La Chine a su construire une influence économique, politique et sécuritaire avec les pays du Mékong. Avec une présence multidimensionnelle, Pékin a établi des liens solides favorisant une intégration autour d’un « capitalisme relationnel » consolidant par là même les gouvernements de ces États et contribuant de fait à un besoin de stabilité politique.
Viêt Nam, Laos, Cambodge : une intégration régionale dominée par la Chine
Viet Nam, Laos, and Cambodia: Regional Integration Dominated by China
China has created economic, political and security influence over the countries of the Mekong Basin through a multi-dimensional presence. Beijing has established strong ties which encourage integration around relational capitalism, which consolidates the governments of the countries concerned and thus contributes to the need for political stability.
La Chine s’affirme comme l’acteur économique, politique et sécuritaire prépondérant au sein de la sous-région du Mékong (Viêt Nam, Cambodge, Laos), reléguant progressivement les autres puissances extérieures à une position plus marginale (1). Pékin y déploie une stratégie d’influence multidimensionnelle reposant sur l’intensification des échanges commerciaux, l’accroissement des investissements, le financement des infrastructures et le renforcement des interconnexions régionales. Dans ce contexte, l’intégration croissante de ces États aux réseaux commerciaux et financiers asiatiques s’inscrit dans des logiques de capitalisme relationnel favorisant des acteurs économiques disposant de relais politiques étroits au sein des élites locales. L’influence de la République populaire de Chine (RPC) s’étend au champ politique, sécuritaire et diplomatique marqué par l’entrée en jeu des coopérations policières et des échanges institutionnels entre les ministères de la Sécurité publique (MSP) de la région et leurs homologues chinois.
Un « capitalisme relationnel » qui renforce l’influence politique et sécuritaire de la Chine
Les investissements chinois massifs au Viêt Nam, au Laos et au Cambodge ont d’importantes conséquences sur leurs appareils politiques et sécuritaires. En investissant dans les barrages hydroélectriques, les Zones économiques spéciales (ZES), des mines, les infrastructures routières, les groupes de télécommunications, ou des projets immobiliers et touristiques, la Chine s’insère dans des systèmes politico-économiques locaux où les frontières entre appareil d’État, les Partis uniques (le PCV au Viêt Nam, le PPC au Cambodge et le Pathet lao au Laos), administrations provinciales et réseaux familiaux demeurent largement imbriquées (2). Les projets d’infrastructures sont négociés au sommet de l’État, souvent dans le cadre d’accords intergouvernementaux conclus entre Pékin et les dirigeants des trois États. Ces projets associent des entreprises publiques chinoises, des banques d’État chinoises, ainsi que des acteurs politico-administratifs liés au Parti et aux gouvernements provinciaux de leurs voisins.
Ces investissements deviennent des ressources de redistribution politique permettant de consolider les clientèles administratives et les équilibres internes au sein des pouvoirs (3). Les autorités provinciales et certains réseaux liés au Parti peuvent tirer profit de l’attribution des concessions, de l’accès au foncier, des partenariats commerciaux locaux ou encore des mécanismes de sous-traitance associés aux projets chinois. Au Laos, la ZES de Siphandone, située dans le sud du pays, relève d’une concession de très longue durée accordée à des investisseurs chinois. Au Cambodge, la ZES de Sihanoukville, principale plateforme industrielle du pays, est également développée conjointement par des entreprises chinoises et cambodgiennes et constitue l’un des projets emblématiques de la coopération entre ces deux pays. Enfin, au Viêt Nam, les provinces de Bac Ninh et de Bac Giang, pour ne citer qu’elles, se sont progressivement affirmées comme des pôles majeurs d’assemblage électronique et de sous-traitance industrielle, étroitement intégrés aux chaînes de valeurs dominées par des grands groupes chinois.
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