L’industrie navale chinoise est désormais au premier rang mondial et constitue un socle stratégique majeur de la puissance du pays. Cela renforce sa souveraineté industrielle et sa capacité de compétition sur la scène internationale, en commençant par la maîtrise de l’Indo-Pacifique face aux États-Unis et à ses alliés régionaux.
L’industrie navale civile chinoise comme arme stratégique : implications pour les équilibres de l’Indo-Pacifique
Chinese Civilian Naval Industry as a Strategic Weapon: Implications for Power Balances in the Indo-Pacific Region
Considered on a global scale, the Chinese naval industry is now top-class and forms a major strategic power base for the country. It strengthens its industrial sovereignty and capability for competition internationally, starting with its dominance of the Indo-Pacific region in the face of the United States and its regional allies.
L’industrie navale civile est devenue, au cours des vingt dernières années, l’un des piliers les plus visibles du développement maritime de la Chine. Longtemps perçue comme un simple levier de compétitivité économique, elle s’impose désormais comme un actif stratégique déterminant. Elle est au cœur de la capacité du pays à projeter de la puissance, à sécuriser ses lignes d’approvisionnements maritimes et participe à l’essor rapide de sa marine de guerre. Les chiffres qu’elle affiche sont éloquents. Au cours des trois premiers mois de 2026, la production de construction navale chinoise a atteint 15,68 millions de tonnes de port en lourd (TPL), en hausse de 46 % sur un an, représentant 57,3 % de la part de marché mondial. Les nouvelles commandes ont atteint 59,53 millions de TPL, soit 84,9 % du total mondial (1). Cela signifie que la majorité des navires marchands sont construits en Chine (2).
À la différence des modèles occidentaux, la Chine a bâti un système industriel maritime intégré dans lequel la frontière entre construction civile et militaire est volontairement poreuse. La construction navale commerciale est en effet vue comme participant à la sécurité nationale par les dirigeants chinois. Cette organisation lui confère un avantage structurel significatif face à des concurrents comme les États-Unis, le Japon ou la Corée du Sud (3), dont les chantiers navals répondent à des contraintes institutionnelles, budgétaires et politiques bien distinctes. La structure civilo-militaire de la construction navale chinoise lui octroie en outre une profondeur stratégique qui lui permettrait notamment d’évoluer rapidement vers une économie de guerre maritime en cas de conflit.
À l’heure où la communauté internationale redécouvre la centralité du fait maritime et où l’Indo-Pacifique s’impose comme le principal théâtre de confrontation stratégique du XXIe siècle, le modèle industriel naval chinois pose un défi systémique sans équivalent aux architectures occidentales. La primauté chinoise dans ce domaine constitue un nouvel avertissement quant à l’importance d’investir dans des secteurs stratégiques afin de réduire leur dépendance vis-à-vis de Pékin. Les États-Unis, ayant négligé depuis longtemps le secteur de la construction navale à grande échelle, sont ainsi contraints de repenser leur politique industrielle pour contrebalancer cette domination.
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