L’industrie hydroélectrique chinoise occupe la première place mondiale. Les besoins nationaux en énergie ont permis le développement des technologies et la maîtrise de la construction de barrages. Cela permet à la Chine de développer une expertise internationale formant une diplomatie hydro-énergétique performante.
La montée en puissance hydroélectrique de la Chine : du développement national à l’implantation internationale
Hydro-Electric Expertise in China: from National Development to International Expansion
The Chinese hydro-electricity industry is the largest in the world. The national need for energy has led to the development of technologies and skills in the construction of dams, which have allowed China to develop internationally-recognised expertise and effective hydro-energy based diplomacy.
Depuis la fin du XVIIIe siècle et l’accélération du développement des techniques hydroélectriques (1), les fleuves ont progressivement acquis un rôle stratégique dans la production énergétique mondiale. La part de l’hydroélectricité a ainsi augmenté d’environ 70 % au cours des vingt dernières années (2), atteignant 17 % de la production énergétique globale en 2020 et représentant 45 % de la production d’énergie renouvelable cette même année (données de l’Agence internationale de l’énergie (3)). En 2018, 35 pays dans le monde dépendaient de l’hydroélectricité pour plus de 50 % de leur production énergétique et, dans de nombreux pays en développement d’Asie et d’Afrique, la valorisation du potentiel hydroélectrique encore inexploité constitue un enjeu majeur des politiques publiques (4).
Dans ce contexte, la Chine a une place particulière. Elle représente environ 19 % de la population mondiale mais ne possède que 6 % des ressources en eau (5). L’eau douce renouvelable par habitant y est ainsi inférieure à la moyenne mondiale (5,3 km3/an/habitant) puisqu’elle se situe autour de 1,95 km3/an/habitant (6). Dans le même temps, la Chine est le plus grand consommateur d’hydroélectricité au monde (7) et est responsable de plus de 50 % de la croissance mondiale de ce secteur (8). Un autre élément de contexte tient au fait qu’une partie des ressources hydriques chinoises provient de fleuves transfrontaliers qui prennent leur source sur le plateau tibétain avant de s’écouler vers d’autres pays. La Chine contrôle et exploite les sources de fleuves majeurs tels que le Brahmapoutre (partagé avec l’Inde et le Bangladesh), ou encore le Mékong (partagé avec le Laos, le Myanmar, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam). Sa position en amont de ces grands systèmes fluviaux, combinée aux ouvrages qu’elle y a construits, lui confère un poids significatif dans les dynamiques hydropolitiques régionales (9).
Cet article s’intéresse aux capacités de la Chine en matière de production d’hydroélectricité et de maîtrise des techniques associées, tant sur son territoire qu’à l’international. Il vise à dresser un état des lieux des compétences chinoises en matière de construction et de financement de barrages, ainsi que de leur déploiement à l’échelle mondiale. Les deux parties de l’article soulignent que le développement de l’hydroélectricité chinoise ne relève pas seulement d’une montée en capacité nationale, mais d’un processus intégré combinant industrialisation interne et déploiement international structuré.
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