La Chine a massivement investi dans l’industrie des semi-conducteurs avec la volonté d’une autonomie et de captation du marché. Or, les États-Unis s’efforcent de contenir cette avancée. L’Europe est prise entre les pressions américaines et ses dépendances/vulnérabilités face à la Chine avec l’obligation de diversifier ses services d’approvisionnement dont les terres rares.
Semi-conducteurs : le marathon chinois
Semiconductors: The Chinese Marathon
China has invested massively in the semiconductor industry with the aims of autonomy and domination of the market. The United States is trying to contain this advance, and Europe is caught between US pressures and its dependence and vulnerability with regard to China, thus its need to diversify its sources of supply of rare earths.
Il est tentant de considérer que les contrôles à l’exportation imposés par les États-Unis depuis 2020 ont réussi à freiner la montée en gamme de l’industrie chinoise des semi-conducteurs. Un indicateur simple semble étayer cette lecture. La Chine demeure aujourd’hui incapable de développer une capacité autonome en Lithographie ultraviolet extrême (EUV) et rencontre des difficultés à produire en volume des puces gravées en 5 nanomètres qui semblent difficilement surmontables. Dans le même temps, les Processeurs graphiques (GPU) de la société américaine Nvidia conservent plusieurs générations d’avance grâce au recours aux procédés les plus avancés de la fonderie de semi-conducteurs TSMC, qui a commencé en 2025 la production en masse en 2 nanomètres dans ses usines taiwanaises. Ce différentiel technologique a des conséquences stratégiques directes : les supercalculateurs chinois, essentiels pour la conception de systèmes d’armes complexes ou les simulations nucléaires, restent en retrait par rapport à leurs équivalents américains. Parallèlement, les États-Unis, grâce à une puissance de calcul plus performante, continuent d’accroître leur avance dans l’intégration militaire de l’Intelligence artificielle (IA), qu’il s’agisse de l’aide à la décision, du ciblage ou de la fusion de données opérationnelles, comme l’ont illustré certaines opérations récentes menées contre l’Iran.
À ce constat, on peut opposer l’argument classique selon lequel les contrôles à l’exportation stimulent l’innovation nationale en accélérant la substitution aux dépendances extérieures. Depuis 2020, les restrictions américaines ont suscité une réaction d’une ampleur considérable à Pékin, le gouvernement chinois renforçant encore l’ampleur de ses politiques industrielles. La Chine dispose pour son rattrapage d’atouts stratégiques majeurs : une base industrielle et scientifique de tout premier plan dans les semi-conducteurs, un marché intérieur capable de créer des effets d’échelle mondiaux, des compagnies privées capables d’investir dans le secteur (Huawei, Alibaba, Tencent, Semiconductor Manufacturing International Corporation [SMIC]), des capacités de financement public considérables et une volonté politique inscrite dans le long terme.
Pour la Chine, le chemin vers l’autonomie, et plus encore vers la supériorité technologique, demeure toutefois long et semé d’obstacles. Malgré l’ampleur des ressources mobilisées, la planification chinoise est loin d’avoir atteint l’ensemble de ses objectifs. Les semi-conducteurs constituent même le principal échec du programme Made in China 2025. Alors que Pékin vise un taux d’autosuffisance de 70 % à l’horizon 2025, celui-ci n’atteint qu’environ 25 % à l’heure du bilan (1). Le 15e plan quinquennal (2026-2030) ouvre néanmoins une nouvelle phase de montée en puissance, avec des objectifs ambitieux portant sur l’expansion des capacités de production, la maîtrise des nœuds avancés et la domination des technologies les plus mûres. Au-delà des cibles quantitatives, une logique stratégique se dessine clairement : celle d’un État déterminé à mobiliser l’ensemble de ses ressources pour réduire sa vulnérabilité technologique, et transformer la rivalité avec les États-Unis en moteur d’une consolidation industrielle tournée vers la compétitivité économique et les applications militaires.
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