, l’histoire des sciences a été négligée dans les études sur la Chine, à l’exception notable des travaux pionniers du biochimiste britannique Joseph Needham et de l’érudit chinois Wang Ling (1). L’un des apports majeurs de leur œuvre réside dans la reformulation de la question dite du « Needham dilemma » : comment expliquer que la révolution scientifique moderne soit demeurée à l’écart des grandes révolutions scientifiques modernes ? De même dans The Culture of Growth: The Origins of the Modern Economy, l’historien Joel Mokyr (2) retrace la trajectoire des centres de leadership économique, scientifique et d’innovation de la Renaissance à nos jours. Les foyers successifs de puissance se déplacent de l’Italie vers le sud de l’Allemagne, puis vers la France, avant de concerner l’Espagne et le Portugal à l’époque des Grandes découvertes, les Provinces-Unies, la Grande-Bretagne et enfin l’ensemble des puissances occidentales issues de la révolution industrielle. Ces espaces ont fonctionné comme des « laboratoires institutionnels » de l’innovation européenne avant l’industrialisation britannique. Selon l’auteur, la suprématie scientifique et industrielle européenne procède moins d’un avantage économique initial que de l’émergence d’un espace autonome de circulation des savoirs, favorisé par le polycentrisme politique européen ; là où la Chine impériale maintenait une production intellectuelle plus intégrée.

Ces recherches de long terme permettent de dégager deux enseignements majeurs pour l’analyse contemporaine. D’une part, la position dominante des écosystèmes scientifiques apparaît étroitement liée à la dynamique d’État. C’est désormais le cas de la Chine. D’autre part, depuis le XIXe siècle, la science moderne s’est progressivement constituée à la fois comme technologie de gouvernement et comme instrument de puissance, devenant ainsi un levier central de la formation des États modernes. En cela, la République populaire de Chine (RPC) se fonde sur les traces de l’histoire européenne du XIXe siècle. Sur le plan méthodologique, retenons l’importance d’entremêler l’évolution de la science et celle de son environnement socio-politique, tout en les inscrivant dans une dynamique internationale de circulation des savoirs. À cet égard, la transformation de la Chine en puissance scientifique procède d’abord d’une trajectoire politique de reconstruction par la science engagée après 1949, puis accélérée depuis les années 2000 et sa précédente intégration dans la compétition mondiale de l’innovation depuis les années 2010. Reste alors une interrogation centrale : le paradoxe structurel d’un système politique autoritaire, mais profondément intégré à la science internationale et capable de surpasser de manière systémique dans l’innovation, est-il durable ? La réponse à cette question dépasse largement le seul cas chinois, tant elle engage l’avenir des rapports entre science, innovation et régimes politiques au XXIe siècle.

L’histoire longue de la puissance scientifique chinoise moderne

La trajectoire de la science chinoise moderne présente une singularité fondamentale : son développement institutionnel et stratégique est tardif. Cette réorientation intervient près de trente ans après la fondation de la RPC en 1949 et plus d’un siècle après l’entrée dans une ère de modernité par les puissances industrielles et scientifiques occidentales et japonaises. En effet, ce n’est véritablement qu’à partir de 1978, dans le contexte de la transition post -maoïste et plus précisément lors de la troisième session plénière du XIe Comité central du Parti communiste chinois (PCC), que la Chine place explicitement la science et la technologie au cœur de son projet de reconstruction étatique et de montée en puissance. Entre 1978 et 1985, sous l’impulsion de Deng Xiaoping, un premier grand plan inaugure une structuration systémique de la politique scientifique et industrielle chinoise. Celui-ci repose sur des emprunts hybrides aux modèles américain et européen davantage que sur l’héritage soviétique. Cette dynamique se prolonge avec le programme 863, lancé en 1986 et consacré aux technologies stratégiques, puis avec une série de mégaprojets scientifiques renforçant les capacités de Recherche et développement (R&D).

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Plan de l'article

L’histoire longue de la puissance scientifique chinoise moderne

Une accélération historique, récente et sans précédent,
dans la compétition mondiale de l’innovation

Surperformance systémique et autoritarisme

L’IA, révélateur et accélérateur de rupture

Conclusion

 
 

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