La Chine modifie la météo au-dessus de son espace géographique dans le cadre d’une stratégie de sécurité pour les ressources hydriques, source permanente de fragilité pour toute l’économie chinoise. Avec des capacités techniques importantes, c’est aussi la démonstration de la puissance technologique du pays avec des ambitions clairement affichées.
La modification de la météo en Chine - Vitrine d’une hydro-hégémonie régionale et d’une puissance technologique mondiale
Changing the Weather in China—Window on Regional Dominance over Water Supply and Global Technological Power
China is modifying the weather over its geographical space—part of a strategy for securing water resources, a permanent source of weakness for the Chinese economy. Given the major technical capability involved, it is also a demonstration of the technological power of the country and a clear statement of intentions.
Si la géopolitique des eaux de surface fait l’objet d’une abondante littérature, celle des ressources atmosphériques demeure peu explorée, malgré l’intérêt croissant des États pour les techniques visant à provoquer précipitations et condensation sur leur territoire. La principale méthode employée dans ce but est l’« ensemencement des nuages », qui consiste à disperser des substances chimiques dans les nuages afin d’augmenter les précipitations. Bien que son efficacité fasse encore l’objet de débats scientifiques, cette technique est aujourd’hui déployée à des fins civiles dans une cinquantaine de pays. Parmi eux, la Chine se distingue comme le principal investisseur dans le domaine : tous ses gouvernements provinciaux, à l’exception de Shanghai, ont mis en place des bureaux de modification du temps qui emploient collectivement environ 40 000 personnes (1). Ces programmes s’inscrivent dans une stratégie nationale de sécurisation des ressources en eau, tout en contribuant à construire et à projeter une forme d’« hydro-hégémonie » ainsi qu’une image de puissance technologique.
La modification du temps en Chine : genèse et institutionnalisation
L’histoire de la modification du temps en Chine remonte à 1956, avec le lancement par Mao Zedong d’un programme de recherche sur la physique des nuages et la pluie artificielle. Dès 1958, des expérimentations sont menées dans la province de Jilin pour lutter contre la sécheresse, tandis que les décennies suivantes sont marquées par un effort soutenu en matière de lutte anti-grêle, moteur des avancées ultérieures en modélisation des nuages. Depuis le milieu du XXe siècle, l’intensification des aléas météorologiques – sécheresses, inondations, tempêtes de grêle, brouillards – conjuguée à un stress hydrique croissant, a contribué à renforcer et à structurer durablement ces initiatives.
La planification opérationnelle de ces pratiques à l’échelle nationale commence par la création du Comité national de coordination de la modification du temps en 1994, visant à faciliter l’échange d’informations entre les acteurs politiques et scientifiques, suivi du premier plan de développement couvrant la période 1996-2010, puis de deux autres plans, en 2014-2020 ainsi qu’en 2021-2025. Ce dernier prévoit d’étendre la zone couverte par ces opérations à 5,5 millions de kilomètres carrés, soit plus de la moitié du territoire national. La loi météorologique de 2000 confie à l’Administration météorologique chinoise (CMA) la coordination de ces activités, et les règlements de 2002 sur l’administration de la modification du temps constituent la première réglementation nationale en la matière (2). Ces évolutions juridiques préparent la reconnaissance politique qui intervient dans les années 2010 : en 2012 et en 2013, la modification du temps est inscrite dans le Document central n° 1 – le premier texte de politique générale publié chaque année par le Comité central du PCC, traditionnellement consacré aux questions agricoles et rurales –, et le Bureau du Conseil d’État publie en 2012 un « Avis concernant le renforcement de la modification du temps ». Ces pratiques ne relèvent plus dès lors de la seule gestion technique des ressources météorologiques : elles sont progressivement constituées en enjeu politique de premier ordre.
Il reste 80 % de l'article à lire
Plan de l'article






