La Chine est arrivée tardivement sur le marché du nucléaire civil mais a vite rattrapé son retard avec des ambitions importantes à l’exportation. Celle-ci reste encore limitée avec le seul Pakistan client des centrales chinoises. Par contre, l’industrie du combustible a progressé. Cependant, il manque encore une expertise reconnue et une crédibilité technologique à l’international.
L’incomplète géopolitisation de l’industrie nucléaire chinoise
The Incomplete Geopolitisization of the Chinese Nuclear Industry
China was a late arrival on the civil nuclear market but has rapidly caught up. The country has significant ambitions for exports albeit Pakistan is currently the sole client for Chinese nuclear power stations. The nuclear fuel industry, on the other hand, has progressed. That said, there is still a lack of international recognition of expertise and technological credibility.
Le World Nuclear Exhibition 2025 de Paris, équivalent pour le nucléaire du Salon du Bourget pour l’aviation, a offert aux entreprises chinoises une vitrine de premier plan dans le renouveau du secteur. Avec près de 500 m², le pavillon chinois était le deuxième par sa taille, derrière la France, et plus de trois fois supérieur à celui des États-Unis. Les chiffres confirment cette montée en puissance : à l’été 2026, 59 réacteurs étaient en service dans le pays. Avec 35 unités supplémentaires en construction, la Chine devrait exploiter, avant la fin de la décennie, le premier parc nucléaire mondial, moins de quarante ans après le raccordement au réseau de sa première centrale.
Pourtant, ce succès domestique ne se traduit pas à l’export. En dehors du Pakistan, seul pays exploitant actuellement des réacteurs chinois, les entreprises du secteur peinent à s’imposer. Alors même que Pékin a fait du nucléaire un instrument de projection de puissance, ce « dépassement du monde » tarde. Cet article en analyse les ressorts en examinant d’abord les facteurs internes, puis les limites de la stratégie d’exportation et, enfin, les enjeux liés à l’approvisionnement en combustible.
L’incomplète mise en ordre de la filière en Chine
Le lancement de l’industrie nucléaire civile est tardif en Chine. Les débuts du programme au milieu des années 1950 sont freinés par le retrait des experts soviétiques. Face à la contraction des ressources, Pékin priorise l’obtention de la bombe, tandis que la classification militaire des recherches empêche le ministère de l’Industrie électrique de poursuivre la construction d’un réacteur. Le nucléaire civil devra attendre le mitan des années 1970, alors que l’identification de capacités humaines et matérielles inutilisées dans l’appareil militaire enclenche la conversion vers le civil. Si la disponibilité du charbon avait limité l’intérêt des industriels pour le nucléaire, le déplacement du centre de gravité économique du pays vers les littoraux, moins pourvus en ressources, change la donne. C’est ainsi la municipalité de Shanghai qui sera à l’initiative, en 1970, du « projet 728 » visant la construction d’un premier réacteur, dont les travaux ne commenceront qu’en 1983 (1).
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