La Chine a construit un modèle de gouvernance du cyberespace et du numérique fondé sur le contrôle étatique. Malgré des investissements importants, elle ne parvient pas à être totalement autonome d’autant plus que les États-Unis veillent à limiter l’accès à certaines technologies. Les enjeux économiques pèsent également sur les objectifs chinois.
La souveraineté numérique chinoise : technologies émergentes, dépendances et normes internationales
Chinese Digital Independence: Emergent Technologies, Dependencies and International Standards
China has built a model for governance of cyber-space and digital matters based on state control. Despite massive investment, the country has not managed to become totally independent, in particular because the United States takes care to limit access to certain technologies. The economic stakes also weigh heavily on Chinese objectives.
La Chine a vu émerger la souveraineté numérique dans ses politiques publiques dans le milieu des années 2010, s’inscrivant dans l’héritage du contrôle des technologies autour duquel le réseau chinois a été bâti. Au-delà de la capacité d’un État de contrôler le cyberespace comme une extension de sa souveraineté territoriale, la souveraineté numérique chinoise se présente comme une stratégie globale visant à redéfinir les équilibres technologiques et normatifs mondiaux, en opposition à la gouvernance mondiale d’Internet reposant sur l’élaboration conjointe des normes entre les différents acteurs publics et privés. Si la Chine a su bâtir un modèle national, combinant contrôle étatique et déploiement technologique massif, rattrapant son retard, ce modèle fait face à des dépendances structurelles et des contestations sur le plan politique notamment du fait de l’importante concurrence internationale dans le secteur des technologies de l’information.
Cette ambition chinoise interroge la capacité d’un État à concilier autonomie stratégique et dépendances numériques. Comment la Chine utilise-t-elle les technologies émergentes pour s’affranchir, au moins partiellement, des limites imposées par un système mondial qu’elle ne maîtrise pas pleinement ?
Cette quête d’autonomie chinoise est le produit de trois phénomènes : le contexte national en matière de contrôle du numérique et le modèle de gouvernance qui en est issu, des investissements dans des technologies émergentes pour faire face aux dépendances et enfin l’établissement de normes sur la scène internationale.
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